KU
(Donnée par M. Thibault.)
Chauchard (Antoine), porteur, âgé de quarante-six ans, rue Montorgueil, 33, entre à l’hôpital de la Pitié (salle Saint-Gabriel , n° 12) le 2 mai
Cet homme, d’une forte constitution , d’un tempérament sanguin , n’a jamais fait de maladies graves; il a eu une blennorrhagie il y a une vingtaine d’années: ni chancres ni engorgements .ganglionnaires ; il n’a jamais fumé ni chiqué.
Il y a quinze ou dix-huit mois que sans cause à lui connue il vit se développer sur sa lèvre inférieure un petit ulcère linéaire, une espèce de fissure, dont la base indurée acquit peu à peu le volume d’une lentille. Cet ulcère se couvrait d’une légère pellicule que le malade arrachait avec les dents ou avec les doigts. Au commencement de l’hiver, il consulta un médecin , qui le cautérisa à quatre reprises différentes sans obtenir autre chose qu’un accroissement de la tumeur. Les sœurs Saint-Thomas et leur pommade de concombre n’eurent pas plus de succès. Le 2 mai 1845, le malade se présenta à la Pitié, à M. A. Bérard , qui jugea que l’affection pouvait prendre un caractère fâcheux , et qu’il fallait opérer.
A celte époque, la tumeur offre une surface de 9 à 10 millimètres de diamètre, excoriée, gris rougeâtre, ayant une apparence végétante
assez prononcée, mûriforme; la tumeur est résistante au doigt; les tissus qui l’environnent sont un peu rouges et tuméfiés. Les ganglions sous-maxillaires ne sont nullement engorgés.
La veille de l’opération, le malade fut purgé avec l’eau de Sedlitz, et le 6 mai, M. A. Bérard pratiqua avec le bistouri l’ablation de la petite tumeur. La perle de sang fut peu considérable; on lia deux petites artérioles.
La plaie, de forme semi-circulaire, fut pansée simplement avec des compresses trempées dans l'eau froide fréquemment renouvelée, et continuée pendant quatre jours. Il n’y eut point d’accidents inflammatoires; peu de suppuration. A partir du cinquième jour, on pansa avec l’onguent digestif. Le 18, on toucha légèrement avec le nitrate d’argent la surface de la plaie, qui était réduite à fort peu de chose.
Ce malade a parfaitement guéri, et à la date du 1er janvier 1846 il n’y avait aucune apparence de récidive.
Examen de la tumeur.
Cette petite tumeur avait la forme d’une plaque , d’un segment de sphère; elle était recouverte d’une petite croûte brunâtre, qui, enlevée, laissait voir à nu une surface légèrement granuleuse, ayant l’aspect du derme dénudé de son épiderme, mais dont les papilles seraient beaucoup plus grosses qu’à l’ordinaire ; elle offre un fort joli dessin formé de petites saillies très-légères, polygonales, blanches, circonscrites par un réseau vasculaire injecté. La coupe de cette tumeur montre une surface de section de 3 à 4 millimètres d’épaisseur, s’a-
mincissant peu à peu aux extrémités, pour se continuer avec le derme sain, nettement séparée au-dessous, des tissus musculaires rouges. Le tissu malade est dur, résistant, ne laisse rien couler par la pression de la surface des sections; sa couleur est gris bleuâtre, avec des taches plus blanches, les unes allongées, papillaires, les autres arrondies.
Tout ce tissu vu au microscope est formé de fibres cellulaires de
1846. — Mayor. 5
vaisseaux, et principalement de noyaux cellulaires; les portions blanches offrent les cellules à tous leurs degrés de développement, mais toutes encore pourvues de leur noyau; elles sont disposées linéairement dans les corps papillaires, et concentriquement dans les corps ronds. Cette tumeur renferme donc les deux formes élémentaires que nous avons décrites. (V. pl. I, fig. 6.)
VIe OBSERVATION. — Tumeur papillaire enkystée ( verrue achrochordou
d’Alibert). .
Le 27 avril 1845, De la Bretonnière, âgé de vingt-sept ans, menuisier, demeurant rue du Cherche-Midi , 119, se présente à la consultation de l’hôpital Necker pour une petite tumeur cutanée, développée sur la paroi abdominale du côté droit.
Ce jeune homme, parfaitement bien constitué et bien portant, s’est fait enlever il y a deux mois une petite tumeur, semblable à celle qu’il porte maintenant, et à la place de laquelle on voit une petite cicatrice de bonne apparence. La tumeur actuelle existait déjà, mais elle était très-petite; depuis ce temps elle s’est développée; elle ne causerait aucune douleur, si elle n’était située sous la ceinture de son pantalon ; elle a le volume d’une noisette, est pédiculée, rosée, ne paraît avoir aucune racine profonde; un petit pertuis qui existe à son sommet laisse échapper une matière comme suifeuse au dire du malade.
M. Lenoir enlève cette petite tumeur en la soulevant et rasant le pédicule à son point d’implantation sur la peau au moyen du bistouri.
Le malade porte une petite tumeur semblable, plus petite à la face
interne de la cuisse droite.
Examen de la tumeur.
Tendue dans le sens de sa longueur, cette petite tumeur paraît
comme enkystée dans une enveloppe formée de l’épiderme et d’une couche (rès-mince de tissu; cette enveloppe ne tient à la tumeur même que par quelques filaments qui se déchirent avec une extrême facilité; quelques-uns sont manifestement de petits vaisseaux qui vont se ramifier dans l’intérieur de la tumeur même. La section fait voir dans l’intérieur deux petites cavités triédriques remplies de la matière suifeuse qui s’écoulait de la tumeur. Le tissu blanc laiteux, légèrement opalin, qui forme la base de la tumeur, offre des figures plus ou moins régulièrement pyramidales, dont les bases dirigées en dehors donnent à la surface de la tumeur une apparence de réseau; entre ces pyramides (papilles) on voit de petites vaisseaux encore pleins de sang. Microscopiquement la tumeur est composée de filaments cellulaires, vasculaires , en petite quaniité, surtout de cellules épidermiques, à tous leurs degrés de développement, disposées eu séries parallèles, et les plus vieilles se trouvent dans la matière ramollie des cavités triédriques.
VIIe OBSERVATION. — Tumeur épklermique papillaire et folliculaire de la
lèvre; cancer de la lèvre.
Au mois d’avril 1845, entre à l’hôpital Saint-Louis, dans le service de M. Jobert, le nommé Bonnard (Victor), âgé de soixante et un ans, jardinier. Cet homme, d’une bonne constitution, affirme n’avoir jamais eu d’affections vénériennes; il ne fume point. Il y a vingt ans, il se fit à la lèvre inférieure une piqûre qui s’était parfaitement guérie sans laisser ni douleur ni engorgement au lieu où elle avait été faite; pourtant à cet endroit même, si l’on en croit le malade, apparut, il y a un an environ, un petit bouton accompagné de démangeaisons considérables, surtout à l’époque des changements de temps; bientôt ce bouton s’ulcéra , et sous l’influence de cautérisations répétées l’ulcère grandit et finit par acquérir son volume actuel. Aujourd'hui, 8 mars 1845, il comprend la moitié droite de la lèvre inférieure, depuis la commissure jusqu a là ligne médiane, s’étend sur tout le
Lord libre de la lèvre et un peu sur la muqueuse; il a la forme d’un champignon à bords renversés, à surface fendillée, desséchée, d’un brun jaunâtre, reposant sur un fond induré. La peau avoisinante est parfaitement saine. On ne trouve point de ganglions engorgés autour de la mâchoire; l’ulcère est le siège d’élancements et surtout de démangeaisons. M. Jobert opéra le malade par une incision en Va pointe arrondie, circonscrivant la tumeur, et tenta la réunion qui ne réussit pas; les bords de l’incision paraissaient se cicatriser, lorsque le malade mourut de pleuropneumonie.
L’autopsie fit reconnaître une intégrité parfaite de tous les viscères quant à l’affection cancéreuse.
La tumeur, examinée au microscope, montra les éléments épidermiques sous les deux formes papillaires et folliculaires.
VIIIe OBSERVATION. — Tumeur épidermique folliculaire; cancer de la lèvre;
deux récidives.
Veisgerber (Jean), âgé de quarante-trois ans, cultivateur à Aubervilliers-les-Vertus, n° 4, entre à l’hôpital Nêcker (salle Saint-Pierre, n° 42) le 19 juin 1845.
Cet homme a toujours joui d’une excellente santé; il affirme n’avoir jamais eu de maladies vénériennes; il a l’habitude ancienne de fumer le brûlot.
Au printemps de 1844, un petit bouton gros comme une tète d’épingle, sur lequel il se formait des écailles que le malade enlevait de temps en temps, vint à se développer sur la lèvre inférieure et sur la ligne médiane, à l’union de la peau et de la muqueuse. A l’entrée de l’hiver, le bouton avait acquis le volume d’un pois, et quoiqu’il n’y eût pas de douleur, Vcsgerber, craignant un mauvais mal , alla consulter un médecin du faubourg Saint- Denis; celui-ci fit sur la petite tumeur des cautérisations avec du nitrate d’argent, cautérisations qui furent répétées deux fois par semaine, pendant un mois et demi. Pendant ce traitement, la tumeur doubla de volume; un autre tubercule se mou-
Ira à côté et fit saillie du côté interne de la lèvre. Le médecin parla alors d’opérer; le malade s’y décida, et M, Voillemier fut chargé de l’opération. Il enleva la tumeur en la comprimant entre les deux branches d’une incision en V, et réunit par première intention. Cinq jours après , la plaie était cicatrisée presque complètement, sauf un point très-peu étendu , qui resta ulcér.é du côté de la peau , et qui se recouvrit d’une croûte brune. Les bords de la cicatrice, qui étaient restés un peu durs, acquirent, après l’opération, plus de dureté. Celte induration a fait en quinze jours de rapides progrès ; quelques douleurs , pas assez fortes cependant pour empêcher le sommeil, ont accompagné ce développement.
Etat actuel. — La tumeur a le volume d’une noix ; elle occupe toute l’épaisseur du bord de la lèvre, elle est comme bilobée par la ligne de cicatrice qui remplace le sillon médian de la lèvre, et qui présente en avant une petite ulcération couverte d’une croûte brune. Elle est dure, et sa surface offre une coloration blanche qui tranche avec la couleur rouge de la muqueuse environnante. On aperçoit des petits vaisseaux variqueux dessinant des aréoles sous l’épiderme; la pression de la tumeur est douloureuse. L’état général du malade est parfait; il a le teint halé , les muscles bien développés et les chairs fermes.
Le 20 juin, M. Lenoir procède à l’ablation de la tumeur; pour ce faire, il détache un peu la lèvre du maxillaire avec le bistouri et cerne la tumeur à coups de ciseaux; une seule ligature est appliquée; une compresse imbibée d’eau froide pour tout pansement. M. Lenoir abanà la nature le soin de remédiera la perte de substance produite, perte qui comprend les trois quarts à peu près du bord delà lèvre.
Le 1er juillet, la cicatrisation est fort avancée, et l’échancrure résultant de l’opération a déjà diminué par le fa’t de l’ascension du menton.
Le 6 , on sent dans le bord droit de la plaie un petit tubercule.
Le 17, ce petit tubercule n’ayant cessé de grossir, puisqu’il a le volume d’un pois, M. Lenoir l’enlève d’un coup de ciseaux.
La cicatrice de celte nouvelle plaie se fait rapidement.
Le 6 août, le malade sort bien portant, la cicatrice est achevée , et l’échancrure, quoique beaucoup diminuée, est encore notable; il y a un peu de difficulté à retenir la salive.
A la fin de septembre, le malade est venu, selon sa promesse, se montrer à l’hôpital Necker. Il n’y a pas d’apparence de récidive; il jouit d’une parfaite santé. L’échancrure a disparu; il n’y a plus d’écoulement de salive. La lèvre supérieure s’est allongée pour recouvrir l’inférieure appliquée contre la mâchoire; il s’est formé par l’ascension du menton un nouveau sillon labio-maxillaire.
En somme, la difformité se réduit à ce que Veisgerber a tout à fait la figure d’un homme qui se mord la lèvre inférieure..
Examen de la tumeur.
Elle forme un noyaq assez régulièrement arrondi , dont la coupe rappelle celle d’un marron cuit; à son centre existe une espèce de fissure correspondante à la cicatrice de la première opération; cette fissure est remplie par une matière blanchâtre, caséiforme. Tout le reste est dur, compact, a un aspect granuleux; les granulations sont d’un blanc laiteux; les intervalles très-petits qui séparent les granulations sont translucides. La pression ne fait point sourdre de liquide sur les surfaces de section, mais expulse çà et là quelques petites masses blanchâtres. La tumeur est évidemment développée aux dépens du derme; aussi est-elle, dans la plus grande partie, recouverte directement par l’épiderme; elle est séparée de la muqueuse par une couche musculaire saine dans laquelle on trouve cependant un ou deux petits noyaux blancs opalins.
Le petit tubercule extirpé le 17 juillet offre tout à fait la même structure. Le microscope fait reconnaître dans ces deux produits morbides le plus bel exemple possible de tumeur folliculaire épidermique non enkystée.
IXe OBSERVATION. — Tumeur épidermique composée; cancer de la lèvre
ulcéré.
(Donnée par M. Bernutz.) •
Mallard (Victor-Louis), âgé de trente-deux ans, charpentier (rue Cave , à Clichy ), est entré à l’hôpital Beaujon, salle Saint-Denis, n° 233 (service de M. Laugier), le 23 juin 1845.
Antécédents. — Cet homme a toujours joui d’une bonne santé; il a eu il y a dix ans une chaudepisse et des chancres, dont il fut guéri par les soins du chirurgien de marine d’un bâtiment de l’Etat à bord duquel i! était alors; aucun symptôme d’infection syphilitique ne s’est montré depuis cette époque. Il était fumeur de brûlot et portait la pipe du côté gauche; il a renoncé à cette habitude depuis un an.
Il y a trois ans , apparut à la lèvre inférieure un petit bouton dur, dont la surface était le siège d’une desquamation répétée; six mois après l’apparition de ce bouton, Mallard consulte un chirurgien, qui applique à la surface une pâte blanche caustique : une plaie, suivie de cicatrisation sur une base indurée plus étendue que le bouton primitif, est la suite de ce traitement. Cette induration s’étend peu à peu , et finit par s’ulcérer. Nouvelle cautérisation suivie d’un grand accroissement de la tumeur et de l’ulcère. Le malade consulte alors M. Marjolin , qui l’envoie à Beaujon.
État actuel. — La moitié gauche de la lèvre inférieure est occupée par une vaste ulcération à bords renversés, à fond induré, couverte de petits champignons résistants, non fongueux, très-irréguliers, et dont quelques-uns sont pédiculés; la partie de cet ulcère qu’on voit quand le malade ferme la bouche a plus de 6 centimètres de largeur sur 2 à 3 de hauteur ; du côté de la muqueuse buccale, l’ulcère s’étend jusqu’au fond du sillon labio-dentaire, et a envahi 1 centimètre de muqueuse du côté de la joue.
La couleur de eet ulcère est d’un rose vif piqueté de petites places grises, là où l’élimination gangréneuse s’opère; il s’en écoule une petite quantité d’un liquide séro-purulent mêlé de grumeaux blancs.
Deux, petits ganglions, gros comme une noisette, roulants sous la peau , à peine douloureux, existent l’un en avant de l’os hyoïde , l’autre au niveau du passage de l’artère faciale sur le maxillaire.
Dès l’origine de l’affection , le malade dit avoir éprouvé quelques démangeaisons ou picotements dans la lumeur. Depuis que l’ulcère existe, les sensations sont plus marquées, quoique très-supportables, et ne troublant nullement le sommeil.
La pression sur le^ bords de l’ulcère est douloureuse, tandis que les champignons du fond sont insensibles. L’étal général du malade est parfait, toutes les fonctions sont intactes, le teint est coloré, le système musculaire est bien développé, les chairs sont fermes.
L’ablation de celte tumeur fut pratiquée le 27 juin 1844 par M. Laugier, qui eut recours, pour combler la large perte de substance produite par 1’opération , à la méthode française d’anaplastie. Les deux ganglions engorgés furent enlevés. Le succès de cette opération fut complet , et le malade sortit le 23 juillet parfaitement guéri. Mais au mois d’octobre, le malade revint; il portait dans la cicatrice même une tumeur arrondie du volume d’une petite noix , qui s’ulcéra à son sommet, et d’où M. Laugier exprima une matière toute pareille à celle des kystes athéromateux ; puis les bords de la plaie s’indurèrent, et le malade présente actuellement une récidive étendue.
Examen de la tumeur.
Les coupes pratiquées dans cette tumeur montrent une couche de tissu blanc laiteux, opalin, ayant de quelques millimètres à I centimètre et demi de hauteur, reposant sur des tissus sains dont la couleur tranche nettement avec la sienne. Ce tissu affecte à la surface ulcérée la forme papillaire, et ce sont ces papilles qui, remplies par le sang et turgides pendant la vie, constituaient les champignons de l’ulcère; audessous de la couche papillaire, on trouve çà et là des noyaux tuber-
culeux de même couleur que les papilles , et dont les plus petits et les plus éloignés sont placés dans l’épaisseur même de la couche musculaire de la lèvre. On ne peut exprimer aucun liquide des surfaces de sections, mais çà et là on en exprime de petits grumeaux blancs.
Papilles, tubercules et grumeaux, montrent au microscope des cellules épidermiques à tous les degrés d’évolution; et ces cellules sont disposées comme je l’ai dit dans ma description générale.
Les deux ganglions ne présentent aucun des caractères de l’cncéphaloïde.
La mat’ère athéromateuse, sébacée, de la petite tumeur par laquelle a commencé la récidive n’est formée que de grands feuillets épidermiques. Des ulcérations qui se sont formées à la surface de la tumeur de récidive , il s’écoule un pus sanieux dans lequel on trouve des grumeaux blancs, qui se montrent au microscope composés de petits corps folliculaires.
Xe OBSERVATION. — Tumeur épidermique de la lèvre; cancer ulcéré;
cachexie cancéreuse.
Le 2août 1845, entre à l’hôpital l\ecker , salle Saint-Pierre, n° 39. le nommé Sulikowski , jardinier, âgé de quarante-sept ans.
Il y a deux ans, cet homme, qui était bien constitué, et qui avait toujours été bien portant , eut une fissure à la lèvre inférieure gauche qui s’entoura bientôt d’une induration qui grossit graduellement, et qui fut enlevée par M. Gerdy dans le courant de l’an dernier. Il y eut récidive , et cette récidive fut encore opérée par M. Gerdy (la pièce anatomique fut, je crois, examinée par M. Lebert, qui en constata la nature épidermique): celte fois, la plaie produite par l’opération ne guérit pas. : , "
Depuis lors le mal marcha avec une extrême rapidité , et à son entrée à l’hôpital Necken, le malade présentait un état déplorable et tous
IMG. — Major. 6
il: . ! ' : inq' i j;rcb m'nouj aa <ùoq ou yrnuiou ao'iy ohmot’u* ) i*>q
ics signes d’une cachexie cancéreuse prononcée. Deux vastes ulcérations à bords renversés, anfractueux, à fond couver! de champignons petits, nombreux, siégeaient autour de la mâchoire inférieure; une sérosité abondante fétide s’écoulait de ces ulcérations, qui étaient entourées de tissus indurés; au pourtour des ulcères, on voyait se développer de petites tumeurs blanches rosées, qui se détruisaient peu à peu par la marche progressive de l’ulcération, en même temps qiie d’autres se développaient plus loin; des hémorrhagies fréquentes, entraînant des lipothymies, aggravaient chaque jour l’état du malade; les ganglions des deux côtés du cou, gros comme des œufs, étaient douloureux ; des douleurs vives arrachaient des plaintes continuelles au malheureux, qui, amaigri, très-faible, offrant la pâleur mate des cachexies, la flaccidité et Pœdématie des chairs, fut transporté à Bicêtre comme incurable.
Un champignon presque pédiculé, que je pus enlever d’un coupde ciseau sans que le malade en témoignât la moindre douleur, me présenta dans son épaisseur de nombreux petits corps folliculaires trèsreconnaissables, dont les cellules avaient tous les caractères observés dans les autres tumeurs épidermiques, de telle sorte que je regardais Sulikowski comme un exemple manifeste de la possibilité de la cachexie cancéreuse à la suite du développement d’une tumeur épidermique.
XIe OBSERVATION. — Tumeur épidermique du scrotum; caneer des ramoneurs;
cachexie cancéreuse.
Le 5 avril 1845, Girault (Jean-Pierre), charretier, âgé de quarantecinq ans, boulevard des Fourneaux, n" 13, entre à l’hôpital Neoker, salle Saint-Pierre, n° 8.
Cet homme, qui, jusqu’à sa maladie actuelle, a toujours joui d’une bonne santé, a eu , il y a dix-huit ans, deux oU trois chancres, pour lesquels il a suivi un traitement inconnu. Il y a quatorze mois qu’un petit tubercule gros comme un pois se montra dans l’épaisseur de
la peau de la racine des bourses , du côté droit. 11 ne causait de douleur que par le frottement de son pantalon.
Deux mois après, Girault consulta un médecin, qui fit sur la grosseur des cautérisations avec le nitrate d’argent ; celles-ci furent suivies d’umprompt accroissement de la tumeur, tel que deux mois plus tard, à l’époque de sa première entrée à l’hôpital Necker, elle formait une plaque ayant 5 centimètres environ de diamètre. Il n’y avait pas alors de douleurs spontanées, et la santé générale était intacte. Le malade fut opéré par M. Chassaignac, et regardé comme présentant l’affection décrite sous le nom de cancer des ramoneurs.
La pièce enlevée, qui me fut remise par mon collègue M. Bergeron , interne dans le service, me présenta tous les caractères des autres tumeurs épidermiques que j’avais déjà examinées.
Le malade sortit de l’hôpital conservant une petite plaie non encore cicatrisée. Il reprit son travail, et la tumeur reparut rapidement; des poudres diverses, des caustiques employés en vilie et à l’hôpital des Vénériens, n’améliorèrent nullement l’état local, qui, s’aggravant toujours, finit par ramener Girault à l’hôpi-al Necker.
A cette époque (avril 1845), le malade disait avoir maigri; il étail pâle, quoique encore fort, conservant son appétit et son sommeil. Il eut , quelques jours après son entrée , une attaque épileptiforme , eu même temps qu’une éruption de plaques d’urticaire.
Dans le pli fémoro-scrotal existait un ulcère à bords renversés en dehors, creusé eu forme de fente entre ses deux bords, et dont la surface gris-rosée, non mamelonnée, mais ayant l’apparence des ulcères squirrheux, secrétait une très-petite quantité de pus. Son fond était dur, et reposait sur une plaipiede tissus indurés , de forme très-; irrégulière , s’étendant presque jusqu’au milieu du pli de l’aine d’un côté, peu du côté du pubis , et ayant près dé 2 centimètres sur la peau de la cuisse. Cette plaque indurée était colorée en rouge violacé , chaude, douloureuse à là pression, surtout à droite , où une saillie fluctuante vint à se manifester quelques jours après. Le bistouri plongé en ce point donna issue à une certaine quantité de pus san-
guinolent (un demi-verre environ) mêlé d’une quantité de petits grumeaux blancs, que le microscope me fit reconnaître pour de petites agglomérations de cellules épidermiques, dont plusieurs présentaient l’arrangement décrit sous le nom de forme folliculaire. Il ne se fit point par celte plaie d’issue de fongosités; celle-ci parut se refermer, et le 26 avril, il ne restait d’elle qu’un petit pertuis.
A partir de ce jour, le malade fut soumis, pendant près de deux mois , à un traitement par l’iodure de potassium , porté graduellement à 4 grammes par jour, qui n’eut aucun effet sur l’état local , et parut seulement augmenter l’appétit et les forces du malade. Dans la nuit du 1er mai, le malade fut subitement pris d’une vive douleur dans tout le membre inférieur gauche, et le matin il présentait un œdème considérable de cette extrémité, œdème douloureux, avec teinte violacée et augmentation de la chaleur de la peau de cette région. Le pouls était à 120, et diminua rapidement les jours suivants , en même temps que l’œdème diminua, sans autre traitement qu’un bandage roulé. Un cordon veineux devient perceptible en haut de la cuisse; les veines sous-cutanées prirent du développement.
Pendant ce temps, et pendant les mois suivants, l’ulcération fit des progrès en largeur et en profondeur, et devint le siège d’un écoulement séreux fort abondant ; des ganglions engorgés se sentaient sur le côté droit du détroit supérieur du bassin. Le malade maigrit et pâlit rapidement, prit une teinte cachectique , qui avait quelque chose de plombé; des douleurs de plus en plus vives se manifestèrent dans la tumeur ulcérée, au-dessous de laquelle il se formait des abcès, qui se faisaient jour à travers les tissus indurés. Le malade, renvoyé comme incurable dans le courant du mois de septembre, présentait au plus haut degré toute l’apparence de la cachexie cancéreuse.
J’ai revu depuis ce malheureux chez lui , où il s’était confié aux soins d’un charlatan, qui le berçait d’espérance , en appliquant sur son mal des emplâtres qui ne devaient être levés qu’à minuit précis, sous peine de manquer leur effet.
Réflexions. — Cette observation est un exemple de ce que les Anglais ont décrit sous le nom de cancer des ramoneurs. Le début de cette affection par une petite tumeur verruqueuse, sa marche et ses conséquences, sont les mêmes que ceux des autres affections cancéreuses de la peau , et l’anatomie de structure vient confirmer leur parfaite similitude. Il n’y a pas de raison pour faire du cancer des ramoneurs une affection spéciale.
XIIe OBSERVATION. — Tumeur épidermique du glaod; cancer de la verge; cachexie cancéreuse commençante.
Le 22 mai 1845, entre à l’hôpital Neeker, salle Saint-Pierre, Jean- Pierre, dit Gaspard, autrefois passementier, âgé de soixante et quinze ans.
Cet homme, qui a été militaire et dit n’avoir jamais eu de maladies vénériennes, est porteur d’un phimosis congénital; il a toujours joui d’une bonne santé , n’a jamais eu de difficulté pour uriner. Il y a deux ans, il se blessa à la verge, il y eut du gonflement et depuis ce temps l’émission des urines devint un peu douloureuse. De temps en temps, depuis deux mois, il s’aperçut que sa verge grossissait en même temps que les difficultés pour uriner devenaient plus marquées. Il y a huit jours, l'inflammation s’empara de la partie, cependant il n’y a eu ni frisson, ni fièvre, ni diminution de l’appétit, mais les douleurs en urinant sont devenues très-vives.
Il entre à l’hôpital où il nous présente l’état suivant.
La verge volumineuse est comme en érection tendue, dure, douloureuse; cette tension s’étend en arrière jusqu’au pubis; le scrotum, la racine des corps caverneux et le bulbe de l’urèthre sont libres et souples. Le prépuce recouvre complètement le gland et ne présente qu’une très-petite ouverture.
Le pouls est à 72, fort, plein, large; la peau est naturelle? la langue aussi; l’intelligence parfaitement nette et l’esprit gaillard ; bon appétit , pas de selles depuis deux jours.
M. Lenoir procède à l’opération du phimosis pour éclairer l’état des parties. Cette opération met à découvert le gland, siège d’une affection cancéreuse. Il est volumineux, dur, rouge, tout irrégulier, rappelant par sa forme celle des truffes du Périgord. Sa surface, examinée de près, offre un aspect mûriforme très-prononcé. Sa base est perforée de plusieurs orifices fistuleux qui laissent écouler du pus mélangé à de l’urine , et contenant des filaments de tissus gangrenés ; la pression du corps de la verge fait sortir ce liquide en quantité.
Quelques jours après, le pus ne paraissant pas avoir une issue facile, M. Lenoir pratique une contre ouverture à la racine du corps caverneux gauche; il survient un phlegmon du scrotum , des incisions sont pratiquées; l’état du malade s’améliore alors au moins au point de vue de l’état local; mais les ganglions de l'aine s'engorgent, de la surface du gland on fait suinter par de petits orifices un liquide épais blanc, comme crémeux. (Voy. X Anatomié microscopique .)
Dans le courant du mois de juillet, le malade s’affaiblit, maigrit beaucoup et pâlit, sans. que des douleurs locales en soient la cause; l’esprit du malade est toujours gai. Pendant le mois d’août, sans symptômes aigus, la faiblesse devient considérable ; des hémorrhagies notables se font par les petits ulcères qu’offrent maintenant la surface du gland ; il y a de fréquentes lipothymies. Des râles nombreux remplissent la poitrine du malade, qui est depuis longtemps catarrheux. La pâleur, plus marquée à la fin d’août, rappelle assez le teint cachectique des cancéreux; la faiblesse va croissant; des douleurs apparaissent dans les grandes articulations , mais aucune dans la verge; la langue se sèche, l’appétit se perd, et le 3 septembre Jean Pierre meurt sans avoir présenté d’agonie, et peu après avoir parlé comme à son ordinaire.
Nécropsie le 4 septembre.
Les viscères sont tous parfaitement sains, sauf les poumons, dont toute la partie postérieure est friable, fortement engouée , colorée en rouge vineux , sans que le tissu pulmonaire soit dense et compacte
comme dans la pneumonie franche. Des surfaces de section, il s'écoule une abondante sérosité sanguinolente et spumeuse. La muqueuse bronchique est partout rouge et molle.
Examen de la verge. — Il ne reste plus de trace des foyers purulents , autre qu’une cavité formée par le décollement de la membrane fibreuse des corps caverneux. Cette cavité, tapissée par une pseudomuqueuse, s’étend dans toute la moitié latérale gauche du corps de la verge, et s’ouvre au travers du gland.
L’urèthre est fort élargi en arrière du gland jusqu’à la vessie, sa muqueuse est fort épaisse, ramollie, pointi liée de gris noir et couverte d’une couche de pus. La vessie est rétrécie, sa muqueuse est ramollie, grise ou injectée.
Le gland, tubéreux, recouvert d’une croûte brune, ulcéré par place, laisse suinter un liquide crémeux, un peu bleuâtre , que nous avons déjà observé pendant Ij vie du malade. La coupe du gland offre une surface d’un blanc laiteux; la pression fait suinter le même liquide, déjà signalé, d’une trame fibro-cellulaire, qui a vers la surface l’aspect papillaire, et qui, dans la profondeur, rappelle un peu celui des circonvolutions cérébrales. Le microscope montre dans le liquide des cellules de formes très-variées, très irrégulières , offrant une légère teinte jaune, très-visibles sans addition d’eau , devenant plus nettes par celte addition, s’éclaircissant par l’acide acétique qui ne produit pas de coagulation dans le liquide qui les contient.
Ces cellules sont lamellaires; les unes arrondies, les autres polygonales, les. autres allongées; les plus grandes ont perdu leur noyau et ont deux à trois fois le volume des plus grandes cellules d’encéphaloide ou de squirrhe glandulaire. On ne trouve point dans ce liquide les abondants granules composés qu’on Irouve^toujours dans les cancers glandulaires , lorsqu’ils contiennent un liquide laiteux ( encépbaloïde ramolli ). .
Mëflexiohé. Celle ©fosér va t ion montre que, très-probablement, la
structure des cancers de la verge est la même que celle des autres cancers cutanés ; je rappelle ici qu’on a observé des productions cornées sur le gland, comme sur les autres parties du corps, et que ces productions ont été souvent aussi observées sur des glands dits cancéreux par les auteurs.
XIIIe OBSERVATION. — Cancer de la verge; cachexie cancéreuse; cancer secondaire dans les ganglions inguinaux.
Le 16juin , entre à l’hôpital Necker, salle Saint-Pierre, n° 5, Rousseau ^Gervais), ferblantier, âgé de soixante et un ans , marié.
Cet homme nous dit avoir eu une forte constitution et avoir, jusqu’au début de la maladie actuelle, joui d’une fort bonne santé; il a eu une chaudepisse à l’âge de dix-sept ans. Il y a cinq ans, il éprouva pour la première fois des difficultés d’uriner, pour lesquelles il ne consulta lin médecin qu’il y a quinze mois; à cette époque, le gland présenta près de l’orifice uréthral une tumeur ressemblant à une framboise. M. Monod le traita par les caustiques, qui furent appliqués plusieurs fois; dans l'espace de deux mois après ce traitement, le malade reprit son travail pendant six semaines; les ganglions de l’aine s’engorgèrent des deux côtés; à droite, l’engorgement augmenta peu à peu, une ulcération se fit; le malade maigrit, et diminua de moitié, dit-il , des douleurs vives se manifestaient seulement lors de l’émission des urines, et l’ulcère de l’aine était le siège de picotements qui ne troublaient point le sommeil. Depuis trois semaines il s’est manifesté de l’œdème aux deux jambes.
États actuels. — Le gland est induré au pourtour du méat urinaire, qui est excavé par l’action des caustiques; la surface delà portion indurée est en partie cicatrisée , en partie comme bourgeonnante; son aspect est absolument le même que celui que nous avons signalé dans l’observation précédente (Jean-Pierre dit Gaspard).
Deux petits noyaux, ayant la dureté du cartilage, le volume d’un pois,
existent à gauche du frein et sur le prépuce. Le gland et ces petits noyaux sont douloureux à la pression.
L’aine droite est occupée par une vaste ulcération à bords renversés et élevés de 2 centimètres, à fond dur, garni de champignons assez résistants, lardacés, du volume d’une noix , et dont la couleur est gris rosé. Les bords de l’ulcère sont très-douloureux, les champignons du fond sont absolument insensibles: aussi, je puis en couper un sans que le malade s’en aperçoive; cette section ouvre deux ou trois petites artérioles qui donnent du sang par jet; la pression avec le doigt maintenue pendant quelques instants suffit pour arrêter l’écoulement de ce sang qui se coagule rapidement. Un paquet glanduleux existe dans l’aine gauche.
Le malade est très-maigre, les chairs flasques et molles; la peau est partout décolorée, excepté à la face où il y a des plaques colorées sur les joues; les deux jambes sont œdémateuses, douloureuses à la pression; je ne sens pas de cordons veineux.
A part ces signes de cachexie, le malade dort assez bien; il mange avec assez d’appétit.
Renvoyé comme incurable.
Examen du champignon.
Le champignon excisé et coupé en deux parties offre l’apparence du lard cuit, mou; on fait sortir des surfaces de section un liquide séreux blanc, légèrement opalin, rempli de cellules pâles à grands noyaux, avec deux ou trois nucléoles. Ces cellules si pâles, qu’elles sont difficiles à voir sans l’addition de l’eau , sont disposées dans une tranche mince en séries plus ou moins exactement parallèles dans une trame très-rare et légère; leurs dimensions, leur forme sont bien exactement celles de Vencéphaloïde des ganglions. (Voy. pl. 2, fig. 7.)
J'e rapprocherai de cette observation le fait suivant:
Une vieille ffemme, qui avait été traitée d’un cancer de la lèvre par M. Souberbielle, au moyen de la pâte arsenicale, fut envoyée dans
1846. — May or. 7
le service de M. Malgaigne (à Saint-Antoine) dont j’était l'interne, pour une récidive qui siégeait dans les ganglions sous-maxillaires. Le cancer primitif était guéri, et à sa place existait une cicatrice de très-bonne apparence. Ce ganglion engorgé fut extirpé par M. Malgaigne, mais une seconde récidive survenue avant la guérison de cette opération finit par emporter la malade avec tous les signes de la cachexie cancéreuse.
Ce ganglion, examiné au microscope, me présenta les cellules caractéristiques de l’encéphaloïde.
Je l’ai déjà dit, ce n’est que par induction que ces deux faits peuvent être rapportés à des exemples de tumeurs épidermiques.
Les observations que je viens de rapporter sont les seules que j’aie pu recueillir à peu près complètement, mais j’ai dû à la complaisance infatigable de plusieurs de mes collègues d’examiner d’autres tumeurs cancéreuses de la peau , enlevées dans divers services des hôpitaux de Paris (services de MM. Lenoir, Velpeau, Lisfranc, Bérard aîné, Gerdy, Boyer, Robert), et dont l’identité de structure confirme ce que je vais dire en discutant ces observations.
Si aux observations que je viens de rapporter on ajoute celles qui ont été recueillies par MM. Ecker'et Lebert, ce qui a été dit sur ce sujet par M. Sédillot, on arrive à ce premier résultat que la maladie dont nous traitons est bien loin d’être rare.
Nous allons examiner les opinions qui ont été émises sur elle, et nous exposerons celle qui nous est propre.
M. Ecker, qui dit avoir observé un grand nombre de cas provenant de la pratique de Cliélius, n’a cependant observé qu’une des formes de la maladie, la forme papillaire, qu’il a décrite avec beaucoup de soin; il paraît du reste n’avoir observé cette maladie qu’aux lèvres et dans sa première période, car il ajoute n’avoir vu ni ulcération
ni ramollissement de ces tumeurs. I! regarde cette affection comme une hypertrophie, ce qui est à mon avis une fausse interprétation des choses, puisque, nous l’avons vu, c’est une infiltration du derme par des- cellules, avec étouffement, atrophie de certains éléments j il n’y a pas plus là d’hypertrophie qu’il n’y en a dans l’œdème d’un membre. M. Ecker distigue celte affection du véritable cancer qu’on observe, dit-il, aussi aux lèvres : or, la description et les figures qu’il donne des cellules et des tissus de ce qu’il a examiné sous ce titre, ne se rapporte point «à ce que les micrographes regardent comme le tissu cancéreux, mais bien plutôt à ce que M. Lebert appelle tissu fibro -plastique. Du reste, comme il ne nous donne guère dans sa notice que de l’anatomie pathologique, ce sont évidemment des idées à nous inconnues qui lui font établir que dans un cas il y a cancer, et que dans l’autre la maladie est d’une autre nature. Il a noté pour ces hypertrophies des récidives qui ne sont pas pour lui la preuve d’une nature fâcheuse des tumeurs.
M. Lebert , ayant fait un travail complet sur les tumeurs, nous met plus à même de discuter son opinion.
Appliquant à l’élude microscopique des tumeurs le principe de la division déjà mise en avant par Laennec, pour les produits accidentels , il en fait deux classes principales:
1° Tumeurs horaœomorphes ou de bonne nature: «elles représentent le développement anormal des tissus tels qu’on les rencontre à J’élat permanent, ou tels qu’on les trouve à l’état embryonal et transitoire. 2° Tumeurs hétérolnorphes ou malignes. Cette classe ne comprend que le cancer dont l’élément caractéristique ne se trouve à l’état normal ni comme élément permanent ni comme transitoire.
« Nous avons donc, dit-il, un caractère fixe qui distingue les tumeurs de bonne nature des tumeurs malignes. Quant aux caractères qu’on leur avait donnés jusqu’à présent (aux tumeurs malignes), tels que leur tendance a récidiver, à envahir des tissus environnants, à, devenir constitutionnelles, à se transformer en ulcères rongeant-, c'c., nous leur reeounaisons une grande valeur surtout lorsqu’ils sont réunis g
mais d’un autre côté, nous n’y trouvons nullement les caractères exclusifs du cancer. »
Ailleurs il ajoute : « Le cancer est une production hétéromorphe, ne trouvant pas son analogue dans l’organisme à l’état physiologique/Ses trois principaux caractères sont : qu’il renferme des globules qui lui sont propres ; qu’il a une tendance très-prononcée à l’infection générale de toute l’économie, et que de plus il tend à envahir tout ce qui l’entoure. »
Certes, celte doclrineest séduisante , et l’estime que j’ai pour les travaux de M. Lebert m’a d’abord forcé à rapporter à mon peu d’expérience les premiers doutes que j'avais conçus sur son exactitude; mais, comme on l’a dit, il n’y a rien de si brutal qu’un fait. De nouveaux faits m’ont conduit à lui faire des objections, dont je n’ai pu trouver la réfutation dans la Physiologie pathologique ; ces objections se fortifient de l’appui qu’elles trouvent dans les idées reçues sur le genre de maladies auxquelles je rapporte les tumeurs épidermiques, et de celui que leur fournit l’ouvrage d’un homme haut placé dans la science. Muller, dans ses remarques générales sur la structure microscopique des tumeurs, tente d’en faire une division, basée sur leurs caractères chimiques; il distingue les tumeurs graisseuses, les tumeurs à colle, les tumeurs albumineuses; dans cette dernière classe il fait rentrer le collonema , la tumeur scrofuleuse , l’ostéosarcome albumineux, le sarcome albumineux et toutes les formes du vrai carcinome. Celle classification, réunissant des tumeurs, bénignes et des cancéreuses, ne peut donc, il le dit, s’appliquer aux tissus pathologiques. 11 ajoute ailleurs : « Le principe de la classification des tumeurs ne peut être emprunté ni à la structure microscopique , ni à la composition chimique, car des tumeurs complètement différentes, quant à leur nature physiologique et à leur curabilité, peuvent avoir la même structure intime. »
Pour M. Lebert, les tumeurs épidermiques , étant homœomorphes , doivent être de bonne nature, et les récidives ne prouvent guère autre chose qu’une opération insuffisante. Tout en considérant les réci-
dives de la même manière que M. Lebert, je ne puis êfre de son opinion sur la bénignité qu’il attribue à la maladie.
Les observations 10, 11, 12, que j’ai données montrent les malades marchant vers une mort certaine, en. présentant tous les symptômes de la cachexie cancéreuse. Dira-t-on que ce sont cependant des exemples de tumeurs bénignes, en se basant sur ce que, comme le dit Muller , « des tumeurs bénignes peuvent entraîner, par leur ulcération et la décomposition qui s’en empare, des hémorrhagies répétées, un état cachectique? Et si au contraire on vient à extirper ce foyer morbide, alors la cause des accidents étant enlevée , la santé générale pourra se rétablir dans des circonstances favorables, si la diathèse qui avait occasionné le dépôt et l’organisation de ses éléments n’est pas répandue dans l’organisme. »
Cette manière de parler emporte implicitement que, dans les tumeurs malignes, la diathèse est primitivement répandue dans tout l'organisme : or, c’est là la question qui à mon avis n’est point résolue et dont la réponse varie selon les différentes opinions.
De plus, la dernière phrase que j’ai citée, donne à entendre que le succès ne sera plus le même, si la diathèse est généralisée, c’est-àdire, en d’autres termes, qu’une tumeur bénigne peut devenir maligne: alors que devient la distinction des tumeurs en bénignes et malignes? Pour nous, comme pour tout médecin non micrographe, une tumeur qui donne lieu par son développement à des symptômes pareils à ceux dont parle Muller, pareils à ceux que nous offrent les observations citées, doit être et ne peut être que maligne.
Avant d’aller plus loin dans cette discussion, j’ai quelques mots à dire des faits que M. Lebert donne comme étant de véritables cancers, à opposer aux tumeurs épidermiques. Les faits qu’il cite 6onl au nombre de quatre, et il les intitule « Cancers de la lèvre , Cancers de la joue » et non pas cancer de la peau. 11 ne rapporte guère ici que l’analyse microscopique; il n’est point établi que le mal, dans ce cas, eut débuté par la peau plutôt que plus profondément; je ne les regarde donc point comme devant m’être opposés dans ce qui suit.
parce que je ne m’occupe que des tumeurs appartenant par leur origine aux téguments mêmes. Ce que je viens de dire doit aussi s’appliquera ce qu’a dit M. Ecker des vrais cancers des lèvres.
Toutes mes observations , ainsi que celles des deux savants que j’ai continuellement à citer, me conduisent à dire que jusqu’à ce jour on n’a point trouvé dans l’épaisseur de la peau de tumeurs celluleuses dont les éléments soient pareils à ceux qu’on trouve dans les squirrhes et encéphaloïdes des autres organes.
Nous devons donc nous demander ce que sont ees tumeurs dans le langage médical ordinaire. Les diagnostics portés à leur égard pat les chirurgiens dans les services desquels les observations ont été prises ; la comparaison de ces observations avec les descriptions données par tous nos auteurs classiques, répondent que ce sont des cancers de la peau, des ulcères cancéreux ou cancroides,des noli metangere. Le début, la marche , la durée, les symptômes primitifs, les symptômes secondaires, locaux et généraux; la cachexie cancéreuse qui termine la scène, tout est si parfaitement semblable, que nous pensons être en droit de dire que les affections désignées sous ces noms divers sont anatomiquement constitués par un dépôt ou une formation anormale de cellules' épidermiques dans les mailles du derme.
Ceci étant admis, on est naturellement conduit, en se rappelant l’accord presque général des chirurgiens à regarder ccs affections comme bien moins graves, comme offrant des chances de curabilité plusgrande que les cancers des glandes; on est conduit, dis-je , à se demander si cette innocuité relative tiendrait à une différence réelle de nature traduite par ladifférence de structure ; si, en un mot, nous n’aurions pas affaire ici à des cancers. Pour arriver à la solution de cette question , nous sommes obligés de nous demander ce que veut dire actuellement ce mot cancer.
Dans l’impossibilité où nous sommes de relater toutes les opinions émises sur cette grave question, nous nous bornerons à reproduire ce qu’ont dit sur ce sujet les auteurs des deux Compendiums de médecine
et de chirurgie pratiques, qu’on peut regarder, comme l’expression des idées les plus généralement reçues sur ce sujet.
« Il est impossible, disent MM. Monneret et Fleury, dans l’état actuel de la science, de donner une 'définition qui convienne au cancer et ne s’applique exclusivement qu’à cette altération pathologique. Dironsnous qu’il est constitué par l’évolution de deux tissus accidentels sans analogue dans l’économie , savoir, le tissu squirrheux et l’encéphaloïde ? (A. Bérard, Dict. de méd., 2e édit.) Mais pour certains auteurs, ainsi que nous le verrons plus loin , il n’y a pas production d’un tissu accidentel formé de toutes pièces au sein de nos organes; il n’est que le développement morbide des tissus naturels. D’ailleurs, par cette définition, on retranche de la classe des cancers certaines lésions qui sont considérées comme telles par quelques pathologistes. Dironsnous qu’ils ne désignent que les transformations successives qu’éprouvent les organes enflammés , indurés, en passant d’abord par l’état squirrheux et plus tard par le ramollissement cérébriforme ? (Breschet et Ferrus.art. Cancer, Dict.de méd., lre édit. — M. Récamier, Recherches sur le traitement du cancer par la compression , p. 438. — Broussais et d’autres. — M. Andral, Anat. palh . ) Mais un grand nombre de médecins considèrent le squirrhe et l’encéphaloïde comme des produits nouveaux, et non comme des phases d’une même affection. 11 est donc préférable, à défaut d’une définition rigoureuse., de caractériser le cancer par les symptômes et les lésions pathologiques qui lui appartiennent. Dès lors, nous dirons qu’il y a cancer toutes les fois que le tissu d’un organe présentera l’une ou l’autre disposition que nous allons décrire sous le nom d’encéphaloïde et de squirrhe ; il faudra encore, pour qu’il y ait cancer, que le tissu développé dans l’organe possède le fâcheux privilège de ne pas rétrograder dans sa marche, d’envahir de proche en proche les parties environnantes, de les convertir en tissu analogue au sien, de les ulcérer, de tendre à se reproduire, dans des régions plus ou moins éloignées, quand on est parvenu à le guérir dans son siège primitif; enfin, d’offrir une incurabilité sinon aussi absolue que l’ont prétendu Bayle et M. Cayol,
du moins assez grande pour compromettre gravement la vie des malades. Quant aux douleurs lancinantes, elles manquent trop souvent pour que l’on puisse les regarder comme un signe de l’affection cancéreuse; elles se montrent d’ailleurs dans des cas où l’on ne peut soupçonner l’existence de cette maladie. Le tableau que nous venons de tracer semblerait devoir être suffisant pour établir une ligne de démarcation bien tranchée entre le cancer et les autres productions anormales de l’économie; avouons cependant qu’il n’en est pas toujours ainsi. Souvent le médecin ne peut pas décider quelle est la nature de l’affection qu’il a sous les yeux. Bien plus, les symptômes du cancer peuvent manquer, lors même que l’anatomie pathologique vient nous révéler son existence, et par contre les symptômes font croire quelquefois à un cancer qui n’existe pas. On voit donc qu’il reste beaucoup à faire touchant l’étude de cette grave affection.»
De leur côté, MM. A. Bérarcl et Denonvilliers s’expriment ainsi qu’il suit sur cette même question ( Compendium de ckir. prat .) :
«Il est difficile de donner une bonne définition de la maladie qui nous occupe. Les praticiens ont en général de la tendance à considérer comme cancéreuse toute tumeur chronique qui résiste aux remèdes. Beaucoup d’auteurs, entrant plus profondément dans la question, essayent d’établir les caractères du cancer d’après ses symptômes les plus constants, comme sa marche progressivement envahissante et jamais rétrograde, son extension aux parties voisines, sa terminaison constamment funeste en dépit des efforts de l’art, l’aspect particulier de l’ulcère, le caractère des douleurs, etc. etc. Rien de plus utile sans doute que ces tableaux abrégés, dans lesquels on désigne, par ses phénomènes les plus saillants, une maladie inconnue dans sa nature, trèscomplexe, et qui ne se prête pas à une définition rigoureuse; mais encore faut-il que chaque trait de ces descriptions sommaires soit d’une exacte vérité; or, il noué semble que dans l’état actuel cette condition n’es.t pas remplie. On a vu rarement, il est vrai, mais enfin on a vu, la nature opérer la guérison du cancer, soit par la gangrène et la chute d’énormes masses morbides, soit par la formation de cica-
1 rices, reposant sur un ulcère cancéreux. Il n’est pas de médecin qui ri ait observé que les douleurs lancinantes peuvent manquer dans le cancer et se rencontrer au contraire dans des affections qui en diffèrent entièrement. Cette remarque» été tant de fois répétée qu’elle est devenue vulgaire. Combien de cancers , enfin , qui persistent pendant des années sans faire de progrès, sans envahir les tissus environnants, et sans arriver à la période d’ulcération. C’est d'après ces motifs que les écrivains les plus modernes se sont résolus à chercher dans l’anatomie pathologique les bases d’une définition qu’il ne leur paraissait pas. possible d’établir d’une manière satisfaisante à l’aide des caractères tirés de la symptomatologie. Ils admettent, et nous admettons avec eux, quele cancer consiste dans la production, le développement et l’évolution de certains tissus accidentels, sans analogues dans l’économie; mais quels sont ces tissus? c’est un point sur lequel les chirurgiens ne sont pas d’accord. »
Les auteurs que nous venons de citer se rangent à l’avis de Laennec; ils ne donnent jusqu’à présent le nom de cancer qu’au tissu squirrheux et encéphaloïde , mais ils ajoutent, fort judicieusement à mon avis: « Quant aux diverses altérations qu’on a cru pouvoir rapprocher d’eux, pour en traiter sous le même titre, nous pensons que les uns en diffèrent par trop de points pour qu’on doive les assimiler aux productions cancéreuses, et que les autres n’en sont que des variétés décrites sous des noms particuliers. Enfin, s’il existe en effet, ce que nous sommes disposés à admettre, quelques productions accidentelles, différentes par leur organisation du squirrhe et de l’encéphaloïde, quoiqu’analogues par leur marche et les funestes conséquences quelles entraînent, il faut convenir que ces productions morbides n’ont pas été jusqu’ici assez exactement décrites pour qu’on puisse les considérer autrement que comme des cas rares et exceptionnels, et pour que, surtout, on doive en tenir compte dans une définition placée en tête de la description du cancer. Peut-être les progrès de la science permettront-ils d’étendre un jour la liste des tissus cancéreux ; mais dans 1846. — Mnyor. 8
l’état actuel de nos connaissances, le squirrhe et l’encéphaloïde sont seuls bien connus, et c’est leur présence qui caractérise essentiellement le cancer. »
En face de l’incertitude des définitions du cancer, i! nous semble que, dans l’état actuel de nos connaissances, nous avons deux ordres de faits à examiner pour arriver à établir si une espèce déterminée de tumeurs doit être regardée comme cancéreuse ou non. Nous puiserons les uns dans l’observation des symptômes, les autres dans l’anatomie pathologique.
L’anatomie pathologique nousapprendque deux tissus principaux sont actuellement reconnus comme entraînant par leur évolution l’ensemble des symptômes caractéristiques de l’affection cancéreuse. Ces deux tissus, le squirrheux et l’encéphaloïde , se reconnaissent maintenant à deux espèces de caractères: les uns sont des caractères physiques, de couleur, de consistance, de forme générale, obtenus par l’usage de nos seuls sens; les autres, obtenus à l’aide du microscope, sont plus précis, et tirés principalement de la forme et de la grandeur des cellules élémentaires entrant dans ia composition des produits morbides.
Si nous cherchons à constater l’existence de ces caractères dans les tumeurs dont nous nous occupons, les premiers ne s’v retrouvent qu’imparfailement , et qu’autant que l’observation n’cst pas minutieuse; en effet, dans la première période de leur développement , quia beaucoup d’analogie d’aspect avec' te tissu squirrheux, comme l’a fait connaître Scarpa en particulier, il ne suinte point de liquide séreux des surfaces de section; dans la seconde période, lorsque le tissu blanc ramolli a quelque rapport avec l’encéphaloïde, ce n’est pas un liquide laiteux ou noir qu’on exprime de la trame celluleuse, c’est plutôt une matière grumeleuse caséiforme.
Quant aux caractères microscopiques , nous savons combien ils diffèrent de ceux du squirrhe et de l’eneépbaloïde , tels qu’ils sont donnés par les micrographes, principalement d’après les cancers profonds qui ont servi de type à leur description. ( Voy. pl. 1 et 2, fig. 8 et 9. )
Voyons si l’observalion des symptômes nous fournira plus de lumière. En appliquant aux cancers la division en série des symptômes telle queM. Andral l'a donnée pour l’étude de la symptomatologie des produi ts ’organisablés, on voit qu’une seule de ces séries leur est propre : c’est celle qui se rapporte à l’influence qu’ils ont sur l’organisme en général. Cette série de symptômes, propre à leur dernière période, constitue la cachexie cancéreuse.
Ces symptômes sont les engorgements ganglionnaires d’une part, •et d’antre part ceux qui paraissent tenir à l’altération du sang, altération qui se traduit par des troubles nerveux et circulatoires nombreux. Ces symptômes caractéristiques, lorsqu’ils se montrent , et qui établissent nettement la nature cancéreuse du mal, sont surtout le teint jaune paille, les hémorrhagies, les coagulations sanguines, l'œdème, la flaccidité des chairs, l’amaigrissement, les troubles digestifs, la fièvre hectique. Or, ils ont été observés trop souvent dans les affections qui nous occupent, pour qu’on puisse avec quelque raison distraire celleci du groupe des maladies cancéreuses.
Ensuite des réflexions auxquelles nous venons de nous livrer, il me semble de toute impossibilité de regarder les tumeurs épidermi-
ques comme bénignes; mais ôn pourrait objecter que ce sont des tumeurs primitivement bénignes qui ont dégénéré en cancer; cette manière de parler se rencontre si souvent dans les auteurs et dans la bouche des praticiens, qu’il est important de la discuter.
Laennec, qui a cherché à préciser le sens du mot dégénération , dit que ce mot (dont dégénérescence est un synonyme inutile) désigne, en langage ordinaire, le changement de nature d’un objet quelconque, et emporte en même temps l’idée du pa^ge de l’état primitif à un élat inférieur ou pire. L’appliquant à l’anatomie pathologique j il distingue les dégénérations, des produits acciden tels ; ces derniers sont des dépôts de matière dans la trame des organes, tandis que les dégénérations sont des transformations d’un tissu en'un autre, et il donne comme exemple de ces deux modes d’altération, une production graisseuse ombilicale et une transformation graisseuse du rein. Il me parait
difficile de donnera ce mot une autre acception. Dans l’espèce alors, la dégénération d’une verrue en cancer, serait la transformation d’un tissu rempli de cellules épidermiques en un tissu rempli de cellules d’autre espèce. Or, les tumeurs cancéreuses , suite de verrues (voy. nos observations), contiennent les mêmes cellules élémentaires que ces dernières; la maladie, en marchant ou se développant, offre des périodes symptomatologiques variées; mais le mot de dégénération ne doit pas plus être employé pour désigner ces changements successifs , qu’il n’est employé pour désigner le passage de l’encéphaloïde cru à l’encéphaloïde mou, ou celui du tubercule miliaire ou tubercule cru. Si quelque chose a dégénéré dans ces maladies diverses , c’est la constitution du malade, qui de bonne est devenue mauvaise.
Nous voici donc arrivés à cette conclusion que les tumeurs épidermiques, vulgairement appelées boutons de mauvaise nature [noli me tangere ), ulcère cancéreux ou cancroïde, cancers de la peau, sont bien de vrais cancers, ou, pour parler plus exactement , à noire sens, que l’affection cancéreuse peut être la suite du développement d’une tumeur épidermique.
Mon but n’est pas de faire l’histoire des noli me tangere , mais d’exposer quelques-uns des points de cette histoire sur lesquels la connaissance de leur structure anatomique me semble jeter du jour; c’est ce que je vais faire.
La connaissance de ces affections montre que la division que M. Lebert a voulu établir entre les tumeurs malignes et les bénignes, en se basant sur l’homœomorphisme et l’hétéromorphisme de leurs éléments, ne peut être admise dans sa rigueur. Muller a établi qu’on ne pouvait pas davantage la fonder sur la dissemblance de leur composition chimique; on sait, du reste, qu’on ne peut nullement la chercher dans leurs caractères physiques grossiers. C’est donc, je pense, enrecourant à des considérations physiologiques d’une nature plus
élevée qu’on peut espérer trouver la solution d’un problème aussi intéressant. Je n’ai ni la science, ni l’expérience nécessaire pour une pareille œuvre.