B. — SYPHILIS CÉRÉBRALE ET CÉRÉBRO SPINALE
Après avoir pensé que la réaction de Wassermann serait particulière à la paralysie générale et au tabès, on s’est convaincu que, non seulement dans ces deux affections, mais aussi dans la syphilis cérébrale et quelques autres formes d’aliénation mentale, le liquide cérébro-spinal pouvait réagir positivement, dans des proportions toutefois moindres que dans la maladie de Bayle et l’ataxie locomotrice, et quelquefois même à titre exceptionnel.
Ainsi Neisser, Brucx et Scaucur avec 4 liquides céphalo-rachidiens de malades atteints de syphilis cérébrale n'avaient obtenu que 1 résultat positif (25 0/0). Le
sérum de semblables malades n'avait pas réagi (0 0/0).
ScHüTzE avait eu par contre des constatations généralement positives avec ses expériences. IL communiquait qu’il avait trouvé des anticorps dans le liquide céphalo-rachidien de 3 cas de pachyméningite syphilitique, dans : cas d’artérite syphilitique et dans 1 cas de syphilis cérébrale.
Maie et Levaprri avaient examiné deux malades atteints de syphilis cérébrale en foyer et n'avaient eu aucun résultat positif (o 0/0). Nous avons vu au chapitre de la paralysie les conclusions que ces deux auteurs
avaient tiré de ces constatations.
MorGEenRoTH et STERTZ n'avaient pas, eux non plus, trouvé dé liquide donnant de réaction positive dans des cas de syphilis cérébrale (o 0/0).
PLAUT ayant pu examiner une série d’affections cérébrales syphilitiques n’avait pu obtenir, ert général, de réaction positive avec le liquide.Il ne l’avait trouvée que dans 3 cas ; un de ces casétait -ompliqué detabès. :
WassERMANN et MEIER avaient eu un sérum de syphilis cérébrale qui avait donné une réaction posi'ive ; un sérum et deux liquides de pachyméningite leur avait fourni une réaction négative. |
KROXNER avait expérimenté le séro-diagnostic dans 4 cas de syphilis cérébrale : un liquide sur un avait été positif et un sérum sur trois.
BLascako dans 6 cas d’affection cérébro-spinale d’origine syphilitique n'avait eu que quatre fois un résultat positif ; et FRAENKEL deux fois dans 7 cas.
PLaur dans sa dernière publication, sur 20 liquides sous-arachnoïdiens, signalait 3 résultats positifs et 15 négatifs (15 et 85 o/o); et sur 20 sérums, 19 résultats . positifs et 1 négatif (95 et 5 0/0).
Dans la plupart de ces statistiques les auteurs ne détaillent pas le genre d'affection cérébrale devant laquelle ils se sont trouvés ; ils ne mentionnent pas à quelle époque de la syphilis les accidents se sont présentés. Ilest done diflicile de se faire opinion d’après les résultats obtenus. si
Toutefois nous ferons remarquer que dans la syphilis cérébrale, il n’y a pas à s’étonner des résultats néga-
fs que peut donner le liquide céphalo-rachidien. En
effet nous avons déjà vu dans les chapitres précédents que la présence d'anticorps dans le liquide spinal est subordonnée à une altération méningée et corticale. Dans une gomme cérébrale éloignée de la corticalité, dans uné lésion hémisphérique centrale due à une lésion d'artérite syphilitique par exemple, il est naturel que le liquide spinal ne fournisse aucun renseignement positif. Il n’en est plus de mème si la lésion quoique localisée, se trouve être par hasard juxta-méningée.
Ici donc, contrairement à ce que nous avons dit pour la paralysie générale et le tabes, nous attacherons une valeur plus grave à la réaction sérique.
Dans le cours de nos recherches nous avons rencontré deux malades atteints d'artérite syphilitique.
Le premier était un homme de trente-neuf ans qui avait contracté la syphilis à vingt-deux ans. Il y avait six ou sept mois, à la suite d’un ictus, il avait eu une hémiplégie droite avec embarras de la parole ; il fut traité au mercure à cette époque. Au moment de l’examen il présentait une hémiparésie droite frappant surtout le membre supérieur, avec participation de la face ; il avait des troubles dysarthriques, de l’écoulement de la salive, de la gène de la déglutition : on notait de l’affaiblissement intellectuel et du rire et pleurer spasmodique Ces symptômes faisaient présumer une lésion de ramollissement siègeant au niveau de la région nucléocapsulaire antérieure du côté gauche, due très probablement, étant donné l’état des autres artères, à de l’ar-
térité syphilitique.
Le sérum sanguin avait fourni une réaction positive et le liquide une réaction négative.
Il s'agissait dans le second cas d’un homme de cinquante-huit ans qui avait eu la syphilis à vingt ans et pour laquelle il s'était très peu soigné. Il y a une vingtaine d'années élait survenue une hémiplégie gauche. Dépuis six mois s'étaient établis des troubles délirants s’accompagnant de symptômes d'ischiémie cérébrale. A l’autopsie on constatait de l’athérome intense de tout le système artériel cérébral, avec de l’épaississement mé ningé. |
La séro-réaction avait été positive avec le sang et aussi avec le liquide céphalo-rachidien.
Dans ces deux cas la réaction sérique avait confirmé une syphiiis existante ; mais tandis que dans le premier comme il s'agissait d’une lésion centrale, le liquide offrait une réaction négative, dans le second par contre où l’artérite était généralisée et pie-mérienne le liquide avait réagi positivement.
Nous avons examiné 3 malades syphilitiques ; ils étaient atteints d'hémiplégie à marche lente et progressive ; quelquefois ils étaient sujets à des crises épileptiformes et deux d’entre eux à de l’aphasie transitoire. A ces troubles somatiques s’ajoutaient des troubles de la mémoire, de l’affaiblissement intellectuel, de la stupeur.
Deux de ces 3 malades nous ont donné une réaction positive avec le sérum ; un seul, avec le liquide céphalorachidien a fourni un résultat faiblement positif.
Chez les 2 premiers la constatation nécropsique de
gomme fut faite. Chez le dernier il s'agissait probablement aussi de la même lésion, plus superficielle, ou bien d'une légère atteinte de méningo-encéphalite surajoutée.
Nous avons vu plus haut que 5 cas d’hémiplégie due à des hémorragies ou ramollissements chez des sujets où la syphilis n'était pas en cause (albuminuriques, cardiaques) n'avaient jamais donné de réaction positive tant avec le sérum qu'avec le liquide céphalo-rachidien.
Nous n'avons pu rencontrer de cas de méningo-myélite spécifique chez lesquels nous ayions pu faire la réaction de Wassermann.
La même recherche eût également été intéressante chez les sujets porteurs de méningites syphilitiques. On sait que les réactions méningées sont de tous les âges de la syphilis. Dès l'apparition du cyto-diagnostic, l'étude du liquide céphalo-rachidien a montré l'existence d’une réaction méningée au cours des accidents nerveux de la SYPHILIS TERTIAIRE, Comme au cours de l’évolution de la paralysie générale et du tabes. Cette réaction méningée est alors bien souvent révélée uniquement par la lymphocytose rachidienne, ou lorsqu'elle se traduit par des accidents cliniques, ce sont ceux d'une méningite chronique et localisée.Parfois on peut assister à des poussées aiguës qui se traduisent per des aitaques épileptiformes ou apoplectiformes. Ces poussées ne révèlent qu'exceptionnellement l'allure clinique habituelle de la méningite aiguë. Cependant parmi le nombre des observations de méningiles syphilitiques aiguës qui ont été rapportées, plusieurs cas ont trait à des accidents
maniféstement tertiaires.
Les accidents méningés inquiétants sont exceptionnels période secondaire de la syphilis ; aussi était-il classique de dire il y a quelques années encore que, en dehors de la céphalée, la syphilis ne déterminait que peu ou pas de troubles nerveux à ses phases initiales.
L'étude du liquide céphalo-rachidien a montré depuis que le système nerveux est fréquemment touché à la période secondaire de la vérole ; mais cette atteinte ne se traduit habituellement que par la réaction cellulaire des méninges, parfois mais rarement. associée à des troubles oculaires, des paralysies des nerfs craniens.
Il est tout à fait exceptionnel qu’on assiste au tableau clinique dela méningite aiguë. Si les accidents méningés aigus sont rares au cours de la période secondaire, de la syphilis, on rencontre assez fréquemment à cette période des accidents plus localisés et même tout à fait latents associés à une réaction cytologique du liquide céphalo-rachidien (paralysie faciale, névrite optique). Tous ces accidents précoces, habituellement fugaces présentent un rapport étroit avec la Iymphocytose rachidienne ; ils disparaissent d'ordinaire en même temps que celle-ci ; mais l’absence de constatations anatomiques empêche d'établir le rapport pathogénique quiunit la réaction méningée et ces accidents qui peuvent, les uns être sous.la dépendance de la méningite. les autres la conditionner. C’est dans le but d’éclaircir la pathogénie de la céphalée syphilitique que Milian, Crouzon et Paris avaient pratiqué la ponction lombaire chez plusieurs syphilitiques atteints de céphalée à diverses pério-
des de la vérole. Devant une constatation positive de la
lymphocytose, ils avaient conclu à l'existence d’une céphalée méningique au cours de la syphilis mais les recherches de nombreux auteurs ont cependant prouvé qu'il n'existe pas un rapport manifeste entre l'intensité de la céphalée et l’existence de la lymphocytose au cours de la période secondaire de la syphilis. Ravauta montré qu'il y avait un rapport beaucoup plus constant entre la réaction méningée et l'existence des manifestations cutanées de la vérole, et cela sans qu'il existe de manifestations cliniques de l’atteinte du système nerveux.
La lymphocytose devient ainsi très fréquente aux premiers stades de la syphilis, ce qui faisait dire à Widal « que, au début de la période secondaire, alors
qu'aucun symptôme nerveux n’est apparu, le virus
syphilitique peut, dans certains cas, créer des réactions
méningées légères, décelables seulement par la ponction lombaire, réactions qui, au seuil de la maladie, nous donnent la démonstration de la susceptibilité des centres nerveux pour la vérole ». |
Ravaut a fait remarquer qu'il y a invasion du système nerveux par le virus, même en l’absence de tout symptôme morbide de ce côté, appréciable cliniquement, el que la réaction cellulaire méningée n’a d'importance que siles déterminations cutanées secondaires n'existent pas.
Il était important de rechercher comment le séro-diagnostic de Wassermannse comporte dans ces différentes atteintes des méninges par le virus syphilitique, depuis la méningite tertiaire et secondaire, chronique et aiguë, jusqu à la simple lymphocytose qui est en colléralion
avec les accidents cutanés de la période secondaire.