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ACTION PHYSIOLOGIQUE DU CHLOROFORME

Lorsqu’on soumet aux inhalations de cet agent une personne bien portante, on observe, après un temps d’une courte durée, de l’anéantissement , privation de mouvement, absence de sensibilité. Un sommeil profond pèse sur l’organisme , les battements du cœur sont ralentis, la chaleur vitale sensiblement diminuée; la couleur terne des yeux, la pâleur du visage, la résolution des membres, donnent à l’individu chloroformisé l’aspect de la mort. C’est alors que la sensibilité , qui jusque-là avait seulement commencé à s’ébranler, disparaît complètement, et que l’individu peut être soumis, sans rien ressentir, aux opérations les plus cruelles. On peut impunément diviser, déchirer, torturer son corps et ses membres; l’homme n’est plus qu’un cadavre. Cet état extraordinaire ne se prolonge guère au delà de sept à huit minutes; mais on peut le faire renaître et l’entretenir en reprenant les inhalations après un certain intervalle et lorsque l’individu commence à redonner quelques signes de sensibilité.

Le réveil anesthésique arrive sans phénomènes particuliers ; l’individu reprend peu à peu l’exercice de ses fonctions, il rentre en possession de lui-même, sans ressentir aucune suite fâcheuse du trouble momentané survenu dans son économie. Il ne conserve qu’un souvenir assez vague des impressions qu’il a ressenties, et les rêves qui ont agité son sommeil n’ont laissé dans sa mémoire que des traces difficiles à ressaisir.

Non-seulement le chloroforme produit l’insensibilité lorsqu’il est respiré, mais encore, employé en frictions sur les parties malades, il

donne quelquefois d’excellents résultats pour combattre les affections vives. Ce mode d’emploi (anesthésie locale) a donné l’idée d’en tirer parti dans les opérations chirurgicales, et l’on a essayé, à l’aide de frictions avec le chloroforme, d’engourdir exclusivement la partie destinée à subir une opération douloureuse, sans y faire participer l’économie entière. On comprend tous les avantages de l’anesthésie locale, si l’on parvenait à rendre isolément insensible la partie du corps sur laquelle on doit opérer. Alors plus de crainte dans l’emploi de cette substance, dont les médecins les plus habiles ne se servent toujours qu’avec une certaine appréhension.

Comment agit le chloroforme? De quelle manière et par quelle action sur l’organisme produit-il l’insensibilité?

Les uns prétendent qu’il anéantit la sensibilité en agissant sur l’économie à la manière des gaz impropres à la respiration, conséquemment par asphyxie. Les autres, qu’il porte uniquement sur les organes directs de la sensibilité , l’encéphale et ses annexes.

Étranger à la médecine, nous ne pouvons aborder cette grande question, nous nous contentons seulement d’exposer ce fait.

Le chloroforme a une action aussi manifeste sur tous les animaux-, il les endort tous, dans un temps plus ou moins long.

Les animaux soumis à son influence présentent les signes identiques à ceux que nous avons décrits pour l’homme.

Les plantes, comme l’homme et les animaux, ne sont pas à l’abri de l’action stupéfiante de cet agent. M. Marcet, de Genève, parvint, en versant quelques goultes de chloroforme sur la sensitive ( mimosa pudica. L.), à la rendre insensible.

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