APPLICATIONS DU CHLOROFORME A LA MÉDECINE
Avant la connaissance de sa propriété anesthésique, le chloroforme avait été employé à l’intérieur, sous forme de potions, par le docteur
Nat. Guillot, contre l’asthme. Dans ces derniers temps, on l’a employé aussi en potions, comme antipasmodique, contre le hoquet, la colique de plomb, comme antidote de la strychnine, contre le choléra, le delirium tremens, l’hydrophobie, les fièvres intermittentes, etc., etc.
Les inhalations du chloroforme sont très-utiles pour réduire les hernies étranglées, pour suspendre les douleurs des accouchements, contre le tétanos, le symptôme douloureux de l’hystérie, la manie furieuse, etc.
Les applications externes du chloroforme ont été utilisées contre les démangeaisons, les douleurs névralgiques ou rhumatismales, le prurit dartreux, etc., etc.
Inhalation du chloroforme.
Le choix du chloroforme est indispensable pour cette opération. Il est déterminé par certaines conditions physiques etchimiques relatives à sa pureté.
Des principes étrangers mélangés à cette substance peuvent en rendre les effets plus pénibles et plus dangereux ; il y a nécessité de n’employer que le chloroforme excessivement pur.
Au commencement de l’opération le chloroforme doit être présenté avec discernement au malade.
La prudence commande de surveiller sans cesse l’état du malade pendant l’inhalation, d’examiner le pouls, l’état de la respiration, l’expression faciale, la situation du globe de l’œil, la résolution des membres, tous les signes qui peuvent servir à mesurer le degré d’action du Chloroforme et l’éminence du danger.
On doit approcher le chloroforme de la bouche et du nez du patient, de telle sorte que le passage de l’air ne soit pas intercepté.
La dose du chloroforme nécessaire pour annihiler la sensibilité ne peut être déterminée d’une manière absolue ; elle varie suivant le procédé d’opération.
11 est évident qu’une grande partie du chloroforme est presque tou-
jours perdue dans chaque opération; celte substance s’évapore dans les linges qu’on emploie.
La quantité de chloroforme employé varie suivant la durée de l’inhalation et le temps pendant lequel on veut conserver le malade insensible : 3 à à grammes versés à la fois sur le linge qui sert à l’opération suffisent ordinairement: l’on renouvelle de temps en temps.
La question importante consiste non dans la dose que l’on verse sur le linge, mais dans la manière d’administrer le chloroforme. Il faut surtout l’appliquer graduellement avec prudence et précaution; permettre l’entrée de l’air dans les voies respiratoires ; cesser l’inhalation dès que les phénomènes d’anesthésie se sont produits, puis surveiller avec le plus grand soin le malade pendant la durée de l’opération.
Après l’opération terminée, laver le front du patient avec de l’eàu froide ; lui faire respirer de l’air frais, afin de ranimer la circulation au plus tôt.
Dans le cas où la vie du malade donnerait quelques craintes, il faudrait à l’instant ôter le chloroforme, lui jeter de l’eau froide sur la figure, le frictionner vigoureusement avec de la flanelle et faire passer sur sa tête un courant d’air froid. Dans un cas d’asphyxie on aurait recours au moyen conseillé par M. Ricord, l’insufflation bouche à bouche.
M. Escalier propose, pour combattre les accidents causés par le chloroforme, de plonger deux doigts profondément dans la gorge jusqu’à l’entrée du larynx et de l’œsophage. Dans deux cas cités par M. Escalier, il survint immédiatement un mouvement d’expiration qui fut le signal du retour à la vie.
Tout récemment aussi l’éther a été proposé par M. A. Fabre pour combattre l’asphyxie par le chloroforme ; mais une commission académique a déclaré que l’éther, loin de remédier à l’action toxique du chloroforme, y contribuait plutôt. Suivant M. Duroy, l’inspiration du gaz oxygène remédie efficacement aux accidents causés par le chloroforme.
L’inhalation du chloroforme peut se faire par des moyens très-divers savoir : le mouchoir de poche ou la compresse de toile plié en plusieurs
doubles, le cornet de papier en forme de cône tronqué au fond duquel on met une éponge ou du coton, les appareils de MM. Charrière et Luër, appareils qui reviennent tous à un masque muni d’une éponge et offrant deux soupapes, une pour l’inspiration, une pour l’aspiration.
Tous ces appareils également bons ne suffisent pas néanmoins pour écarter toute espèce de dangers et laissent encore peser sur le chirurgien une grande responsabilité.
On a voulu , par suite des divers cas de mort par le chloroforme, prescrire des enseignements et des règles pour les éviter à l’avenir ; mais de ces longues et laborieuses enquêtes, il n’est sorti que des conclusions. En voici la preuve : on a dit : « Ni le mode d’emploi, ni la dose, ni le sexe, ni les constitutions, ni l’idiosyncrasie des sujets, ne peuvent donner raison des accidents survenus. »
Comment remédier à cette lacune? comment innocenter l’emploi de cet anesthésique?
M. Duroy, savant pharmacien de Paris, pense que la merveilleuse découverte des anesthésiques ne sera complète qu’à partir du jour où l’on aura fixé leur posologie. Le chloroforme doit, suivant lui, être soumis à une loi de proportion ainsi que tous les agents pharmaceutiques. Dans un mémoire, présenté à la Société de chirurgie de Paris, M. Duroy, après avoir fait ressortir les inconvénients du mode d’emploi du chloroforme actuellement en usage, propose un petit appareil appelé anesthésimètre pour les inhalations de cet agent.
Avec cet appareil, nous le pensons comme l’auteur, le médecin n’aura plus à redouter de cruels accidents, il pourra se rendre compte de la quantité du chloroforme mélangé d’air qu’il fera respirer à son malade.