RÉSUMÉ ANATOMIQUE
La peau, enveloppe générale du corps, organe du tact et du toucher, est une couche de tissu cellulaire contractile, élastique, en continuité directe, par sa face profonde, avec le tissu cellulaire souscutané, et dont la face externe est recouverte d’une couche plus ou moins épaisse d’épiderme.
En outre du tissu cellulaire qui forme la trame et la base de ce qu’on appelle le derme, on observe, dans l’épaisseur de la peau, un réseau capillaire sanguin qui sert à sa nutrition et à des sécrétions diverses, un réseau lymphatique servant probablement à la résorption de ses éléments constituants, des follicules pileux, des glandes sébacées, des glandes sudoripares; tels sont les éléments qui lui appartiennent en propre , et dont l’arrangement respectif varie dans les différents points du corps.
Les fibres du tissu cellulaire sous-cutané forment entre elles des mailles, circonscrivant des espaces plus ou moins régulièrement polyédriques. Ces mailles' se resserrent et se rapprochent à mesure qu’on les examine dans un point plus'rapproché du derme; les cel-
Iules adipeuses qu’elles renferment disparaissent peu à peu à mesure que d’autres organes semblent les remplacer.
Situées horizontalement dans la couche profonde du derme pour former ces mailles, les fibres cellulaires , en s’approchant de la surface, prennent peu à peu une disposition tout opposée, c’est-à-dire perpendiculaire à celle-ci, pour former avec les vaisseaux et les nerfs de petites houppes ou papilles dont les éléments marchent parallèlement les uns relativement aux autres. Ces deux dispositions inverses ont reçu de Pappenheim les deux noms d'expansion horizontale et à' expansion verticale du derme.
Les papilles sont les organes du loucher; aussi les voyons-nous d’autant plus développées qu’elles appartiennent à des régions du corps plus spécialement destinées au toucher précis : tels sont la face interne des doigts et de la main, la face plantaire du pied , le mamelon, les lèvres, le palais , la langue, la surface du gland et du clitoris, la face interne des grandes lèvres, les nymphes, la face interne du vagin. Partout d’ailleurs l’expansion verticale du derme est tout à fait rudimentaire. C’est à la présence dans leur épaisseur des ramifications nerveuses que les papilles doivent leur faculté de sentir. La distribution des ramuscuies nerveux, à leur terminaison à la peau, est le sujet de controverses qu’il importe peu de rapporter ici; disons seulement que l’extrême sensibilité des papilles mises à nu prouve plus en faveur de la description de Gerbe.r, qui fait arriver dans chaque papille six à neuf anses nerveuses s’étalant à la surface, qu’en faveur de celle de Pappenheim, qui les fait s’arrêter à la base de la papille.
Les vaisseaux sanguins présentent aussi , comme les fibres cellulaires , une sorte d’expansion horizontale à mailles multipliées dans la couche profonde du derme, tandis que, dans les papilles, ils décrivent des anses parallèles et verticales. 11 faut ajouter ici, pour l’intelligence complète de la papille, que tous ces éléments dont nous venons de parler, fibres cellulaires, anses nerveusés , anses vasculaires, sont réunis par une substance hyaline anhyste qui leur forme une sorte de gangue.
Quant aux vaisseaux lymphatiques , ils paraissent former un premier réseau vasculaire à la surface du derme, réseau qui se vide à travers l’épaisseur, du derme dans les réseaux sous-cutanés.
Des glandes nombreuses qu’on a décrites dans l’épaisseur de la peau, il n’y a plus que les glandes sébacées et les glandes sudoripares dont l’existence soit bien constatée et admise par tous les anatomistes. M. Robin vient d’en signaler une troisième espèce occupant spécialement deux régions de la peau : le pli de l’aine et le creux de l’aisselle.
Les glandes sudoripares, découvertes par Eichorn, mieux étudiées depuis lui par Breschet et d’autres auteurs, sont, comme on le sait, formées par un canalieule pelotonné sur lui-même et situé dans la couche profonde du derme; à partir de ce peloton , le canalieule traverse le derme et l’épiderme en décrivant un trajet spiroïde et largement oblique relativement à la surface de la peau, disposition qui probablement a' pour but de lui permettre de se prêter aux changemtents d’épaisseuV que l’épiderme présente en raison de sa puissance hygrométrique. Ces canalicules s’ouvrent à l’extérieur par un petit orifice facilement visible à l’aide de la loupe, au sommet de la crête des rangées papillaires des doigts. Je ne puis m’empêcher ici d’émettre un doute sur la réalité des fonctions qu’on a attribuées à ces organes en les regardant comme étant ceux de la sécrétion sudorale. Remarquons qu’ils ont surtout été décrits d’après l’étude de la peau des régions palmaire et plantaire, où leurs orifices sont facilement visibles: or, quel que soit le soin qu’on mette à les chercher ailleurs, on ne peut les y trouver; d’un autre côté, leur sécrétion, loin d’être liée à l’état sudoral , peut être observée alors que les autres régions, la face dorsale des mains, par exemple, sont complètement sèches. Ces glandes ne seraient-elles point des organes spéciaux annexés à l’organe du toucher, comme la glande lacrymale l’est à celui de la vision, comme les glandes salivaires le sont à celui du goût? Leur sécrétion aurait alors pour but de maintenir l’épiderme de cot organe dans l’état d’humidité nécessaire à la perfection du toucher.
Les glandes sébacées sont les annexes du système pileux. Ces petites
glandes, presque toujours groupées deux à deux autour de chaque follicule, faciles à voir à cause de leur contenu graisseux de couleur un peu jaune, semblent formées d’un amas de petites vésicules adipeuses allant se verser par un petit conduit très-court dans la cavité des follicules pileux ; très-variables de volume et de nombre , selon les régions de la peau, elles paraissent suivre dans leur développement celui des poils, et dans quelques régions, comme lenrz, suivre une loi inverse.
Les follicules pileux sont formés par un enfoncement du derme, cylindrique, élargi à sa partie la plus profonde , et dans les poils bien développés ils se trouvent sous le panicule graisseux. Du fond de cet infundibulum tapissé par une couche decellules épidermiques, s’élève une papille sur laquelle se déposent successivement les couches de noyaux cellulaires qui, par leur allongement, finissent par former les fibres des poils. Ici se présente une question dont la solution importe à la suite de mon travail : c’est celle du développement des poils. Ces infundibulum sont-ils réellement formés par un enfoncement de la surface externe , ou sont-ils le résultat de la déhiscence de follicules primitivement clos, comme l’admettent plusieurs auteurs, MM. Simon , Henle, Mandl ? En étudiant le cuir chevelu d’un enfant nouveau-né, l’on peut voir des poils à tous les degrés de développement. Ce sont d’abord de petits corps ronds un peu jaunâtres, transparents, formés d’une substance hyaline , dans laquelle on aperçoit des noyaux disposés régulièrement autour d’un centre; ces petits corps sont situés dans l’épaisseur du derme; on ne leur distingue point d’enveloppe propre, on dirait un simple dépôt de cystoblastème dans les mailles du derme ; d’autres présentent au centre une masse plus foncée que l’on voit s’allonger en pointe du côté de la surface externe, et finir par la traverser. En même temps que le corps primitif semble s’enfoncer plus profondément dans le derme, peu à peu le poil se développe, et il est facile de voir que les poils les plus développés sont ceux dont la racine est la plus éloignée de la surface extérieure , et de concevoir que c’est en s’enfonçant ainsi que se forme le follicule lui-même aux 1846. — May or. 2
dépens du tissu cellulaire, taudis que le poil se forme aux dépens de la partie centrale de la petite masse à noyaux observée en premier lieu, et que la couche externe de celte masse , se séparant peu à peu du poil lui-même , devient la couche épithéliale qui tapisse le follicule.
L’épiderme forme sur toute la surface du corps une couche cornée plus ou moins épaisse, demi-translucide, légèrement rougeâtre dans sa couche profonde, tout à fait transparente dans sa couche superficielle. Cette couche, dépourvue de vaisseaux et de nerfs, traversée par les conduits sudoripares et les canaux des poils ou des glandes sébacées dans l’intérieur desquelles elle envoie un prolongement, est directement appliquée sur la surface externe du derme, sur les inégalités de laquelle elle se moule exactement, formant ainsi des espèces de gaine aux papilles, et les reproduisant affaiblies à sa face externe. L’épiderme est entièrement composé de cellules* élémentaires, à divers degrés de développement, et déposées par couches stratifiées. On peut, sur une tranche mince, observer tous les degrés de développement des cellules. La couche la plus profonde parait formée d'une substance anhysie , hyaline, comme celle que nous avons vu former la gangue des papilles, et dans laquelle se voient de nombreux noyaux cellulaires un peu rougeâtres, arrondis ou ovales , le plus souvent irréguliers , et ayant de 0nim,00,5 à 0mm,007; ces noyaux sont pourvus d’un , deux ou trois petits nucléoles; ils sont insolubles dans l’acide acétique, dont le contact les rend .plus nets , en agissant sur le cytoblastème. Plus près de la surface, on distingue autour des noyaux une enveloppe formant une cellule transparente, qui répète les contours du noyau, mais qui ne tarde pas à grandir assez vite; le noyau grossit lui-même, mais beaucoup moins rapidement. La cellule, d’abord presque sphérique, devient polygonale, puis s’aplatit, offre quelques nucléoles punctiformes dans son épaisseur; en même temps le noyau s’efface et finit par disparaître dans les couches les plus superficielles, où la cellule ne représente plus qu une lamelle ou écaillé épidermique , que les aciions extérieures détachent de la surface du corps sous forme de poussière.
Elle peut avoir alors 0mm,03, 0mm,05, 0mm,l de diamètre. L’acide acétique rend plus facile l’étude des cellules épidermiques, en paraissant dissoudre la substance intercellulaire; il agit encore assez facilement sur les jeunes cellules , dont il dissout l’enveloppe tout récemment formée aux dépens du cytoblastème ; mais il n’agit plus sur les vieilles cellules, qu’il ne fait que désagréger.
Si l’on fait macérer l’épiderme dans l’eau , il prend une teinte blanche un peu opaline; il devient plus élastique ; les couches les plus superficielles se désagrègent et se séparent, sous forme de poussière blanche, des couches profondes qui résistent plus longtemps , et se putréfient sans se désagréger. Les cellules persistent fort longtemps; je les ai retrouvées dans un cas où la macération avait été prolongée pendant six semaines; seulement elles avaient quadruplé de volume, et étaient devenues presque sphériques par l’imbibition de l’eau.
L’épiderme n’est point un produit de sécrétion glandulaire. Dès qu’apparaissent les premiers linéaments de l’embryon, il existe à sa surface une couche de cellules polyédriques élémentaires, dont les plus profondes se transformeront en tissu cellulaire, tandis que les plus superficielles constitueront l’épiderme qui, d’après Meckel et Wendt, devient une couche distincte dès le deuxième mois de la vie intra-utérine. « L’épiderme du fœtus est proportionnellement plus épais que celui de l’adulte; peut-être, dit Henle, parce que les couches inférieures des cellules se transforment encore en tissu cellulaire. »
Une fois formé, sa nutrition, son renouvellement se font évidemment aux dépens du plasma du sang qui circule dans le derme; aussi subit-il l’influence de tous les troubles circulatoires de cette membrane: les phlegmasies érysipélateuses entraînent sa mort et sa chute; des irritationjs modérées augmentent l’activité de sa production cl la durée de sa vie , de telle sorte qu’en même temps que le nombre de ses couches augmente, celles-ci persistent plus longtemps. Ce mode de développement implique l’inutilité des prétendues glandes
blennogènes. Il n’est pas plus besoin de glandes pour la formation de l’épiderme, qu’il n’en est besoin pour celle du lissu musculaire et du tissu cellulaire. Du blastème primitif naissent et se séparent les différents tissus , en vertu de forces plastiques absolument inconnues dans leur essence. Est-il nécessaire d’ajouter qu’il n’existe pas encore de glandes, que déjà existe une couche de cellules qui constitueront plus tard l’épiderme ?
Ce qui, au point de vue de son renouvellement, différencie la membrane épidermique des autres tissus du corps, c’est que scs molécules constituantes, après avoir parcouru tout le cycle vital qui leur appartenait, sont rejetées à la surface du corps au lieu d’être soumises d’abord à l’absorption, pour être ensuite éliminées par les sécrétions.
Cette manière de considérer l’épiderme, basée sur une connaissance plus exacte du développement des tissus animaux, résultat des travaux de Schleiden, de Schwann et de leurs continuateurs, ôte aux tumeurs épidermiques toute leur singularité apparente. Elles viennent se ranger tout naturellement, quant à leur genèse, à côté d’autres tumeurs plus connues, les tumeurs fibreuses, cartilagineuses, osseuses. De même qu’au voisinage des os se développent des tumeurs celluleuses dans lesquelles la cellule a les caractères de la cellule cartilagineuse ; de même que dans les tissus cellulaires, musculaires, se développent des tumeurs dont la cellule, au lieu de parcourir les* phases de développement qui l’auraient transformée en fibre musculaire ou cellulaire, semble par une aberration de nutrition devenir fibreuse ou tendineuse; de même, dans des tissus connexes, nous voyons les cellules revêtir les caractères de la cellule épidermique.