‹ Thèse pour le doctorat en médecineChapitre 21 sur 31 · QI · texte numérisé non relu

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généraux ; nombre considérable de syphilis a boutissant à la paralysie générale ; absence de paralysie générale chez les syphilitiques traités sérieusement : rareté de la paralysie générale chez les religieux ; fréquence plus considérable d'antécédents syphilitiques chez les paralytiques généraux que chez les autres aliénés ; association de paralysie générale ei de tabes dont l’origine syphilitique n'est plus discutée, témoignant d’une communauté d'origine entre les deux maladies ; existence incontestable d'une paralysie générale juvénile issue de l'hérédo-syphilis ; de paralysies générales conjugales, familiales, professionnelles.)

Erb en Allemagne, Régis en France, ont confirmé les recherches de Fournier et d'innombrables publications sont venues dans la suite à l’appui de la thèse de l’origine spécifique de la méningo-encéphalite chronique.

Toutefois et malgré le pouvoir convainquant de ceux qui ont établi cette thèse, quelques voix, et non des moins autorisées, se sont élevées pour la combattre, et l'on se séuvient à ce sujet des séances de l’Académie de médecine de février 1905.

On a discuté la valeur des statistiques publiées par Fournier et Régis ; on a insisté sur la divergence frappante qui existe dans certaines contrées entre la fréquence de la vérole et de la paralysie générale ; on a invoqué l’inefficacité du traitement mercuriel chez les paralytiques généraux ; on s’est basé sur le fait que les syphilitiques ne deviennent pas tous paralytiques et qu'il est possible de reconnaître une paralysie générale

alcoolique, saturnine, traumatique. Ces objections mon-

trent que toute théorie étiologique basée exclusivement sur des statistiques et qui ne s'appuie pas sur des recherches microbiologiques et expérimentales peut être battue en brèche.

Deux arguments cependant, d'une valeur un peu inoins contestable, ont été invoqués, l'un en faveur, l’autre contre le rôle étiologique de la vérole dans la paralysie générale. On a observé quelques observations de paralysie générale ayant contracté une syphilis typique, caractérisée par un accident primaire suivi de manifestations secondaires (Christian, Kiernan, Lagrange, Bucelski). Elles ont été citées par G. Ballet et Rogues de Fursac dans leur article du Traité de médecine de Bouchard et Brissaud. Ces auteurs attribuent une grande valeur démonstrative à ces observations car, d'aprèseux, elles constituent une objection qui « si elle s’appuyait sur un nombre considérable de faits, aurait une importance capitale et derrière laquelle les adversaires de la théorie syphilitique pourraient se maintenir inexpugnables ». Ils ajoutent que « ces observations sont rares, ce qui étonne si l’on songe combien les paralytiques généraux entraînés par leurs tendances érotiques s’abandonnent à tous les excès et se trouvent exposés à l'infection syphilitique ». Est-ce bien un argument décisif contre la théorie de la nature spécifique de la maladie de Bayle? L'immunité syphilitique ne peut-elle pas fléchir et disparaître à un moment donné? Il-est permis de le supposer depuis que l'expérimentation sur le singe montre que celle immunité post-syphilitique offre des

oscillations suivant l’âge de l'infection et aussi suivant

le mode d’inoculation du virus. On en a la preuve dans certaines expériences de Neïisser qui, chez des simiens ayant eu longtemps auparavant un accident primaire et qui étaient apparemment guéris et mème immunisés: réussit à produire une nouvelle infection localisée. De leur côté, Finger et Landsteiner ont établi; dans quelques recherches faites sur l’homme, que, même au cours de la période tertiaire, alors qu'il y a des manifestations typiques telles que des gommes et des ulcères, il est encore possible d’inoculer la vérole. Rien d'étonnant alors, que si quelques malades anciennement vérolés et atteints de manifestations cérébrales, aient acquis une deuxième fois la syphilis, puisqu'ils ont pu perdre leur ancienne immunité.

Le second argument plaidait en faveur de la thèse de Fournier ; c’est celui fourni par les expériences deKrafft- Ebing faites sur l’homme et communiquées au Congrès international de médecine de Moscou (1897). Krafft- Ebing avait inoculé la syphilis à 8 paralytiques généraux chez lesquels il avait été impossible de découvrir des antécédents spécifiques. Or aucun des inoculés n’acquit la syphilis, ce qui tend à prouver que, malgré la négation de toute infection antérieure, ces paralytiques généraux étaient immunisés à l’égard du tréponème. Ilest vrai qu'à ces expériences on pourrait objecter que, faute de témoins, on ne pouvait garantir l'activité du virus employé par Krafft-Ebing.

Depuis l’époque où ces recherches furent entreprises la syphiligraphie s’est enrichie de la découverte du

Treponema pallidum.

Lorsque, grâce à la méthode des frottis et surtout au procédé de coloration argentique des coupes (Levaditi et Mac Intosh, on est arrivé à mettre facilement en évidence le tréponème dans les diverses manifestations de la syphilis acquise el héréditaire, on a pensé que rien ne serait plus facile que la Aécouverte de ce micro organisme dans les altérations méningo-encéphaliques.

Trouver le spirochète dans les lésions vasculaires et méningées de la paralysie générale, quel argument désisif en faveur de l’étiologie spécifique de cette affection ! Malheureusement, dès les premières tentatives, on s’est aperçu que tous les efforts devaient rester inutiles, etque, s’il était facile de découvrir la présence du lréponème dans les accidents primaires et secondaires, nulle trace de ce micro-organisme ne pouvait être décelée dans les altéralions cortico-méningées et vasculaires de la maladie de Bayÿle (Marie et Levaditi, Marinesco, Queyrat et Feuillée, Manouelian, Sicard et Levi) Simmonds et d'autre part Ravaut et Ponselle, ilest vrai, ontcru avoir découvert le spirochète dans le cerveau, la moelle épinière et les méninges d’hérédo-syphilitiques.

Leurs conclusions ont été battues en brèche par Nageotte qui ne voit dans les prétendus spirochètes que des fibrilles nerveuses. Il pourrait d’ailleurs n’être pas ‘impossible que le spirochète n'existe pas dans Les lésions méningo-encéphaliques, et qu'ainsi la paralysie générale, de mème du tabes, ne soient que des affections du système nerveux dues à l'influence exercée sur le Système, non pas par les spirochètes eux-mêmes, mais par

quelque produit toxique élaboré par ces parasites.

ob

Le microbe localisé dans certains organes, élaborerait des toxines, lesquelles agiraient sur le système ner- “eux central, en suivant le trajet des nerfs, à l'exemple de la toxine tétanique et du virus rabique. A ce propos on pourrait citer l'opinion de Ehrmann d’après laquelle, non pas les produits sécrétés par le tréponème, mais le microbe lui-mème, serait capable de cheminer le long des filamenis nerveux, eomme paraît le prouver lexistence de ce microbe dans les nerfs inclus dans le syphilome primaire.

Ce n est là qu'une simple supposition ne reposant sur aucun fait rigoureusement démontré. Faute de cultures de tréponèmes, on ne sait rien de ce qui concerne les produits de sécrétion de ce micro-organisme. D'un autre côté l’expérimentation n’a pas contribué d'une façon sensible à élucider le problème des relations entre la syphilis et les affections nerveuses, parasyphilitiques. Metchnikoff et Roux ont bien vu chez le chimpanzé syphilisé et dans deux cas à évolution grave, en même temps que les premières manifestations secondaires, l'apparition d’une parésie des membres postérieurs ayant abouti à une paraplégie avec exagération des réflexes, mais ces troubles fonctionnels qui guérirent au bout de quelques semaines ne seraient aucunement en analogie avec le tabes et ne rappelleraient que l’aspect d’une simple myélite spécifique transitoire.

Une seule expérience réalisée par Landsteiner, à Vienne, semble fournir quelques renseignements sur la nature spécifique de la paralysic générale et sur la pré-

sence du virus actif dans le cerveau des paralytiques

généraux. Ce savant a eula possibilité d’inoculer à un singe macaque, par le procédé des poches sous-épidermiques, de la matière cérébrale et des fragments de méninges provenant d'un paralytique nécropsié quelques heures après la mort. L'inoculation fut suivie de l'apparition d’un accident primaire, fugace, peu caractéristique, mais qui put être transmis en série sur deux autres animaux de la même espèce.

Cette recherche unique tend à démontrer qu'au moins, dans quelques cas de maladie de Bayle, le microbe de la vérole peut exister à l'état vivant et virulent dans le cerveau et les méninges, et que cette maladie pourrait être non seulement due à une intoxication nerveuse provoquée par les toxines du tréponème, mais aussi à une infection syphilitiques directe de l’encéphale.

Ajoutons que malgré de nombreuses tentatives, il a été impossible de découvrir le tréponème dans le liquide céphalo-rachidien des paralytiques généraux. Ce liquide est d’ailleurs dépourvu de virulence pour les races simiennes qui offrent une réceptivité presque absolue pour la syphilis On n’a décelé jusqu’à présent le spirochète que dans le liquide cérébro-spinal des nouveaunés hérédo-syphilitiques, une seule fois dans celui d’un spécifique secondaire, et une fois dans celui d'un hémiplégique syphilitique précoce (Gaucher et Merle). Dans la vérole acquise comme dans la paralysie générale et le tabes d’ailleurs, ce liquide ne semble pas renfermer le virus spécifique actif.

C'est ce qui résulte du moins des recherches expéri-

mentales de Ravaut et Thibierge, lesquels ont inoculé

sans succès, au bord palpébral de macacus rhésus, le liquide céphalo-rachidien de cinq malades atteints de spécificité secondaire et héréditaire.

Seul Hoffmann aurait réussi à conférer un chancre typique à un singe, après lui avoir scarifié la peau avec le même liquide, recueilli chez un sujet présentant des syphilides papuleuses confluentes.

En résumé l'application de la méthode expérimentale à l'étude de la syphilis et la découverte du tréponème n'ont pas, jusqu'à présent du moins, contribué à élucider le problème des relations qui unissent la paralysie générale à la syphilis. La séro-réaction de Wassermann est-elle à son tour capable de jeter plus de lumière dans la question et de la trancher définitivement ? Nous allons exposer les résultats que les différents expérimentateurs ont obtenu à ce sujet.

Dès le début, WAssERMANN et PLAUT, avaient entrepris une série d’expériences se rapportant à 41 cas de paralysie générale, pris à la clinique du professeur Kraepelin et dans les asiles de Daldorf et Herzberge. 32 cas (liquide céphalo-rachidien) aväient été positifs (77.9 0/0). Les liquides cérébro-spinaux de 22 sujets pris comme témoins avaient été tous négatifs (personnes normales, ou indemnes de syphilis et d’affections méningées, méningites cérébro-spinales).

De leurs examens ils avaient cru pouvoir conclure qu'il existait des anticorps dans le liquide céphalo-rachidien chez le plus grand nombre des cas de paralysie générale examinés par eux, c’est-à-dire que ces malades

avaient eu jadis la syphilis ou l'avaient encore, avec

ant ee

cette restriction qu'il serait prématuré d'en déduire que la paralysie se rattache directement à la syphilis ; il fau- . drait en effet chercher, disaient-ils, avant d'être aflirmatif, la façon dont se comportent les liquides céphalorachidiens des personnes qui ont été autrefois vérolées mais qui ne présentent aucun signe de paralysie générale et de tabes. Il faudrait également chercher à établir s’il n'existe pas seulement dans le liquide céphalo-rachidien des anticorps syphilitiques mais aussi des antigènes de la même nature ; et c’est pour cela qu'ils avaient examiné les liquides cérébro-spinaux de trois paralytiques généraux mis en présence du sérum de singes syphilisés et du sérum de sujets syphilitiques contenant une forte proportion d'anticorps. Les résultats avaient été négatifs, d'où cette remarque des expérimentateurs que, dans le liquide céphalo-rachidien des paralytiques généraux, il serait plus facile de déceler des anticorps que des antigènes.

Considérant le problème expérimental sous un autre point de vue, Wassermann et Plaut avaient essayé d'éclaircir le rapport causal qui peut exister entre la syphilis et la paralysie générale. Il s'agissait, d’après eux, de déterminer comparativement la présence et la quantité d'anticorps dans le sérum et le liquide céphalo-rachidien d'un même malade.

Le liquide étant d'une composition différente de celle du sérum sanguin et ne contenant que d’une facon très minime des produits de filtration de ce sérum, si on arrivait à déceler dans le liquide une quantité plus

grande d'anticorps, il serait permis d’en conclure que le

système nefveux central produit d’une façon active de ces anticorps, et par là-même, qu'il a été ou qu'il est encore le siège d'une affection syphilitique (Wassermann et Citron ont montré que l'accumulation locale d'anticorps permel d'en déduire le lieu de l'infection). Wassermann et Plaut n'avaient pu examiner parallèlement que trois sérums et liquides de paralysie générale. Dans 2 cas la quantité d'anticorps avait été plus grande dans le liquide céphalo-rachidien..

Neisser, Bruck et Scxucar avaient découvert des anticorps syphilitiques dans le liquide céphalo-rachidien de quatre paralytiques généraux sur 8 (50 0/0.)

La recherche des antigènes par ces mêmes auteurs n'avait donné qu'un résultat peu satisfaisant.

Dans un travail paru plus tard, PLAUr avait rapporté: les conclusions de nombreux examens faits à Munich, examens qui confirmaient les précédents faits en collaboration de Wassermann. Ses statistiques comportaient 4x résultats positifs sur 54 liquides céphalo-rachidiens de paralytiques généraux (75,9 0/0), 8 cas douteux et 5 négatifs et 19 résultats positifs sur 20 sérums pris parmi les mêmes malades (95 0/0). |

Dans tous ces cas, selon Plaut, que la syphilis ait été traitée ou non, la quantité des anticorps ne s'en trouvaig pas influencée; de mème la gravité de l’état paralytique ne semblait pas avoir d'influence sur la production des anticorps : il y avait des réactions positives dans des cas deparalysie générale au début et des réactions négatives

disséminées à toutes les périodes de l'affection. Dans

plusieurs cas, il n’y avait pas eu recrudescence de la quantité d'anticorps après les ictus. Aucun parallélisme ne pouvait être établi entre la quantité d'albumine, de lymphocytes, d'anticorps contenus dans le liquide céphalo-rachidien. Le contenu des liquides en anticorps dépassait, dans certains cas, celui des sérums correspondanis; mais étant donné que, dans d’autres cas, la réaction était faible et même négative avec le liquide et nettement positive avec le sérum, Plaut recommandait de ne jamais, dans aucun cas, se passer de l'examen du sérum.

A propos des constatations précédentes, il s'était posé la question de savoir si les anticorps passent du sang dans le liquide et ensuite du liquide dans le sang.

Se basant sur des observations malheureusement trop peu nombreuses il pensait qu'on peut toutefois affirmer que les anticorps passent en quantité très minime de la circulation générale dans la cavité sous-arachnoïdienne. Pour appuyer le bien fondé de son opinion à ce sujet il rapportait que c’est un point qu'avaient déjà démontré et Widal et Sicard qui recherchant l’agglutinine dans le liquide de typhiques n'avaient pu les y déceler alors que leur sérum en contenait en quantité même très élevée et Lewandowsky et Bickel qui, dans un cas de tuberceulose n'avaient pu trouver d'anticorps tuberculeux dans le liquide alors qu'ils existaient dans le sang. Il rapportait que cest celte même imperméabilité qu'avaient déjà fait çonnaître et Gilbert et Castaigne en montrant que sur 18 iclériques avec symptômes

nerveux, dans 3 cas seulement il y avait eu liquide

— jOI —

céphalo-rachidien jaunâtre avec réaction de Gmelin et Petenkoffer, et Jacob et Blumenthal, Ramson, en prouvant que le poison tétanique injecté sous la peau d'animaux ne passait pas dans leur liquide.

Il rapportait que Lewandowski de son côté, qui avait injecté dans la voie sanguine du ferrocyanure de potassium n'en avait jamais trouvé trace dansle liquide cérébro-spinal ; c’est une seule fois seulement qu'il avait pu y déceler la strychnine qu'il avait injecté hypodermiquement à un mouton à très forte dose. Il rapportait enfin que Widalet Sicard dans le liquide céphalo-rachidien de tabétiques et de paralytiques à qui ils avaient donné jusqu à 12 grammes d'iodure par jour n'avaient jamais trouvé trace de ce sel.

Les substances contenues dans le liquide céphalo-rachidien passent-elles facilement dans la circulation générale ? Les anticorps peuvent-ils pénétrer du liquide dans le sang ?

Plaut rappelait que Sicard, Lewandowsky avaient constaté, chez les chiens auxquels ils injectaient dans la cavité sous-arachnoïdienne du bleu de méthylène ou de l'iodure, que ces matières passent quelque lemps après dans l'urine. Il rappelait que Jacob et Blumenthal avaient vu apparaître très vite dans le sang la toxine tétanique introduite dans la cavité méningée. |

De ces observations il concluait que, lorsque des substances pathologiques se montrent en quantité notable dans le liquide cérébro-spinal, il est impossible que la plus grande partie de ces substances provienne du

Beaussart 7

sérum. Si certains liquides de paralytiques contiennent plus d’anticorps que le sérum correspondant, c’est qu'il y a eu production active de ces anticorps dans le système nerveux et non filtration de ces anticorps du sérum dans le liquide. Par contre il serait plus probable que les anti-matières qui circulent dans le sang proviennent du liquide.

En France, lorsqu’avaient été connues les publications des auteurs allemands, MARIE et LEvADIT: avaient repris l’étude de la question. Ils avaient consigné les résultats obtenus dans une série de notes communiquées à la Société de biologie et à la Société médicale des hôpitaux. Dans un mémoire publié dans les Annales de l'Institut Pasteur, ils avaient en outre apporté toute une série de recherches complémentaires qui leur avaient permis de formuler une opinion au sujet de la signification de la réaction.

Ils avaient appliqué la réaction de Wassermann à l’étude du liquide céphalo-rachidien de 39 paralytiques généraux de l'asile dé Villejuif. 29 avaient donné une réaction positive, ce qui fournissait un pourcentage de 74,3 0/0 inférieur à celui de Wassermann et Plaut (77,9 0/0 et 75,9 0/0). Ils expliquaient cette différence

par le fait qu'ils avaient soumis à l'examen des types les | ‘plus variés de la paralysie générale des formes légères comme des formes très avancées. Les malades avaient été divisés en trois catégories : dans un premier groupe avaient élé rangés les cas atypiques, passibles du diagnostic de pséudo-paralysie générale et aussi des paralytiques avérés mais dont la maladie évoluait lentement,

présentant des rémissions suivies de rechutes. Dans le second groupe faisaient partie des paralytiques généraux avérés, plus avancés que les précédents mais qui étaient capables de travailler, ayant conservé une partie de leurs facultés.

Enfin appartenaient à la troisième catégorie des paralytiques pour la plupart gâteux et alités, certains ayant succombé peu après les recherches. Le pourcentage des réactions positives fait pour chacune de ces catégories prise à part était le suivant :

Première catégorie : 10 cas; 1 positif — 10 o/o Deuxième EN RU nn JET brest ter Je

Troisième : 20 — ; 19 —

Ces chiffres prouvaient, d’après les expérimentateurs, l'existence d'une relation intime entre la fréquence des résultats positifs fournis par la réaction et l’état avancé de la paralysie générale. Or, comme dans le dispositif expérimental imaginé par Wassermann et Plaut, la réaction était l'indice de la présence d'anticorps syphilitiques dans le liquide céphalo-rachidien, cela revenait à dire, suivant les expressions de Marie et Levaditi, que «ces anticorps syphilitiques s’accumulent dans le liquide cérébro-spinal au fur et à mesure que le processus morbide de la paralysie générale avance et que s'aggravent les altérations encéphalo-méningées qui forment le substratum matériel de ce processus. » D'ailleurs l’examen du liquide céphalo-rachidien fait à deux reprises et à plusieurs mois d'intervalle chez les mêmes malades

avait montré à Marie et Levaditi l'existence d’un accrois-

sement dans larichesse de ce liquide en principes actifs. Or, on constatait parallèlement une aggravation du syndrome paralytique chez ces individus.

Nous avons vu précédemment que Plaut n'avait pas pu constater le parallélisme qui peut exister entre l'intensité des troubles. paralytiques et la fréquence des réactions positives obtenues avec le liquide céphalorachidien ; il avait constaté des liquides très actifs chez des paralytiques généraux atteints de troubles légers et

des réactions absolument négatives chez des paralytiques

généraux avancés.

Par l'examen du tableau dressé par Marie et Levaditi dans leur mémoire, on pouvait préciser jusqu à quel point la présence dans le liquide céphalo-rachidien de substances capables d'empêcher l'hémolyse était en rapport avec les antécédents syphilitiques des paralytiques généraux. Parmi les 39 malades, 20 étaient sûrement syphilitiques, leur syphilis remontant à huit, quinze, vingt-trois ans en arrière ; le pourcentage des réactions positives chez ces 20 sujets se trouvait égal à 80 0/0. Le même pourcentage chez les paralytiques qui niaient avoir eu la syphilis était égal à 36 0/0.

D'ailleurs, suivant la remarque des expérimentateurs, ce fait que la recherche des anticorps ait donné des résultats positifs, quoique les malades aient formellement nié la syphilis, n'aurait su être invoqué comme un argument contre la spécificité de la réaction ; il faut reconnaître en effet que l'enquête clinique est assez souvent

impuissante à renseigner d’une façon exacte sur les

antécédents des malades, surtout chez les paralytiques, étant donné leur état mental.

Il nous faut faire remarquer que, à l’aide de ces cas positifs où l’on n’a aucun renseignement sur la syphilis, on aurait pu objecter que les auteurs se basaient sur la réaction de Wassermann pour affirmer qu'un cas de paralysie générale, d’étiologie inconnue, est d'origine syphilitique, quoiqu’on ignorât absolument tout antécédent syphilitique chez le malade, quant au contraire il fallait prouver que la réaction était bien spécifique et ne pas l'admettre a priori.

Cette objection tombe devant les nombreux résultats négatifs obtenus dans les diverses maladies nerveuses et états psychopathiques et démentiels, où la syphilis peut être sûrement écartée comme facteur causal et devant les résultats positifs nets obtenus au cours d'affections où la syphilis jouait d’une facon indéniable, si ce n’est le seul, du moins le principal rôle étiologique. Dans un cas de paralysie générale indiscutable, une réaction positive est donc d’une grande valeur étiologique. même malgré les négations du porteur.

Mais un point qui avait attiré l'attention de Marie et Levaditi, e’était de savoir si la méthode de Wassermann pouvait servir à faciliter le diagnostic différentiel de paralysie générale (surtout au début), dans les cas où la clinique n'aurait pas à sa disposition des données suflisantes pour assurer ce diagnostic avec certitude. Ils avaient répondu par la négative ; en effet lorsque le clinicien se trouve embarrassé pour formuler un diagnostic

sûr, la méthode des anticorps fait défaut ; ce n'est que

dans la paralysie générale avancée et confirmée, alors que les causes d’erreur sont plus faciles à éviter, que les résultats deviennent franchement affirmatifs. Cela n’enlevait nullement aux constatations de Wassermann et Plaut leur intérêt théorique.

Un des problèmes qui se posait était celui des conditions qui président à l'apparition des principes spécifiques découverts par les observateurs allemands dans le liquide céphalo-rachidien.

I] fallait certes, d’après les constatations précédentes, accorder un rôle prépondérant à l'infection par le treponema pallidum dans la genèse de ces principes spécifiques ; mais la syphilis suffisait-elle à elle seule pour provoquer la pénétration des anticorps spécifiques dans le liquide cérébro-spinal? Marie et Levaditi ne le pensaient pas, et voici pourquoi : parmi leurs malades pris comme témoins, il s’en trouvait deux qui étaient sûrement des syphilitiques ; or le liquide de ces deux malades atteints, l’un de délire de persécution, l’autre de démence précoce, s'était totalement montré dépourvu d'anticorps. Cela démontrait que la syphilis seule est impuissante à faire apparaître dans le liquide céphalorachidien les substances spécifiques.

Devant cette constatation, les auteurs étaient portés à faire intervenir dans le processus en question, d’autres facteurs en plus de l'infection syphilitique et en particulier l'existence d’une lésion avancée, syphilitique, des centres nerveux intéressant le cortex et les méninges (deux lésions cérébrales syphilitiques en foyer limité

n avaient pu fournir de réaction positive). Ils avaient vu

PRUIONE—

en effet que le plus grand nombre des réactions positives avait été fourni par les malades les plus éprouvés par les lésions de méningo-encéphalite chronique: En présence de ces faits ils avaient admis que « la production des principes spécifiques contenus dans le liquide cérébro-spinal des paralytiques doit être assuré par les éléments cellulaires (lymphocytes) qui prennent part à l'inflammation cortico-méningée qui caractérise la maladie de Bayle. »

. Les résultats annoncés par MorGENROTH et STERTZ se chiffraient ainsi: sur 8 cas de paralysie générale, il y avait eu 8 fois réaction positive (100 0/0). Il est à noter que dans un seul de ces 8 cas l'intervention d’une infection syphilitique antécédente avait été établie par les renseignements recueillis sur le passé des malades.

Dans diverses communications à la Société de médecine berlinoiïise, au Congrès d'hygiène, CITRON n'avait cité, sur un grand nombre d'examens que 3 cas positifs obtenus avec 3 sérums et 3 liquides de paralytiques généraux (100 0/0).

WassERManNN et MEtErR avaient repris les essais de séro-diagnostic dans 7 cas de paralysie générale classique. Dans 5 cas l'examen avait porté sur le sérum des malades et dans 2 cas sur le liquide céphalo-rachidien. Ils avaient obtenu fois une réaction positive (100 0/0).

Dans la séance du 20 décembre 1907, ARMAND- Deuizze avait communiqué à la Société médicale des hôpitaux la statistique suivante se rapportant aux résultats fournis par l'épreuve du séro-diagnostic. Sur 12 cas

de paralysie générale typique la réaction avait été

nn TOO

positive 12 fois (100 0/0), un cas de paralysie générale avec tabes avait donné un résultat positif.

Marie et Levapiri depuis les publications de leurs premières recherches avaient, en collaboration de YAMA- Noucxi continué leurs expériences. Ils avaient eu soin d'examiner chez le même malade et au même moment le sérum et le liquide céphalo-rachidien afin de préciser s’il y avait un rapport quelconque entre les propriétés du sérum et celles du liquide. Voici les résultats qu’ils avaient enregistré :

Liquide céphalo-rachidien. — Ils avaient examiné 30 paralytiques généraux à différents stades de l’affection ; 2 seulement avaient donné une réaction négative. La réaction était donc ici positive dans 93 0/0 des cas. Ils avaient renouvelé les examens en séries successives chez quelques-uns, et les réactions négatives ou faibles, à un moment donné, étaient devenues positives et plus nettes dans la suite, ce qui avait coïncidé le plus souvent avec une aggravation des symptômes cérébraux et de l’état général.

Sérum. — Ils avaient fait le séro-diagnostic chez 27 de leurs paralytiques généraux et n'avaient obtenu que 16 résultats positifs (59 0/0).

Les auteurs en avaient conclu qu'un sujet peut donc avoir un liquide très actif et cependant son sérum ne peut pas donner de réaction ou en donner une très faible. Il en résultait que pour le diagnostic de la paralysie générale l'emploi du liquide cérébro-spinal était de beaucoup préférable à celui du sérem. Il en ressortait éga-

lement que l'apparition des principes chimiques qui

provoquent la réaction, s'opère de façon indépendante

dans le sérum et le liquide céphalo-rachidien. Quels

\ rapports pouvait-on établir dans ces circonstances entre

la syphilis et les résultats fournis par l'examen du

sérum. |

$ Marie, Levaditi et Yamanouchi pouvaient affirmer que 13 des sujets examinés avaient eu la syphilis plusieurs années auparavant ; or sur ces 13 cas, 8 seulement avaient donné la séro-réaction nettement positive. Dans les manifestations de la syphilis en évolution, la séroréaction étant presque toujours positive, on devait conclure de là, que, l'apparition de signes de méningite métasyphilitique peut coïncider avec la perte de la séro-réaction ; ce qui montrait une fois de plus l’indépendance qui existe entre le sérum et le liquide céphalorachidien.

Cependant en certains des cas il semblait y avoir une sorte de concordance complémentaire en la disparition

ou l’atténuation de la séro-réaction et l'apparition ou l’accentuation de la /umbo-réaction.

Marie, Levaditi et Yamanouchi avaienten plus pratiqué l'examen du sérum et du liquide céphalo-rachidien de 6 malades atteints de lésions localisées de l’encéphale

(hémiplégies) dont 2 avaient des antécédents syphilitiques sûrs. La réaction avait été une seule fois positive pour le liquide spinal ei trois fois manifeste pour le sérum ; parmi ces derniers étaient précisément les syphilitiques avérés. Le seul cas positif avec liquide céphalo-

rachidien leur avait paru un cas de méningo-encépha-

RE OLS

lite incipiens combinée à une léson localisée. Il prouvait que le. liquide peut donner exceptionnellement la réaction chez des sujets à lésions localisées, alors qu'il décèle en règle habituelle les lésions diffuses méningées. Les auteurs avaient examiné comme contrôle 11 sujets à manifestations autres que la paralysie générale (épilepsie, chorée, idiotie), un seul de ces cas avait fourni un liquide céphalo-rachidien légèrement actif. C'était un tuberculeux qui montrait des signes d’excitation cérébrale ; l’évolution ultérieure a montré qu'il s’agissait de méningo-encéphalite. .

La staiistique de KroNER comprenait 6 cas de paralysie générale dont 3 avec tabes. Quatre fois sur cinq la réaction avecle sérum avait été positive (80 0/0), une fois elle l’avait été avec un liquide céphalo-rachidien. Le sixième cas avec réaction négative (sérum) concernait un malade qui avait contracté la syphilis dixhuit années auparavant et qui avait été soumis deux fois à un traitement par frictions mercurielles.

Micnagris el LEsser avaient obtenu une séro-réaction positive dans 18 cas de paralysie générale sur 20 (90 0/0).

LESSsER avait ajouté, dans une communication à la Société de médecine berlinoise, que, puisque le sérodiagnostic était aussi fréquent dans la paralysie générale et à la période de début du tabes que dans la syphilis, il fallait admettre que ces deux affections ne sont

ni meta ni parasyphilitiques mais simplement et sûre-

SES 0 Où

ment syphilitiques et qu’il les considérait comme constituant la période quaternaire de la vérole.

STERTZ ayant expérimenté sur le liquide céphalo-rachidien des paralytiques généraux de la clinique neuropsychiatrique de Breslau avait 95 o/o de résultats positifs (43 cas positifs sur 45),

Braux en avait 83,3 0/0 (10 cas positifs sur 12).

FæRSTER en avait 50 o/o avec le liquide céphalo-rachidien (5 cas positifs sur 10) et 100 o/o avec le sérum (4 cas positifs sur 4).

EpEL à la séance du 11 mars 1908 de la Société de médecine berlinoise avait rapporté que la réaction de Wassermann avait une grande importance en psychia- . trie, et cela, moins parce qu'elle s'était montrée positive dans 21 cas de tabes, que parce qu'elle avait permis d'établir le véritable diagnostic chez un artérioscléreux que l’on avait considéré à tort comme étant paralytique et chez qui le diagnostic avait été négatif.

Afcette même séance, FRAENKEL (Heiden) mentionnait qu'avec 14 sérums de paralysie générale il avait obtenu 11 résultats positifs (78,5 o/o)et que la présence d'anticorps pouvant s’obtenir indifféremment avec le sérum et le liquide, il avait employé le sérum.

RAvIART. BRETON, PETIT, GAYET et CaNNac de l'asile d'Armentières avaient étudié le liquide céphalo-rachidien de 72 paralytiques ; ils avaient eu 67 résultats positifs (93 0/0). Ils faisaient remarquer que, en étudiant la réaction aux diverses périodes de la paralysie générale, si sa date d'apparition est parfois tardive, elle n’est

cependant pas commandée par l’évolution de la mala-

SSP IONE

die ; il n'existe pas de relations entre cette date et l’état de désintégration de la cellule nerveuse.

Dans deux mémoires successifs, PLAUT relatait des recherches complémentaires faites sur un plus grand nombre de paralytiques. Dans le premier, les paralytiques examinés par lui étaient cete fois au nombre de 116. Chez 100, la réaction se montra positive (86, 2 0/0 chez 10 problématique et chez 6 négative ; dix d’entre eux avaient été soumis au traitement spécifique et pourtant il était évident que chez eux la quantité des anticorps était toute aussi grande que chez ceux qui n'avaient pas été traités. Parallèlement le sérum avait été examiné dans 70 cas; dans 68 la réaction avait été positive (97, 1 0/0) et dans deux cas incertaine et négative. Enfin une série de recherches comparatives entre le sérum et le liquide céphalo-rachidien avaient montré à l’auteur que toutes les fois que la réaction du liquide apparaissait comme positive, elle se montrait telle avec le sérum et même plus forte; lorsque, avec le liquide elle était problématique, avec le sérum elle se montrait positive, de sorte que, selon Plaut, on pouvait conclure que chez les paralytiques on trouve très souveni des anticorps dans le sérum sanguin.

Dans son second mémoire, PLAUT relatait les expériences portant sur 153 cas de paralysie générale (107 H. et 46 F.).

Le liquide a été examiné en même temps que le sérum dans 131 cas, il a été examiné seul seize fois et le

sérum seul 6 fois. Parmi les 147 liquides étudiés la

réaction a été positive cent trente-neuf fois (94.5 0/0), douteuse deux fois et négative six fois.

MARINESCO récemment a communiqué ses recherches de séro-réaction dans la paralysie générale. Sur 35 cas le sérum lui a toujours donné une réaction positive, là où le liquide ne donnait pas de résultat probant. Il insiste sur ce fait que l'amélioration de la paralysie générale ne paraît pas avoir d'influence sur la réaction.

Mauriac qui a expérimenté la séro-réaction de Wassermann dans le laboratoire du professeur Féré de Bordeaux signale que cette réaction plaide en faveur de l'origine le plus souvent syphilitique de la paralysie générale. Vingt-cinq liquides céphalo-rachidiens lui ont fourni 20 résultats positifs (80 0/0). IL en fut de même de deux paralysies générales juvéniles qui réagirent positivement, pendant que vingt affections autres que Ja paralysie générale et le tabes ne donnèrent qu'un résultat négatif. Mauriac termine en disant qu’il n’existe aucune concordance entre les résultats donnés par le sérum et ceux donnés par le liquide céphalo-rachidien : en effet dans le sang des sujets atteints de paralysie générale il n’a trouvé d'anticorps que dans 25 0/0 des cas.

Depuis près de deux ans, nous avons recherché chez les paralytiques les résultats que pouvait donner la séroréaction de Wassermann. Dans le service du D' Marie de Villejuif, nous avons continué la série des premières expériences qu'il avait entreprises avec M. Levaditi.

Dès le début de nos recherches, nous avons reponc-

pire us L ann

tionné quelques-uns des malades qui avaient déjà été étudiés par Marie et Levaditi et dont mention avait été faite dans le tableau de leur mémoire des Annales de l'Institut Pasteur (1907).

Le total de nos expériences a porté sur 88 liquides céphalo-rachidiens et 75 sérums recueillis chez go paralytiques généraux. Nos malades ont été rangés en trois catégories suivant le degré de leur affection : 25 avaient une paralysie peu avancée, à évolution lente, entrecoupée quelquefois de rémissions ; 25 autres présentaient des troubles démentiels plus accusés ; enfin les 40 derniers étaient à la période ultime de la paralysie, la plupart gâteux et alités.

Dans le tableau suivant nous avons consigné tous les

renseignements qui concernaient nos malades.

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