‹ Thèse pour le doctorat en médecine [microforme]Chapitre 6 sur 44 · DU SUICIDE VOLONTAIRE CRIMINEL · texte numérisé non relu

DU SUICIDE VOLONTAIRE CRIMINEL

sr .# - SES. CAUSES,

Je range, dans le tableau suivant, les circonstances qui ont été généralement considérées comme les causes ordinaires du suicide : Cr CE cn DEBAUCKE, | i DEGOUT DE LA VIE, | CuaéRis DOMESTIQUES, \ * Howrs;. REmoRDs, © SOUFFRANCES PHYSIQUES,

Hywicrartons DE L'AMOUR PROPRE, x RÉVERS DE FORTUNE, etc., etc.

pu a fe, " < ke, & #t Partant de là, on a généralement consacré de longues HE pages, pour démontrer comment toutes ces causes conduisent, peu a peu et par degrés, ou soudainement, à ce dégout de la vie, à cette haine du vivre, qui finit enfin par chercher dans

la mort, un terme à ce malaise, à tette souffrance. b

4 Pour moi, toutes ces causes ne sont qu'’occasionnelles, .et-tout-d-fait secondaires ; et au dessus d'elles, je vois la grande et la suprême cause qui les domine toutes, et sans laquelle je n'hésite pas à l’affirmet, cette espèce de suicide

> ne pourrait être qu’une rare exception ; je veux parler de

l'absence du mépris des saines idées religieuses et philo-

sophiques.

#, x Eten effet, les souffrances physiques, les revers de forne tune, les humiliations de l'amour propre, les chagrins domestiques, etc., pourront-ils jamais exercer assez d’em-”

SE pire sur l'âme, pour € ngare] à Dorter-1un e-mâin homicide —

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| enfance, à

{ regarder ses maux et ses infortunes, comme autant d’échelons, d - qui le rapprochent de la divinité, et toutes ses épreuves, # comme autant de gages assurés de son bonheur futur ! | Que l’on suive l’histoire du suicide chez tous ‘les peuples, et toujours on verra la même corrélation entre le chiffre des suicides et l'esprit religieux dominant. Tantôt une doctrine religieuse ou philosophique erronée, k supposant un égalité parfaite dans le sort qui attend les” 5 hommes après.le terme de cette vie, permet, ordonne 4 même le meurtre de soi-même, puisqu'il ouvre la porte à ; une éternité de bonheur, et lui prodigue en conséquence les éloges les plus Matteurs : aussi, chez les peuples imbus .de ces idées, le suicide est-il à l’ordre du jour, et les mal- ‘heureux qui attentent À leur vie se comptent par milliers. Ailleurs, une religion plus éclairée, une doctrine

philosophique plus pure, regardent le suicide comme:le plus ”

grand des crimes, lui assignent les châtimens les plüs: sévères dans une autre vie : dès lors le suicide-ne devient plus qu’une rare exception.

démontré, le premier, la corrélation constante qui a existé chez tous les peuples entre l'esprit religieux et le chiffre des suicides, dans le travail si remarquable. qu'il vient de À publier sur ce sujet, et qui a été couronné par l’Académie de HN Médecine de Paris.

à C'est à cet ouvrage M détails qui suivent. | N Chez les Indiens, la doctrine de la métempsycose, À -enseignant que l'âme s'élève d'autant plus dans l'échelle: Ÿ des êtres, migrations, le suicide était non-seulement permis, mais encore ordonné dans certaines circonstances. : Aussi le suicide a-t-il toujours été très commun dans

que j’emprunte quelques-uns des

M ces contrées. De nos jours encore, ces préceptes tiennent

sous leur empire plusieurs nations de l'Asie ; ils suffisent

À M. Lisle, pensons nous, appartient l'honneur d’avoir

qu'elle a opéré un plus grand nombre de trans-

ME DOUTEXPHIQUEF CES M . dont le récit seul fait frémir.

Il parait qu’en 1807 seule-

s de morts volontaires;

ment, 706 veuves se sont fait consumer, toutes vivantes, dans la seule Province du Bengal. NS Le.

Si de ces tribus de l'Inde, nous passons aux Hébreux, la face des choses change complètement ; chez ce ‘dernier peuple, le suicide était à peu près inconüu. Ici, la religion enseigne le calme, la résignation, la patience, et tient toujours en réserve. cette éternité heureuse ou malheureuse, : . qui doit couronner nos bonnes où nos mauvaises actions. © &Tu netueras point;”’ voilà un de leurs. premiers préceptes, dit M. Lisle, et leur législateur défend le suicide, comme le plus grand des crimes, contre lequel il prescrit * les châtimens les plus sévères. | Ce n’est que dans les siècles qui suivirent la mort de J.-C., qu’on vit le suicide faire son apparition chez les Juifs. Mais alors, les idées religieuses et morales étaient bien changées; plusieurs sectes avaient pris naissänce au mileu d’eux, toutes aussi différentes les unes des autres que de l’ancienne législation ;, aussi dans le siége de Jérusalem par Tite, vit-on les Juifs se suicider en grand nombre. : AS Les lois d'Athènes, de Sparte, et de Thèbes, dans le principe, étaient très sévères contre le suicide. . Chez les Gaulois, la croyance en une vie future était si puissante, qu'ils chargeaiént de commissions pour le pays des âmes, leurs parens, leurs âmis sur le point de mourir. On jetait des lettres sur le bûcher, ‘persuadés: qu’elles parviendraient à leur destination, et on remettait d’un commun accord, à l’autre monde, le paiement des dettes contractées en celui-ci. .

En quittant la.vie, le Gaulois était transporté dans un séjour où les douleurs étaient inconnues, et où il entrait en possession d’une. félicité sans bornes. Aussi chez ces tribus, le suicide était très commun. On s'immolait par | milliers sur le bûcher des chefs, en même tems qu'on y ” brûlait leurs armes, leurs chevaux, leurs habits,. etc. | Dans les premiers temps de Rome, le suicide était

—— —très rare: On en rapporte un “exemple épidémique, auquél

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principe admis sous les empere

Tarquinius Priscus mit fin, en-ordonnant de mettre en croix les corps des suicidés, et de les exposer à la vue des citoyens. ,

… “Il est probable, dit M. Lisle, que la loi dés douze tables, dont nous ne connaissons que quelques fragmens, ne laissait pas’ le suicide impuni.” Quoiqu'il en soit de cette opinion, 4 si la loi des douze tables flétrissait le suicide, elle admet-

‘tait néanmoins ‘des exceptions. En effet, on voit un certain nombre de généraux; de consuls Romains, sur le point de -perdre batatke, se vouer aux dieux infernaux, La pour relever le ébitrage de leurs troupes en défaite, et assurer par leur mort, la victoire. aux Romains. Ainsi périrent . successivement trois Decius, père, fils et re Le k premier même, fit précéder son acte par une cérémonie religieuse, accomplie sur le champ de bataille, et devant le Pontife. Quelques années auparavant, on vit Appius” Claudius, un des décemvirs qui avaient assisté à la rédaction des douze'tables, se suicider ‘Pour échapper à une condamnation, Le chevalier Marcus Curtius, se jeta, encore tout | armé, ‘dans un gouffre, ouvert dans le Forum par un trem- blement de terre. : | à | Le courage, la bravoure militaire était la première des

vertus chez les Romaîñns. La civilisation peu avancée de

ce peuple, pendant le temps de ses premières conquêtes, durant lequel on ne le voit nullement occupé ni des sciences,

ni des lettres, ni dé lasphilosophie, autorise à croire que

lé mépris de la vie sous toutes les formes, et même le suigide à été honoré jusqu’à un certain point chez eux, au moins pour les passions nobles et élevées, comme l'amour

* Mais plus tard, quand, avecles dépouilles de l'Asie, on vit pénétrer dans l’Empire les doctrines de l'Epicuréisme Pa et du Stoïcisme, qui, toutes deux, permettaient l'abandon volontaire, de la vie, les suicides se multiplièrent d'une manière formidable.

ibua

nombre des suicides, à. cette époque, à part la cruauté tyrannique exercée par les Empereurs Romains, et la crainte du bourreau, c'étaient les dispositions d’une lôi en

vertu de laquelle les suppliciés étaient privés de sépul- à

ture, et leurs biens soumis à la confiscation. Ators, dit Tacite, on gagnait à Uisposer de soi-même, et à se hâter de mourir: les honneurs du tombeau et le respect des : testamens étaient à ce prix.” ;

Enfin, l'Eglise devenue assez puissante, tonna contre à

:-cet abus, soit par la voix des conciles, soit par la voix des “Pères de l’Église, et tout le monde connaît ces pages éloquentes échappées à la plume de St. Augustin, dans lesquelles il condamne le suicide, sous toutes les formes et. dans toutes ses variétés. pe FH |

‘“ Ce que nous disons, ce que “nous aflirmons, ce que nous approuvons en toute manière, dit St. Augustin, c’est que personne n’a le droit de-se donner la mort, ni pour

- éviter les misères du témps, car” il risque de. tomber dans celles de l'éternité, ni À cause des péchés d'autrui, car pour éviter un péché qui ne le souillât pas, il commence par se

charger lüi même d’un péché qui lui est propre, ni pour ses péchés passés, car s’il a péché, il à d'autant plus besoin de faire pénitence, ni enfin par le désir d’une vie meilleure, car il n’y a point de vié meilleure pour ceux qui sont coupables de leur mort.” SEE

Parmi les philosophes de l'antiquité, les uns comme

Pythagore, Platon, Aristote, ont condamné et flétri le suicide. D’autres au contraire, l’ont approuvé, mais à des dégrés divers, tels que Z£non, Epicure et léurs nombreux disciples, parmi lesquels il ne faut pas oublier de

mentionner Sénèque. | '

Tacite, qui raconte avec tant d’éloquence ét d’amertume,

les calamités de son époque, lui qui nous fait assister à

l'agonie et au trépas de tant de milliers et de milliers de

Romains, tristes victimes de la mort. volontaire, Tacite,

(hi .

rt la cruauté mains, et la d'une l6i en :

rés de sépul- #à

‘Alors, dit et à se hâter ce respect des

EE

tonna contre’ r la voix des t ces pages in, dans leses formes et.

nmons, ce que agustin, c’est ort, ni pour tomber dans rui, Car pour 1ence par se , ni pour ses plus besoin ie meilleure, ax qui sont

uns comme et flétri le vé, mais à léurs nom- | oublier de À!

l’amertume, t assister à milliers de ire, Tacite, 8a profonde

le suicide. ‘“ Deux actes fameux, pation d'Othon et de son suicide, crime horrible et un beau sacrifice, autant d’éloges que de censures.”

Chez les chrétiens, il faut arriver jusqu’à Montaigne, pour voir la philosophie, en contradiction avec elle-même, nous faire l'apologie du suicide, Mais es écrits de Montaigne, heureusement, ne purent pas avoit une grande influence sur les massès de son temps : ct on neut dire que le suicide volontaire fut extrêmement rare chez\les peuples chrétiens, depuis l'établissement de l'église jusqu’à la fin du siècle dernier. /.

Mais c’est alors qu’on vit surgir cette cohorte\de philosophes et de, libres penseurs, qui .préludèrent, les uns, à leur insu, les autres, à dessein, à cette grande catastrophe des temps modernes, la Révolution Française. \ 5

C’est alors que Voltaire, J. J. Rousseau, et une foule d’autres, parmi lesquels on ne cite toujours qu’à regret le nom de Montesquieu, livrèrent à la foule curieuse ct. aid ‘ ces pages brûlantes et, passionnées, qui en apprenant au peuple À secouer le joug des lois divines et humaines, sapaient jusque dans les fondemens, les bâses de la société.

Tous ces auteurs se sont fait les apologistes du suicide, et l'influence de leurs doctrines, dépassant les limites: de: la France, eut bientôt envahi l’univers entier. se

Depuis la fin du siècle dernier, le chiffre des suicides, a toujours été en augmentant, avec une progression effrayante, dans presque tous les pays civilisés. En France, 52,126 personnes, ainsi que le constate le relevé de M. Lisle, ont

- mis fin à leurs jours dans l'espace de 17 ‘années; depuis 1836 à 1852. L A À | Et aujourd’hui encore, comme autrefois, les relevés statistiques que fournissent chaque pays, nous montrent .la même liaison intime entre l’esprit religieux dominant et k nombre des suicides. Là où la religion défend le-süicide,

et 1à où les principes religieux et philosophiques ne sont

t-il, parlant de l'usurdeùx actes fameux, un :

ont valu à sa mémoire

5 approuvér

pas à l'état de lettre morte, le suicide est très rare. Les

Pays soumis à une influence contraire, donnent des résultats contraires. CRE OP 7 LS En. Russie, où l'esprit religieux est pouisé jusqu’au fanatisme, on comptait, en 1827, un suicide sur 49,182 habitans. Je n'ai pu mettre‘la main sur aucun rélevé fait dans les Etats Italiens ; mais tous les auteurs s'accordent à mentionner le suicide comme une bien rare exception daus ces pays. En Espagne, où les principes religieux sont tout aussi vivaces qu’en Italie, le ‘sui ide est à peine connu, paraît-il. En Belgique on comptai®”.en 1838, d’après M. Brierre de Boismont, 1 suicide &ur 27,488 habitans. La France, en 1839, fournissait ur suicide sur 12,489 ; l'Angleterre, à la même époque, un sur’ 15,900 ; ce qui annule complètement cette idée entretenue par un grand nombre de personnes, que l’Angleterre est toujours la terre classique du suicide. * Mais de tous les pays civilisés connus, c'est à la Prusse, aux El s-Unis et au Danémark, qu'appar- . tient le triste honneur dé’fournir le contingent le plus élevé. | | |

1t des résultats

uêsé jusqu’au le sur 49,182 cun rélevé fait s'accordent à xception daus ieux sont tout peine connu, , d’après M.

habitans. La sur 12,489 ; 900 ; ce qui ar un grand ours la terre lisés connus,

rk, qu'appar- .

e plus élevé.

: villes, réceptacles obligés de toutes le

tisme ; et là aussi ge rencontr

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