‹ Thésée, ou, Les lois de MinosChapitre 140 sur 517 · ACTE I, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IL

Songez-vous que bientôt, prêt à vous affranchir, D'un vainqueur irrité l'orgueil peut se fléchir? Enfin pour écarter d'autres sujets d'ombrage Songez-vous sur quels bords vous a jeté l'orage? Que ce refuge ouvert , où vous eussiez péri , Contre vos ennemis vous offre un sûr appui, Et qu'un hymen heureux , par une étroite chaîne , Doit engager bientôt mon fds à Polyxène ?

HÉCUBE

Ah ! cet heureux espoir ne nous est plus permis; Et les infortunés conservent peu d'amis. Mais où donc est ce fds, digne sujet de larmes, Et mon cher Poîydore , objet de tant d'alarmes , Qu'il me tarde déjà de presser dans mes bras , Et que mon cœur appelle au devant de mes pas ?

POLYMNESTOB.

Pour des destins si chers soyez sans défiance. Le prince avec mon fils ne peut craindre d'ofïense. Tous deux , pour peu d'instans , éloignés de ma cour, Quand je l'ordonnerai vont presser leur retour.

POLYXÈNE

0 frère , hélas ! si cher, la moitié de ma vie , Oh ! quand pourra ta sœur être à toi réunie ?

POLYMNESTOB.

Vous trouverez bientôt un terme à votre ennui , Et peut-être ce jour va vous rejoindre à lui. Vous voyez la demeure où sa douleur trompée Vous appelle, à pleurer jour et nuit occupée.

8 HECUBE.

Là je conserve aussi les richesses et l'or Dont Troie accumula le précieux trésor, Et qu'au juste héritier je brûle de remettre. Entrez, Puissent ces biens ne pas changer de maître! Puissé-je aussi garder moi-même dans ces lieux Dans des amis si chers des biens plus précieux !

HÉCUBE

Allons , oui , de mon fils montrez-moi la demeure Aux lieux où vos bontés souffrent que je le pleure. Mais j'aperçois déjà passer dans ce séjour De mes cruels vainqueurs la déplorable cour, Captive comme nous aux campagnes du Xanthe, Et qu'à votre justice il faut que je présente.

(On aperçoit une suite de Troyennes qui traversent la scène, et qui entrent dans le palais de Polydorc. )

POLYMNESTOR

Entrez donc. Je vais voir vos superbes vainqueurs,

Dans leur funeste zèle intimider les coeurs,

Et s'il se peut bientôt hâter un sacrifice

Qui rende de mon fils le retour plus propice.

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