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Le 12 avril 14876, T. porte plainte contre M:yer : 10 pour vol commis en 1861, quoiqu'il y ait prescription et comme preuve à l'appui, produit les procès-verbaux de 1864.
90 Pour l’avoir traité d’incendiaire.
30 Parce que M. coupa en 1874, un arbre fruitier à lui appartenant d'une valeur de 60 francs.
40 Pour vol d’un morceau de bois.
50 Pour parjures M. ayant fait un faux serment dans l'affaire des chaines,
60 Pour troubles dans la possession, Meyer ayant creusé un fossé dans un terrain ne lui appartenant pas.
70 Pour menaces, Meyer ayant déchargé un pistolet non chargé.
Toutes ces plaintes ont été rejetées comme mal fondées.
Le 8 août 1876, Meyer intente un procès contre T., pour injures et le fait condamner par défaut à 44 jours de prison. Le malade interjette appel et cherche à prouver que réellement Meyer est un brigand pour l'avoir attaqué en pleine rue avec un pistolet et l’accuse d’inceste. :
Le 12 août, T. porte plainte contre Meyer, sous prétexte que ce dernier lui a volé du foin d'une valeur de 3 fr. L'affaire a été remise.
Le 19 octobre, le malade fait une demande au tribunal de première instance demandant la condamnation de Meyer, qui l'aurait menacé d’un pistolet. Dans cette demande il fait observer que le juge d'instruction ne comprend rien à son affaire parce qu'il n’a pas voulu l'écouter. On aurait inscrit dans le procès-verbal de fausses obligations ct lui-même aurait signé sans y faire attention, ne pouvant croire à la malice du juge.
Le 11 novembre, Meyer accuse T. d'injures ; celui-ci invité à comparaitre le 9 décembre, fait défaut prétendant que l’assignation est incompréhensible. Il demande à ce que la plainte soit portée devant un tribunal supérieur, la compétence des tribunaux militaires lui paraissant mème la plus fondée, parce que Mever a été soldat dans sa jeunesse.
T. entre à la clinique tout tranquillement dans l'espoir qu'on lui rendra justice et qu’il atteindra son but. Il est très expansif sur sa vie et ses antécédents. Il donne des détails à n'en plus finir sur des calomnies, des poursuites, etc.
Son frère qui l'avait amené à l'asile proteste contre l’internement du malade.
Le 1% avril 1877, quand le gardien lui apporte sa pipe, Tunst se fâche et devient agressif. Sa tête est horriblement congestionnée, sa figure rouge et ses yeux brillants, Il fait des grimaces, agite ses
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mains, se roule par terre en poussant des cris : « T'uez-moi, au nom
de Dieu, amen. Que les saints viennent à mon secours, je veux souffrir comme le Christ a souffert. »
Le malade refuse tout aliment et son état mental est profondément troublé. ;
Le 25 décembre, le lendemain, pris d’une congestion violente, Tunst se roule par terre, commence à pousser des cris sur un ton pathétique : « Je veux souffrir comme Jèsus Notre-Seigneur, je veux mourir et voici mon corps. » Il présente de l’anesthésie généralisée, les pulsations sont à 120, sans élévation de la température,
Le 20 avril, le malade est plus tranquille et regarde tout autour de lui avec des yeux hébétés.
Le 27 avril, dans la matinée, son état pathologique a cessé. Tunst se souvient qu'il a perdu la tête, mais ne se rappelle que très sommairement ce quis’est passé. Il se plaint de violentes douleurs à la région frontale et d’une lassitude générale. Le sommeil se rétablit. Moralement le malade est toujours le même, c'est-à-dire processif, Tunst est d’une taille moyenne, les os gros, le crâne rond, le front bombé et large. La tête n'offre l'empreinte d'aucun traumatisme. L'expression de sa figure est intrigante, les dents incisives supérieures sont mal conformées et séparées l’une de l’autre par une lacune. Le côté gauche de la figure présente de l’anesthésie.
Dans la société on considérait le malade comme un homme original, borné, égoïste. IL a hérité de sa mère une organisation cérébrale anormale A 96 ans il entre en conflit avec la loi pour contravention à la loi sur la chasse. et au lieu de reconnaitre sont tort, s’aigrit et commence à étudier la loi. Muni d'une certaine connaissance du code, il devient intrigant et progressif, Relativement à l’état pathologique de sa personnalité il a une logique détournée et un égoïsme borné. Son entêtement rappelle celui d’un pauvre d'esprit. La caractéristique de son état mental est la marche progressive des idées délirantes, sa tare héréditaire, l'énormité originelle de sa personnalité, les conceptions fausses de son jugement. Tout cela prouve que Tunst est un malade et non un homme passionné et immoral. Son cerveau est anormal.comme le prouve l’observation de son état pathologique à la clinique.
Tunst est incapable de gérer ses affaires, ila besoin d'un curateur pour administrer ses biens. Il doit être interné dans un asile pour la paix et l’ordre publics, pour débarrasser les tribunaux, et pour éviter des dangers éventuels à cause de son inimitié contre Meyer et les juges.
En conséquence de ces conclusions, le malade a été interné dans
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un asile d'aliénés d’où il est sorti au bout de quelques mois, un peu amélioré,. mais conservant toujours une grande tendance aux procès.
Persécuteurs politiques. — Les persécuteurs politiques, n'ont pas en général pour point de départ le ressentiment personnel d’une injustice subie, ils sont guidés dans leur revendication par l'idée de rendre service à la société en la débarrassant d'un personnage politique qu’ils estiment nuisible à leur patrie. Se croyant investis de cette haute destinée, ils sacrifient leur temps et même leur vie à la poursuite de cet idéal. Comme le fait remarquer Ballet, c’est surtout chez ces malades que l’orgueil naturel des persécutés-persécuteurs se montre dans toute son étendue. « S'exagérantoutre mesure leur importance, se croyant appelés à jouer le rôle de réformateurs ou de vengeurs, ils se laissent entraîner par leur imagination déréglée à concevoir les plus vastes projets. ”
Ils peuvent se borner à élaborer des plans singuliers de réorganisation sociale qu’ils exposent avec emphase dans des journaux, des brochures, ou à la tribune des réunions publiques. La vivacité de leur intelligence l'intégrité de leurs facultés syllogistiques peuvent quelque temps donner le charge. Ils sont aisément pris pour de simples audacieux aux idées neuves et hardies. Mais il ne faut pas longtemps à un observateur attentif pour découvrir dans les déclamations prétentieuses dont ces malades sont prodigues les signes manifestes de déséquilibration intellectuelle.
Leurs conceptions sont superficielles, puériles, souvent manifestement absurbes. Leur émotivité d'ordinaire très-accusé s’exalle à la pensée des obstacles qu'ils rencontrent à chaque pas dans les tentatives de réalisation de leurs projets chimériques. Us s'irritent ets’en prennent deleurs déconvenues aux puissants du jour. S'enthousiasmant parfois à l'idée d'une mission glorieuse à remplir, ils vont droit devant eux, sans souci des conséquences de leur conduite ; l'idée fixe s'impose à eux avec une puissance que ni le sentiment des réalités dont ils sont dépourvus, ni celui du danger à courir n'arrive à dominer; ils frappent sans réflexion ni sans pilié ceux que leur imagination déréglée leur a désignés comme nuisibles aux succès de leurs
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idées, au triomphe de la justice où au bonheur du pays (1) »
Les persécutés-persécuteurs politiques ont à maintes reprises attirés sur eux l'attention."
L'histoire conserve les noms d'assassins fameux, criminels ou martyrs frappant des rois ou des empereurs dans le seul but de rendre service à leur patrie. La profonde déséquilibration de ces sujets, qui se manifeste pendant tout le cours de leur existence les font ranger à bon droit parmi ce groupe de malades : Ravaillac poignarde Henri IV, Louvel assassine le duc du Berry, poussés par l'idée obsédante de faire triompher le bon droit et la justice.
L'histoire contemporaine est remplie de faits de ce genre dont quelques-uns ont malheureusement occasionné bien des deuils, Guiteaë en Amérique tue le président Garlfied, pour obéir à une inspiration divine, Passonante en Italie attente à la vie du roi Humbert pour fonder une république universelle, Hillairand se précipite sur Bazaine pour venger la patrie trahie, Gasnier afia de faire éclater la guerre où la France prendra sa revanche, n’essaie rien moins que d'assassiner un membre de l'ambassade d'Allemagne, Mariotti tire un coup de révolver au moment du passage de la voiture de M. de Freycinet, pour attirer l'attention sur lui et se faire rendre justice.
Nous avons vu récemment l’idée des revendications sociales pousser des malheureux déséquilibrés à de monstrueux attentats. La mort du président Carnot frappé d’un coup de poignard par un dégénéré héréditaire orgueilleux, montre quel danger public constituent parfois les persécutés-persécuteurs politiques.
Régis (2) a attiré l’attention sur ces criminels en s'appuyant sur les documents relatifs à plus de quatre-vingts fanatiques passés ou présents. Il a montré que les régicides sont des désharmoniques, des dégénérés, des anormaux qni présentent tous des tares héréditaires dans l’ordre physique, moral et intellectuel. Ce sont des déséquilibrés, des demi-fous ayant un amalgame de raison et de folie difficile à apprécier sous son vrai Jour. L'idée-mère, quand il y en a une, c’est l’idée d'une mission
(1) Bazrer. Traité de médecine. (2) Réars. Les régicides dans l'histoire et dans le présent,
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glorieuse à accomplir. L'attentat est logiquement conçu, prémédité et préparé ; les régicides ont quelquefois conscience de l’obsession morbide qui s'est emparée d'eux, ils luttent, ils se révoltent, invoquant quelq uefois le cielpour y chercher une inspiration, Les dernières résistances franchies, l'acte résolu, le sujet n'hésite plus, c’est un convaincu fier de sa mission, ill’accomplit alors en plein jour d’une facon théâtrale, il dédaigne le poison, préfère l'instrument tranchant et frappe avec décision et violence sans chercher à fuir.
L'idée du martyre se complète chez les régicides par les sen” timents d’orgueil, de vanité et de recherche de la gloire ; les uns songent au bonheur céleste qui les attend, les autres songent seulement à la renommée, Le malade n'a point de complices, il s’exalte lui-même avec un délire mystique et exécute seul son projet morbide, .
Ballet rattache aux persécutés-persécuteurs politiques, certains mystiques déséquilibrés qui, pris d'un enthousiasme maladif, fondent de nouvelles religions et parviennent même à faire de nombreux prosélyies. Pour lui, ces malades obéissent surtout à des hallucinations hypnagogiques concernant Dieu, la Sainte Vierge et les saints, Ne reculant devant aucun sacrifice pour faire triompher leurs doctrines, poussant la déséquilibration jusqu’à se pratiquer volontairement des mutilations comme les Skoptzy de la Russie, ils peuvent quelquefois devenir une cause de désordre pour la société. Louis Kiel, fondateur au Canada d’une religion nouvelle, fit tant par ses extravagances, qu'après avoir été enfermé deux fois comme aliéné, il finit par être pendu.
Il existe encore une autre catégorie de persécutés-persécuteurs politiques sur lesquels nous croyons qu'on n’a pas encore sulfisamment alliré l'attention. Certains pamphlétaires, manifestement déséquilibrés, bien que doués des plus grandes facultés intellectuelles, peuvent présenter l’état mental des malades qui nous occupent.
Voyant partout des dénis de justice, ils entreprennent contre leurs ennemis imaginaires des campagnes acharnées où ils mettent bien en évidence leur esprit de chicane et leur tendance à la contradiction. Ils sont poussés en cela, non pas par des revendications légitimes, mais par une véritable idée obsédante
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qui ne leur laisse aucun répit et leur fait outrepasser les limites permises de la discussion,
Persécuteurs-hypochondriaques — Les persécuteurs-hypochondriaques sont des malades qui présentant de nombreuses préoccupations hypochondriaques accusent leur médecin de les avoir mal soigné eux ou leur famille. Ils le poursuivent avec un acharnement infatigable et ne reculent pas loujours devant des actes de violence.
Cette catégorie de malades est peu fréquente ; cependant en 1839, MM. West, Ollivier et Jacquemin ont en l'occasion de faire l'examen médico-légal d’un sieur Alexis Bourgeois qui avait tiré 2 coups de pistolet sur un docteur en médecine qu'il accusait de l'avoir mal soigné il y à une dizaine d’années.
Le rapport des médecins peut être résumé ainsi : Alexis Bourgeois âgé de 44 ans, ne dénotant au premier examen aucun dérangement dans les facultés mentales est depuis 16 années poursuivi par une idée fixe qui est devenue le mobile de toutes ses actions.
Ayant consultéle docteur Bleynie pour « une fraicheur dans les intestins, » l’inculpé s’est trouvé plutôt incommodé que guéri par les bains qui lui furent ordonnés. Parti de l’idée que son mal a empiré, il en vient à des projets de vengeance contre les médecins et en particulier contre le docteur Bleynie. Ces idées agressives alimentées par des préoccupations hypochondriaques constantes, le poussent à une campagne acharnée contre les médecins « c'est un coup du ciel, écrit-il, que je ne sois pas encore mort par leurs menées, j'étais réservé pour découvrir leurs crimes et les punir. » Bourgeois achète un poignard puis un pistolet. Il müûrit longtemps son dessein criminel, fond luimême les balles du pistolet, puis, guettant sa victime, fait feu sur elle sans l’atteindre.
Bourgeois arrête aussitôt, déclare hautement qu'il regrette de ne pasavoir tué son ennemi et manifeste l'intention de recommencer à la première occasion,
Il présente un grand contentement de lui-même el une vanité inconcevable, croyant que les femmes ne peuvent le voir sans ressentir pour lui des sentiments d’amour, Il s’est séparé de la sienne qu'il rendait malheureuse parcequ'elle ne voulait pas ad-