A. — TABES
Etant données les relations étroites qui, de l’avis de
la plupart des auteurs actuels, rattachent le tabes et la
syphilis: étant donnée également l’analogie qui existe entre la maladie de Bayle et l’ataxie locomotrice, il était tout indiqué de voir comment se comportait la réaction de Wassermann dans cette dernière.
Des recherches ayant suivi de près celles de Wassermann et Plaut, avaient prouvé que le liquide céphalo-rachidien des tabétiques provoquait dans un grand nombre de cas la fixation du complément, se comportant à ce point de vue comme celui des paralytiques. |
NeissEr, BRuCK et SCHUCHT avaient eu avec le liquide céphalo-rachidien de trois tabétiques deux résultats positifs (66,6 0/0). |
ScaHuTzE avait soumis à l’épreuve du séro-diagnostic douze tabétiques dont sept hommes et cinq femmes. Ses résultats avaient été les suivants: huit fois la réaction avait été positive (66,6 o/o), quatre fois négative (33,3 0/0),
Marie et Levapiri avaient rapporté dans leur mémoire des Annales de l’Institut Pasteur, quatre cas de tabes examinés par eux et cinq cas de tabo-paralysie. Dans le premier groupe une seule des réactions avec liquide céphalo-rachidien fut positive (25 0/0). Dans le deuxième groupe, quatre réactions furent positives (80 0/0).
Le pourcentage dans le tabes pur ou associé était inférieur à celui que Marie et Levaditi avaient obtenu dans la paralysie générale puisqu'il n’atteignait que le chiffre de 55,5 0/0 au lieu de 74,3 0/0.
Cirron, à la clinique du professeur Kraus à Berlin,
avait eu 15 tabétiques à étudier. Il les avait réparti en
nt Le
quatre catégories : 10 n'avaient jamais suivi de traitement mercuriel ; 2 avaient été traités par à coups ; “2 avaient eu quelques frictions ; 1 seul avait suivi un traitement régulier.
Avec le sérum de ces malades il avait obtenu 12 résultats positifs (80 0/0) tandis qu'avec le liquide cérébrospinal de 9 d’entre eux, il n'avait eu que 2 résultats positifs (22,2 0/0).
Les réactions positives se répartissaient ainsi : 9 pour la première catégorie (90 a/o); 2 pour la deuxième (100 0/0); 1 pour la troisième (50 o/o).
Le cas négatif de la première catégorie concernait un malade pour lequel le diagnostic était hésitant entre tabes et accidents saturnins et Citron faisait remarquer qu'on pouvait peut-être se trouver en présence d’un cas de tabes d’origine saturnine, à moins de penser que le plomb ai! sur le virus syphilitique la même action qu'a le mercure.
Quant aux conclusions à tirer des expériences pour expliquer les rapports qui peuvent exister entre le tabes et la syphilis, Citron se tenait sur une certaine réserve avant de les formuler : « La présence d'anticorps dans un sérum prouve qu'il y a eu syphilis, mais il est impos sible d'en déduire que le tabes a pour cause véritable la syphilis. »
Au cours d’une communication faite au XIV* Congrès international d'hygiène et de démographie tenu à Berlin en 1907, Citron professait toujours les mêmes idées. Conservant la même division en catégories que précé-
demment, dans la première il rapportait 21 cas de tabes
qui avaient donné r2 réactions très fortement positives (57,1 0jo), 5 faiblement positives (23,8 0/0, et 4 néga-
tives (19,1 0/0) ; dans la deuxième catégorie, 5 cas qui avaient donné 3 réactions fortement positives (60 0/0),
1 faiblement positive (20 o/o) et 1 négative (20 0/0) ;
dans la troisième catégorie, 7 cas qui avaient fourni une
réaction fortement positive (14,2 0/0), 4 faiblement posi-
tives (57,2 0/0) et 2 négatives (28,6 0/0) ; dans la der-
nière catégorie, 6 cas qui avaient fourni r réaction
fortement positive (16,6 0/0), 3 faiblement positives
(5o o/o) et 2 négatives (33,3 0/0).
FLEISCHMANN et BUTTLER avaient relaté les examens de 10 cas de tabès avec lesquels ils avaient eu 5 fois une réaction positive (50 0/0).
La statistique de WassERMANN et MEB1ER ne comprenait que 3 cas de tabes ayant fait l'objet d’un séro-diagnostic ; l'examen avait porté deux fois sur le liquide céphalo-rachidien et une fois sur le sérum sanguin. Dans ces cas la réaction fut positive (100 0/0).
KRONER avait obtenu avec le sérum sanguin des réactions positives dans 7 cas de tabes sur un total de 11 cas examinés (63,6 0/0). Le liquide céphalo rachidien n'avait donné qu’une réaction positive sur 3 (33,3 o/o). Dans 3 cas de tabes avec association de paralysie générale le sérum avait fourni 2 réactions positives (66,6 o/o) et, : liquide céphalo-rachidien, une réaction positive.
RAVIART, BRETON, PETIT, GAYET et CANNAC avaient examiné le liquide céphalo-rachidien de 4 malades atteints de paralysie générale avec tabes et d’un tabéti-
que. Chez tous la réaction fut positive (100 0/0).
Le séro-diagnostic s'était montré, pour FRAENKEL, positif sur 3 sérums de tabétiques (33,3 0/0).
Pour BLUMENTHAL, 5 tabétiques au début de l'affection avaient, avec leur sérum, donné toutes les fois un résultat positif (100 0/0).
L'examen du sérum de 3 tabétiqu es n'avait fourni à FLEISCHMANN aucun résultat positif (o o/o). Les malades avaient été traités.
SrERTz avait eu 3 résultats positifs sur 5 cas de tabes (60 o/o).
JaRKkowWsKk1 et RAYCGHMANN ont présenté il y a peu de temps à la Société de biologie les résultats d’une série de réactions obtenues avec le sérum et le liquide céphalorachidien de tabétiques et de paralytiques généraux. Ils prétendent, d'après leurs expériences, que le liquide est d’abord seul à provoquer la réaction de déviation, et qu'à mesure que l'affection avance, le sérum réagit à son tour positivement.
C'est le phénomène inverse, soit dit en passant, que nous avons observé. Un point important de leurs recherches est celui qui signale l'influence du traitement mercuriel sur la négativité de la réaction.
Manrinesco à la séance de la Société de biologie de Bucarest du 28 mars 1909 a rappelé que sur 15 cas de tabes la séro-réaction lui a fourni 12 résultats positifs alors que le liquide ne lui en avait donné que 8.
Dans le tableau suivant nous exposons les résultats que nous avons obtenus, Sur les 17 tabétiques que nous avons examinés, la plupart dans le service de notre
maître M. le D: Launois, nous avons à la fois cherché la
réaction de Wassermann avec le liquide céphalo-rachidienet le sérum.Nous avons en plus examiné le liquide céphalo-rachidien au point de vue de sa Leneur en albumine et en éléments figurés. Nous avons, autant que les renseignements nousl'ont permis, essayé de connaître, le plus exactement possible, la date du début apparent de l'affection, et l’époque de linfection syphilitique, lorsque cette dernière était avouée ; dans deux colonnes spéciales nous avons relaté les résultats que nous avons eu à ce sujet. Nous n'avons pu ponctionner que 5 cas de tabes présentant associés des troubles mentaux
symptomatiques de paralysie générale.
| ES PEU D ë Diagnostic Début |Antécédents| Décès E 3. EL É DRASS A Z : 7 ee ; PVR Y à 20 ans |30aoûto8 Fa Fa de | 4 pa Bi 3153| tabes et lil y a 20 ans ÿ: a “ PE insuf.aort. 21juino8 4163 tabes — ++ | ++ 5\44| tabes il y a 10 ans —" HER DIRE 6138]. tabes |il y a 2 ans! 5 à ax ans + |. 2 de JU 7 lo tabes il y a 5 ans — [+4 HE | ++ 8/44 |tabesfrust, | F + | — = + 968 tabes — ++) ++ 10/47 tabes il ÿ a 20 ans — | — — trouble avancé 11139 er ily a 195 ans — [++ ++ MAPS 12/40! tabes E à 23 RD | + 13/45 |tabesfrust. È à 29 ans = au 4 Ft 14|39|, labes il ya 10 ans! À à 19 ans DL ÉMIS EE 152) tabs | {isppilis | © à 20 ans EN ea DE D 16/45 |tabesfrust, | DA EAIS RAA EERS Te Le ne Der 17 — |tabesfrust, { syphilis È à 239 ans “je un 2 mari P.G. | conjugale :
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On voit d'une façon générale que sur 17 sérums la réaction fut positive 5 fois (20, 4 0/0), tandis que sur les 17 liquides spinaux elle le fut ro fois (58, 8 o/o).
Le liquide céphalo-rachidien serait donc de beaucoup préférable au sérum pour rechercher les anticorps syphilitiques, contrairement à l'opinion de certains auteurs allemands. Cependant l'examen parallèle des deux humeurs est nécessaire, car ilest des cas où la réaction est positive avec le sérum et négative avec le liquide Ccéphalo-rachidien et inversement négative avec le sérum et positive avec le liquide céphalo-rachidien.
Nous pouvons, malgré le nombre assez restreint de malades examinés, dire que le phénomène de l'hémolyse est complet (réaction négative) avec le liquide céphalorachidien quand le tabes est au début ou à une période peu avancée. Dans ces cas, la plupart du temps. or obtient une réaction positive avec le sérum ; plus tard, dans les tabes confirmés et avancés, la réaction inverse se produit. C'est semblable phénomène que nous avons remarqué dans la paralysie générale. Il est une époque où, pour ainsi dire, on pourrait, grâce à la réaction, voir le virus syphilitique abandonner la circulation générale pour se localiser au névraxe. Cette constatation serait, comme nous l'avons vu également dans la paralysie, d’une grande importance dans la question si discutée du traitement mercuriel du tabes.
L'absence ou la présence de réaction positive dans le liquide céphalo-rachidien, serait le critérium cherché pour la merculiarisation ou l’abstention médicamen-
teuse. Malheureusement c’est peut-être beaucoup présu-
Beaussart < - 9
mer de ce phénomène, car la présence d'anticorps dans le liquide spinal est rélativement tardive, et depuis longtemps déjà elle est devancée par l'apparition de la lymphocytose rachidienne traduisant la lésion méningée. Il est vrai que, si l’on s’en tient à la conception pathogénique du tabes émise par Nageotte, la méningite précédant l’évolution des lésions parenchymateuses médullaires et présidant en quelque sorte à leur formation, à cette époque de lymphocytose sans symptômes tabétiques nets, la réaction de Wassermann avec le liquide céphalo-rachidien est négative.
Ce ne serait que lorsque la sclérose envahit les cordons postérieurs, que le /umbo-diagnostie deviendrait positif. La période méningitique serait la seule bénéficiable d'un traitement au mercure. Ce médicament serait-il susceptible de faire disparaître ou d'empêcher l'apparition d'anticorps ; une nouvelle objection s'élève quand on pense que le mercure est tout à fait sans action sur la lymphocytose tabétique.
Etant donné le peu de cas de tabes que nous avons rencontré, nous n'avons pu soumettre à un traitement mercuriel prolongé ceux qui, suivant notre remarque auraient été susceptibles d’en bénéficier. Il nous a été ainsi impossible de voir quel était le bien fondé de notre supposition et quels résultats pratiques concernant le tabes, on pouvait retirer de la réaction de Wassermann. Rappelons toutefois que Jarkowski et Rayehmann ont obtenu des réactions négatives avec le liquide céphalo-
rachidien de tabétiques pris dans le service de notre
nl)
maître, le D' Babinski, qui obtient de bons résulta avec le calomel principalement pour l’atténuation des douleurs fulgurantes.
Dans notre tableau nous avons rapporté 4 cas (3, 4, 10, 13) indiscutables de tabes où la réaction a été complètement négative. Le premier de ces malades (3) sur lequel on n'avait aucun renseignement touchant la syphilis, tabétique depuis vingt ans, n’offrait que de la lymphocytose rachidienne et une réaction albumineuse positive. Le second (4) étant mort, le diagnostic de tabes fut confirmé microscopiquement. Le troisième cas (10), tabes très avancé, n’a jamais pu donner de réaction lymphocytaire, seule la recherche de l’albumine a fourni un léger trouble. Une deuxième ponction faite à quelque temps d'intervalle n’a pas donné d'autres résultats ; il semble qu'à longue échéance, la réaction méningée finisse par s'épuiser. Enfin le dernier cas (13) concernait un homme qui avait eu la syphilis vingt ans auparavant et qui présentait le signe d’Argyll et labolition du réflexe achiléen : chez lui, rien d’extraordinaire à ce que le sérum ne contienne plus d'anticorps étant donnée l'ancienneté de la syphilis ; et à ce que le liquide n’en contienne pas encore, le tabès étant au début. Nous insistons un peu plus particulièrement sur les cas 15, 16 et 17 qui ont trait à des syphilis conjugales.
Les cas 15 et 16 concernent le mari et la femme tous deux tabétiques.
Le mari a eu la syphilis il y a vingt-trois ans alors
qu'il avait vingt-deux ans. Marié quelques mois après