‹ Thèse Pour Le Doctorat En MédecineChapitre 23 sur 28 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Diagnostic

Reconnaître un persécutè-persécuteur est quelquefois chose délicate, l'absence habituelle de troubles psycho-sensoriels, la facilité d’élocution, la mémoire, les facultés syllogistiques du malade peuvent en imposer à première vue au médecin qui n'aurait pas fait une étude spéciale de la question. Il peut prendre pour une simple réaction passionnelle et pour une revendication légitime, les actes du persécuté-persécuteur, d'autant plus facilement que celui-ci possède au plus haut degré. l'art de travestir la vérité.

« Dans les cas difficilles, dit avec raison Billod, le médecin pour se prononcer, ne peut pas se contenter de l'examen direct du malade ; il est obligé de consulter son dossier, c'est-à-dire de se livrer à une enquête rétrospective qui devra établir l’exactitude ou la fausseté de tous Les faits affirmés par le malade ».

Le premier point important à connaitre est l’état mental du sujet. La question de terrain est ici capitale, et lexistence entière du malade mettra le médecin sur la voie du diagnostic. Le persécuté-persécuteur, issu en général d'une famille névropathique est un être insociable, bizarre et détraqué.

IL présente souvent les sligmates physiques de la dégénérescence, el toujours les-stigmates psychiques, c'est-à-dire la désharmonie des facultés intellectuelles et morales,

. Le persécuté-persécuteur est, dès son enfance ; jaloux, menteur vindicatif porté à la controverse. Les tendances mailresses de son esprit peuventse résumer en deux mots : orgueil et absence de sens moral. .

La vanité est peut-être le défaut mental qui frappe‘le plus le

médecin. Elle se montre dans tous les actes du malade, dans ses paroles, dans ses écrits : CI n’y a qu'un Dieu, s’il y en a un, disait l’un d'eux : mais il n'y a qu'un moi, etce moi vaut bien la peine qu'on s'en occupe. »

Les lacunes de sens moral ne sont pas moins tangibles. Le malade commet des indélicatesses en parlant constamment de sa conscience et de son honneur ; il ne recule pas devant la calomnie, et une enquête approfondie, montrera combien ses dires sont sujets à caution.

Le mode de réaction du persécuté-persécuteur est caractéristique de son affection ; d'emblée il passe brusquement de l'idée à l'acte, systématisant son délire sur une personne qu'il poursuit sans relâche avec une opiniàtrelé incroyable. Le point de départ des convictions maladives est le plus souvent un fait exact, mais où l'état pathologique apparaît, c'est dans la disproportion complète qui existe entre la futilité du motif et l'intensité de la réaction. Le sujet sacrifie tout à sa vengeance, obéissant en cela non à une revendication légitime mais à une obsession de jour en jour plus tyrannique qui finit par occuper seule le champ de sa conscience.

La marche de l’affection est un des meilleurs éléments du diagnostic. Il n’y a pas ici d'évolution méthodique ni de transformation. Le délire arrive d'emblée : S'il n'évolue pas, il progresse, il rayonne autour du malade englobant nécessairement tous ceux qui de près ou de loin lui semblent être un obstacle à son pro- Jet de vengeance.

Cette absence d’évotion est accompagnée le plus souvent de l'absence de troubles sensoriels. Les interprétations délirantes jouent le principal rôle dans psychopathie du malade ; Siles illusions et les hallucinations se présentent, elles sont secondaires au délire, elles ne le conduisent pas et ne sont que l'expression d’une surexcitalion passagère des fonctions cérébrales.

Les persécutés-perséculeurs ont une physionomie bien à eux qui les différencie nettement des autres persécuteurs.

Il n'y a pas, en effet, de ressemblance entre ces malades et les . délirants chroniques chez lesquels la maladie se développe à un certain àge sur un terrain jusque là indemne de toute défectuosité. On ne trouve pas ici ce passé si riche chez les dégénérés en

coups de têtes, en désordre de tous genres, en conceptions délirantes précoces.

Le délirant chronique passe par une longue période d'idées de persécution avec des hallucinations multiples avant d'arriver à à la systématisation. Les hallucinations de l’ouïe ne font jamais défaut ; elles en sont un des éléments symptomatiques les plus importants sans être d'ailleurs exclusives d’autres troubles sensoriels, de r'odoratou de la sensibilité générale.

La marche de l'affection est essentiellement évolutive ; après la période de persécution arrivera la période de grandeur et la démence finale.

Le diagnostic différentiel entre les persécutés-persécuteurs et les délirants chroniques est donc en général facile.

« Il est cependant des circonstances où le diagnostic peut être malaisé au début : Il arrive parfois qu’un persécuteur raisonnant présente des hallucinations auditives qui, en l'absence de renseignements peuvent embarrasser pendant quelque temps, le médecin. D'autre part, un dél'ant chronique chez lequel la maladie n’est pas ancienne, qui dissimule ses hallucinations et qui, dans son mode de réagir, adopte les procédés des persécuteurs, peut également faire hésiter un moment le diagnostic.

Chez les persécutés-persécuteurs il n'y a point d'évolution méthodique, point de métamorphose du délire : ils se montrent dès le début orgueilleux et persécutés ; ils sont aujourd'hui ce qu'ils étaient hier,et ce qu'ils seront toujours. Il y a dans l'existence du délirant chronique deux parts bien tranchées : une première souvent longue sans manifestations morbides ; une seconde avec des symptômes et une marche caractéristiques. Chez les persécutés-perséculeurs il n'en est plus de même : faire l'histoire de la maladie, c’est faire celle du malade. L'étude des antécédents héréditaires de ces derniers sujets fera pressentir un prédisposé qui se révêlera souvent par des stigmates physiques : celle de ses antécédents personnels le montrera avec sa déséquilibration psychique, avec les lacunes de son inteliigence, les anomalies de ses instincts et les contradictions de son caractère. Tandis que chez le délirant chronique la maladie mentale contraslail avec le passé cérébral du sujet, la psychose du perséculé-perséculeur, au contraire, n’est que l'exagération du caractère antérieur chez un individu toujours mal équilibré.

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Enfin si, chez ce dernier, le délire est précoce, il peut en outre se prolonger indéfiniment sans s’effacer dans la démence.

Quelquefois surviennent des accidents apoplectiques comme chez Sandon ; mais ces complications sont moins fréquentes qu'on l’avait pensé. Le délirant chronique fait parfois partager son délire à ceux qui vivent avec lui ; le persécuteur raisonnant peut, encore bien plus facilement, communiquer ses convictions délirantes. Il s’est fait le combattant du droit, il a souffert et lutté seul contre les tribunaux, les médecins, les autorités ; son attitude d'opprimé que l’adversité n'a pas abattu lui conquiert des sympathies, ses infortunes émeuvent bien des gens en même temps que son activité intellectuelle, la dialectique avec laquelle il soutient ses revendications, l'absence de tout trouble sensoriel entrainent la conviction de certains.

Mais tandis que la contagion pour le délirant chronique se limite aux proches, pour le persécuteur elle rayonne bien au-delà etle malade trou‘e des défenseurs dans la presse et dans le public (4). »

En dehors des délirants chroniques, certains dégénérés doublés de persécutés à délire plus ou moins systématisé peuvent être pris, à un examen rapide, quand ils ont des réactions pour des persécutés-persécuteurs.

Ils se distinguent de ce dernier groupe de malades par des caractères cependant bien tranchés. Dans l'intervalle des cerises délirantes, ils n’ont point cette disposition morale à la chicane qui est la caratéristique de l’état mental des persécutés-persécuteurs.

Leurs menaces, leurs revendications, leurs actes ont pour point de départ le plus souvent un élément hallucinatoire que l’on rechercherait vainement chez les perséculés-persécuteurs, ils sont toujours beaucoup plus délirants qu'ils sont agissant. En face de pareils malades, le médecin ne sera que bien rarement embarrassé.

Ce sont là de véritables vésaniques bien différents des persécutés-persécuteurs qui souvent ne sontpas à proprement parler des délirants dans la véritable acception du terme.

Magnan cite dans ses leçons cliniques observation d'une ma-

(4) MaGxan et SÉRIEUX. Loc. cit.

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