‹ Thèse ... Recherches sur les tumeurs épidermiques et leurs relations avec l'affection cancéreuseChapitre 7 sur 15 · S III · texte numérisé non relu

S III

Je donne dans ma seconde planche trois dessins de eellules encéphaloïdes et squirrheuses dessinées au même grossissement que les cellules épidermiques , afin de faire saisir les différences considérables qui existent entre ces deux espèces de cellules , en renvoyant pour plus de détails à l’ouvrage de M. Lebert. (Voy. planche 2, fig. 7, 8 et 9‘) . :

Ire OBSERVATION. — Production cornée développée à la suite de la rupture d’un kyste athéromateux du cuir chevelu.

(Donnée par mon collègue et ami M. Thibault, interne.)

• Le’nommé Torteil , tailleur, âgé de quarante ans, demeurant rue Sainte-Apolline, n° 10, est entré à l’hôpital de la Pitié le 19 février

Il- y a dix ans, cet homme s’est aperçu qu’il portait à la partie postéro-latérale gauche de la tète une petite tumeur de la grosseur d’un pois; elle n’élail le siège d’aucune douleur et présentait une coloration l,£4tj. — Mayor. 4

mélée de rouge et de blanc. Cette tumeur grossit peu à peu et aequit le volume d’un petit œuf; mais à la suite de blessures faites avec les dents d’un peigne, elle a changé de forme et a pris la figure qu’elle présenté aujourd’hui.

Les cheveux étant rasés, on aperçoit une tumeur circulaire ayant 4 centimètres de diamètre à sa base et 3 centimètres environ de hauteur; au centre s’élève une production cornée , -ayant la forme de l’apophyse coracoïde et entourée à sa base d’une ulcération comprenant le reste de la surface de la tumeur.

M. A. Bérard regarda la production cornée comme due à la sécrétion de la surface interne d’un kyste primitif, et après avoir enlevé la corne avec une pince à dissection, eut recours au caustique de Vienne pour détruire le kyste. Le malade guérit parfaitement bien.

J’examinai au microscope la production cornée, et j’y reconnus les cellules épidermiques comme formant la masse principale.

Voilà un exemple de la deuxième espèce de corne. J’ai donné dans les Bulletins de la Société anatomique une observation de corne ayant pour origine une verrue. (Voy. planche 1 , fig. 5.)

IIe OBSERVATION — Tumeur épidermique papillaire ulcérée; ulcère cancéreux ou cancroïde, ou noli me iangere.

Jean-Nicolas, âgé de quarante-cinq ans, garçon blanchisseur (Bou logne , chemin de Saint-Cloud, n° 114), entre à l’hôpital Necker le 17 juin 1845 ( salle Saint-Pierre, n° 22).

Cet homme, de petite taille, mais bien constitué, a toujours joui d’une bonne santé; il a l’habitude de priser;à l’âge de vingt-cinq ans, il a eu deux chancres pour lesquels.un médecin de Boulogne lui a fait un traitement inconnu ; jamais d’accidents subséquents.

11 y a cinq ans , un petit bouton , de la grosseur d’une tête d’épingle, s’est développé sur le lobe droit de son nez. Sous l’influence de nombreuses cautérisations avec le nitrate d’argent, ce bouton grossit, puis s’ulcéra. L’ulcération n’étant pas douloureuse, le malade n,e s’en oc-

cupa plus pendant six mois, et elle cessa dès lors de faire des progrès. Voulant pourtant s’en débarrasser, Jean entra à l’Hôlel-Dieu, où M. Roux l’opéra par le fer. La plaie se cicatrisa , mais la cicatrice resta dure, rouge et quelque peu sensible. Six mois plus tard, notre niais ’e se blessa au nez justement à la place de la cicatrice ; cette nouvelle plaie ne put se cicatriser. Enfin, c’est après avoir subi un nouveau traitement infructueux parles caustiques à l’hôpital Saint-Louis, en être sorti non guéri, que le malade a été reçu à l’hôpital Necker*

Etat actuel. — Une ulcération plate, à fond dur, couverte de bourgeons gris, rosés, mais durs, beaucoup plus volumineux et irrégu liers que ceux des plaies simples, occupe le lobe droit du nez, et s’étend le long du bord supérieur de l’aile du même côté jusqu’au sillon naso-labial.

Cet ulcère sécrète une matière peu abondante, qui se concrète en croûtes jaunâtres. Il n’est pas douloureux et ne fait éprouver au malade qu’un chatouillement léger; la pression est douloureuse et détermine facilement de petites hémorrhagies.

La peati environnant l’ulcère est rouge, sillonnée de petits vaisseaux variqueux. L’état général du malade est excellent, il n’y a pas de ganglions engorgés.

Le 20 juin, M. Lenoir fait à la surface de cet ulcère une application de la pâte caustique de frère Côme, qui dépasse un peu les limites de l’ulcère.

Cette application détermine les effets ordinaires, douleurs vives, érysipèle qui se dissipe au bout de quelques jours. La chute de la croûte et de l’eschare a lieu au bout de quinze jours.

La plaie, mise à nu, est formée de petits bourgeons réguliers, mous.

La cicatrisation se fait peu à peu, et le 28 juillet, elle est complète; les tissus environnants sont dégorgés, ont repris leur souplesse normale.

N’était une échancrure de 2 à 3 lignes sur le bord de l’aile du nez , et près de. son lobe, c’est à peine s’il resterait trace de la maladie.

Le malade, sorti le 28 juillet, est revenu se montrer à moi dans le courant de septembre. II n’y avait pas trace de retour du mal ; les tissus du nez étaient souples, et la cicatrice à peine visible.

J’ai examiné l’eschare tombée, et j’y ai trouvé une grande quantité de cellules épidermiques très-reconnaissables.

L’origine et la marche de la maladie concordant avec cet examen , je regarde cet ulcère comme la conséquence du développement d’une tumeur épidermique , probablement de la forme papillaire.

Une pièce pathologique que j’ai dû d’examiner à l’amitié de mon collègue M. Bernutz, vient confirmer tout à fait cette manière de voir.

Un malade, admis au mois d’avril 1845 dans le service de J\l. Laugier, portait à la tempe une ulcération que cet habile praticien regardait comme un ulcère cancroïde, et qu’il se proposait d’opérer, lorsque le malade fut enlevé par un érysipèle. J’examinai la pièce : c’était un ulcère à fond-plat, rouge, mal bourgeonnant, reposant sur des tissus sains , mais dont les bords présentaient çà et là de petits corps blancs, papillaires, remplis de cellules épidermiques, et se détachant facilement des tissus sous jacents.

Je pensais que cet ulcère avait eu pour origine une tumeur épidermique qui se détruisait à mesure qu elle s’étendait.

M. Lebert a donné dans son livre, t. 2 , p. 404, une observation d’ulcère cancroïde du nez, observé sur une femme de soixante et dix ans.

Cette observation donne aux deux miennes une valeur particulière, car, sans l’avoir rapprochée de ses autres tumeurs épidermiques, il a cependant noté: lp qu’il n’y avait pas trouvé traces d’éléments offrant la ressemblance la plus éloignée avec ceux du cancer; 2° que la matière exsudée de l’ulcère, ainsi què la base de la tumeur, renfermaient de nombreux éléments épidermiques.

IIIe OBSERVATION. — Tumeur épidermique de la lèvre principalement papillaire; cancer ulcéré de la lèvre, noli me langere.

(Donnée par mon collègue et ami M. Bernutz.)

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Mérienne (Félicité), âgée de quarante-huit ans, entra le 14 avril 1845 à l’hôpital Beaujon (pavillon Sainte-Amélie, n°39I).

Cette femme a toujours joui d’une bonne santé. Il y a trois ans, sans* cause connue, une petite tumeur se développa chez elle â la lèvre inférieure. Cette tumeur l’inquiétant par sa persistance plutôt que parles douleurs qui étaient nulles , elle se la fit enlever dix-huit mois après son apparition. Une récidive sur place se monlra au bout de quatre ou cinq mois ( les tissus étaient-ils revenus dans cet intervalle à leur état naturel ; c’est une question qui n’a pas été éclaircie) ; toujours est-il que la plaque indurée, plus étendue en largeur qu’en profondeur, qui constituait cette récidive, fut enlevée, mais celte fois la *

cicatrisation ne se fit pas; il persista à la suite de l’opération une fissure assez étendue qui donnait lieu à l’écoulement d’une matière jaunâtre qui venait se concréter a Pair. Cette fissure, souvent irritée par les attouchements cl l'arrachement de la croûte, devint l’origine de la tumeur actuelle. Aujourd’hui la» tumeur, irrégulièrement ovalaire, d’un jaune mat , blanchâtre , irrégulière, ayant l’aspect d’une mûre, le volume d’une amande, une dureié'médiocre , occupe le bord muqueux de la lèvre inférieure dont elle dépasse beaucoup le niveau. Commençant à gauche du siüon médian, elle s’étend jusqu’à la commissure droite.

Elle paraît bien limitée, et on ne sent aucun prolongement dur dans l’épaisseur de la crête; les ganglions sous-maxillaires sont sains.

Sa surface sécrète une matière jaunâtre qui se concrète à Pair; l'arrachement de cette croûte donne lieu à de petites hémorrhagies-. Aucune douleur spontanée, tandis que les attouchements sont vivement douloureux. Etat général bon; la femme est assez replète, paraît d’un tempérament lymphatique sanguin.

M. Laugier enlève cette tumeur, le 15 avril, en la cernant de tous côtés avec les ciseaux courbes. La surface de section est recouverte de

baudruche appliquée avec la solution de goram^ arabique.

Le 25 avril, la cicatrisation est presque complète; il ne reste qu’une petite ulcération à fond rouge vermeil, sans induration à son pourtour; une légère dépression de la lèvre est toute la difformité qu’a entraînée l’opération.

La malade, s’ennuyant à l’hôpital, sort avant sa guérison complète, et ne s’est pas présentée depuis, comme elle avait promis de le faire s’il survenait quelque récidive.

Examen de la tumeur.

Celte tumeur était un bel exemple de la forme papillaire des tumeurs épidermiques: ces corps papillaires atteignaient* jusqu’à près de t centimètre de longueur; on y apercevait aussi quelques rares corps folliculaires. La pression ne pouvait rien extraire des surfaces de section. L'examen microscopique démontrait les cellules épidermiques ou épithéliales comme constituant la masse blanche opaline de toute la tumeur.

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FVe OBSERVATION. — Tumeur épidermique du pied, papillaire.

(Donnée par M. Bernutz.)

Charpentier (Louis-Antoine), fondeur en cuivre, âgé de vingt-huit ans, demeurant rue Couture Saint-Gervais, n° 11 (faubourg Saint- Antoine), entre à l’hôpital Beaujon (pavillon Louis-Philippe, n° 212) le 10 mars 1845.

Cet homme, d’un tempérament sanguin, d’une constitution forte, dit u’avoir jamais eu d’autre maladie que la variole.

En 1836, une petite grosseur, espèce de durillon , développée près du talon, au bord interne du pied, le faisait déjà souffrir; le bord de son sabot, portant sur ce point, l’exposait souvent à des excoria-

lions. Jusqu’au mois de juillet 1844, il essaya, pour se guérir, de loutes les pommades el de tous les caustiques que lui conseillaient bonnes femmes, charlatans ou médecins. Plusieurs de ces traitements furent très-douloureux.

Le 8 juillet , le Bureau central l’envoya à Beaujon. M. Laugier tenta vainement la destruction de la tumeur par des caustiques; puis il en vint à l’extirpation aussi largement faite que possible. Trois semaines après, le malade sortit avant que la petite plaie qui restait encore fût complètement cicatrisée; elle était recouverte d’une petite croûte. Après un mois de travail sans souffrance, il enleva la petite croûte, et piqua avec une épingle la petite plaie qui lui paraissait dure. Des petits abcès se développèrent, la plaie reprit un aspect fâcheux, sans avoir du reste jamais donné lieu à des hémorrhagies. Il revint à Beaujon.

Etal actuel. — Ulcère de 2 centimètres de diamètre, à fond mamelonné, rouge violacé, commeecchymosé, à base dure, saillant au-dessus des parties voisines; la peau qui enchâsse l’ulcère est d’un blanc laiteux , et offre dans l’étendue de quelques millimètres une dureté comme cartilagineuse. La tumeur est mobile sur les parties sous-jacentes, elle paraît avoir 1 centimètre d’épaisseur. Les parties voisines sont saines , se gonflent quand le malade fatigue beaucoup. Il n’y a pas de douleurs spontanées, mais la moindre pression en développe de si vives, que le malade marche sans appuyer le talon par terre. Etat général parfait.

M. Laugier fait l’extirpation delà tumeur ulcérée, le 15 mars. Dans le courant de la cicatrisation de la plaie, un peu d’induration paraissant exister, on fit une application de pâte caustique de Vienne, et ie 30 avril, le malade sortit guéri. A la place de la tumeur existe alors une cicatrice rougeâtre, un peu vasculaire, souple, indolore même à

la pression et un peu enfoncée relativement aux parties voisines.

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Examen de la tumeur.

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Les coupes pratiquées sur celte tumeur montrent des corps papillaires formant la base do l’ulcère ; le derme qui limite l’ulcère est épaissi.

Les corps papillaires sont petits et n’ont guère plus de 3 a 5 millimètres de long. Le microscope montre des cellules épidermiques constituant la substance des papilles.

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Ve OBSERVATION. — Tumeur épidermique composée ,' mais principalement papillaire, de la lèvre; boulon de mauvaise nature.

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