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Puisque des productions parfaitement semblables peuvent entraîner des conséquences si différentes, que les unes, comme les verrues des jeunes gens , les kystes athéromateux , soient , dans l’immense majorité des cas, parfaitement innocentes, et que les autres, celles que nous avons étudiées en dernier lieu, soient si graves, il faut rechercher Ie3 circonstances qui peuvent changer à ce point le pronostic. G’est dans les considérations tirées de l’âge, du sexe, de la constitution, du mode de réaction des individus, des influences physiques et morales, que nous trouvons jusqu’à* présent la seule raison de celte différence.
Le sexe. — Tous les auteurs ont noté ce point de l’étiologie des affections cancéreuses de la peau , que l’homme y était plus sujet que la femme. Nos observations recueillies dans divers hôpitaux de Paris portent presque toutes sur le sexe masculin. Les rapports que nous avons constatés entre la formation pileuse et l’une des formes des tumeurs épidermiques font ressortir assez la raison de cette remarquable différence. La plus grande activité de cette formation explique chez l’homme la plus grande fréquence des cancers de la peau , comme la plus grande activité fonctionnelle des mamelles rend raison de la fréquence du cancer chez la femme.
L'âge. — C’est surtout après l’âge adulte qu’apparaissent les •cancers de la peau , comme ceux des autres parties. Deux circonstances aident à l’explication de ce fait : l’âge, en amenant le développement des poils, a la même influence que le sexe. De plus, en considérant cette production anormale de cellules épidermiques , ce qu’on est tout naturellement porté à faire , comme le résultat d’une déviation des
forces plastiques : comme, dans la vieillesse, la diminution de ces forces est manifeste, cette loi physiologique donne la clef de l’accroissement rapide de ces productions, quand on avance en âge. Ces boutons, ces noli me tangere, remontent souvent à dix, quinze, vingt ans et davantage; ce n’est que lorsque la vieillesse, ou l’une des circonstances que nous examinerons plus loin, surviennent, qu’on les voit se développer et devenir la source d’accidents.
La constitution. — Son influence n’est pas bien connue. La plupart du temps elle était excellente au début de la maladie, et elle s’est maintenue telle, tant que la vieillesse ou les influences physiques ne sont pas survenues.
Du mode de réaction de l'individu. — Un foyer morbide existant dans le corps, la nature médicatrice agit pour l’en débarrasser, et elle le fait de différentes manières suivant les individus. Une tumeur épidermique est un foyer morbide dont l’apparition première nous échappe dans sa cause (voy. DIATHÈSE), et qui agit en déterminant autour de lui, à une distance plus ou moins grande, la transformation du plasma nutritif en éléments pareils à lui-même. Cela se fait en vertu de la même loi physiologique qui régit la transformation de ce plasma en fibres musculaires ou cellulaires. Comme on ne peut expliquer ces transformations variées, origine des divers tissus élémentaires, par une différence primitive du suc nutritif, on doit l’attribuer à une force d’influence que Schwann appelle force métabolique. Cette même loi préside à l’extension du foyer morbifique; cela est si vrai qu’une influence différente arrête ou retarde la marche envahissanie du mal, qui jusqu a sa rencontre avait progressé rapidement.
Une aponévrose, une couche de tissu fibreux, le périoste, arrêtent ou retardent, on l’a toujours remarqué, la marche envahissante directe du cancer, qui a du reste une autre route ouverte pour infester l'économie, celle du système lymphatique. Cela est une action thérapeutique naturelle qu’on peut appeler palliative, tandis que d’autres fois
on voit l’organisme, suivant encore, dans l’état irrégulier et morbide qui nous occupe, les lois qui le régissent dans l’état normal, opposer à la propagation du mal une barrière artificielle plus puissante encore que les barrières naturelles, parce qu’elle est plus complète. Cet effort de l’organisme se traduit par l’enkystement du foyer morbide, qui se trouve alors limité de toutes parts par une coque fibreuse plus ou moins épaisse, et n’a plus alors avec celui-là que des communications vasculaires très-faibles, et pas du tout de communications nerveuses. C’est là ce que nous avons observé pour les kystes, pour les verrues. L’influence heureuse de cet enkystement a été souvent signalée. Dupuytren dit que lorsque la matière squirrheuse ou cancéreuse est enkystée, elle n’infecte l’économie que lorsque la dégénérescence s’empare des parois du kyste, et n’incommode que par son poids.
Muller dit que plus une tumeur s’individualise, plus elle.se soustrait à l’influence guérissante et résorbante de l’économie; il convient d’ajouter que plus aussi l’organisme est soustrait à son influence.
Voilà ce que nous regardons comme un mode heureux de réaction de l’invidu contre le foyer morbide,
Un autre mode, c’est l’inflammation plus ou moins vive qui s’empare des parties environnant le mal. Cette inflammation, qui est ici, comme dans d’autres affections, la nécrose, la gangrène, l’indice d’un effort curateur naturel, est le plus souvent .insuffisante , et par cela même mauvaise; car elle n’a d’autre effet que de soumettre une plus grande quantité de sang à l’influence morbifique, et de hâter ainsi l’extension de la maladie.
Cependant on l’a vue, dans quelques cas de cancer, être assez vive pour amener la guérison par gangrène. Dupuytren pensait qu’il n’était pas nécessaire de cautériser les ulcères cancéreux, et qu’il suffisait d’y amener une violente inflammation ; c’était compter davantage sur l’effort naturel de la guérison.
Cette inflammation, lorsqu’elle est violente, a probablement aussi pour effet de changer le mode de vitalité vicié des parties avoisi-
nantes, et cela contribue aussi à expliquer le succès des caustiques arsénicaux, dont l’application détermine une congestion inflammatoire plus étendue et plus violente que les autres caustiques.
Les influences physiques. — Les irritations, les attouchements répétés , l’arrachement renouvelé des croûtes qui recouvrent les boutons cancéreux, les caustiques mal employés, sont les causes les plus graves et les plus fréquentes de la terminaison fâcheuse des tumeurs épidermiques. Cette influence, de tout temps reconnue, a fait donner à ces affections le nom de noli me tangere , et peut-être ce mot est-il trop oublié des praticiens, si l’on en juge par les observations recueillies. Ce mot ne veut pas dire que la maladie soit incurable. Les caustiques, si souvent employés d’une manière timide, agissent juste à l’encontre de leur but, et il est si difficile d’en faire un bon usage qu’on est tenté de les proscrire de la thérapeutique de cette maladie. Nul doute que dans des mains habiles ils ne donnent des succès; mais c’est au début surtout qu'ils sont employés avec des effets déplorables , lorsque le malade va consulter pour un petit bouton qui ne le fait pas souffrir, mais dont la persistance l’inquiète; c’est alors surtout qu’un coup de bistouri ou de ciseaux vaudrait bien mieux. Les caustiques, les irritations de toute espèce, agissent en déterminant cette subinflammation dont nous avons déjà parlé.
L’influence de ces actions extérieures ressort aussi de ce fait que la marche delà maladie est infiniment plus rapide aux lèvres qu’ailleurs, à cause des mouvements et des frottements multipliés dont ces parties sont le siège.
Les influences morales agissent comme 1 âge en dérangeant la nutrition, en affaiblissant le ressort vital , et leur part a toujours été reconnue dans Pétiologie des cancers.
Après ces causes, dont l’influence se laisse apprécier plus ou moins facilement, il en est une foule d’autres toujours citées, mais si douteuses qu’il vaut mieux, jusqu’à nouvel ordre, les passer sous silence; cependant il en est une qui, par l’influence quelle a sur l’esprit du
médecin, et sur sa conduile thérapeutique, doit être discutée; je veux parler de la diathèse cancéreuse que je vais examiner au point de vue de l’espèce cancéreuse qui m’occupe.
Le mot de diathèse n’a pas de signification précise bien reconnue » il suffit pour s’en convaincre de lire la discussion à laquelle se sont livrés sur ce sujet les auteurs du Compendium de médecine. Pourcertains auteurs la diathèse est la même chose que la prédisposition; pour les autres c’est presque le synonyme de cachexie. Or, quand on parle de diathèse cancéreuse, on n’entend évidemment pas parler d’une simple prédisposition , car alors cette diathèse n’aurait pas l’importance qu’on lui attache. On n’entend pas non plus parler de cachexie, car celle-ci est un état mauvais, se traduisant à l’extérieur par des symptômes plus ou moins graves indiquant une altération profonde de la constitution, et l’on n’observe rien de pareil dans les premières périodes de l’affection cancéreuse. Si ce n’est ni une simple prédisposition , ni une cachexie, qu’est-ce donc? MM. Bayle et Cayol disent que la diathèse cancéreuse ( Dict . des sc. méd.) est cette disposition intérieure qui est la véritable et unique cause de la récidive du cancer après son extirpation, et à laquelle est dû le développement simultané et successif de plusieurs maladies cancéreuses dans divers organes souvent très-éloignés les uns des autres.
L’admission de cette disposition intérieure est une hypothèse pure, destinée à expliquer ces trois circonstances de récidive, de développement simultané, et de développement successif des tumeurs cancéreuse. C’est une hypothèse qu’aucun autre signe que ceux-là ne vient appuyer. Or, elle est inutile, appliquée aux tumeurs dont nous traitons, parce que les récidives, lorsqu’elles ont lieu, s’observent sur le lieu même de l’opération ou aux environs, ou dans les ganglions de la partie , et que par conséquent il est beaucoup plus simple de les attribuer, comme M. Roux l’a fait dans ses Vues générales sur le cancer „ à ce qu’on a laissé des por'ions de tissu déjà malades, ou ayant déjr. contracté le vicieux mode de nutrition qui détermine l’accroissement
1846. — Jff'tyor.