ACTE I, SCENE III
Enfin dans nos malheurs j'espère un sort plus doux , Et les dieux vont sans doute apaiser leur courroux.
POLYXÈNE
Ah ! quel est votre espoir ? fille , esclave et princesse , Je vous vois dans les fers où le destin m'abaisse. J'ai tout perdu -, le ciel, en d'indignes liens, Me fait ici survivre à la honte des miens 5 Et vous croyez, après le destin qui m'accable, Qu'il soit encor pour moi de bonheur supportable! Aux revers d'Ilion ferons-nous le mépris , D'oublier des affronts que sa perte a suivis ?
HÉCUBE
Ah ! le ciel permet-il des maux sans espérance ? Il console à la fin la plus longue soutïrance. Née avec nos malheurs, ils commencent pour vous; Dans le berceau nourrie , à l'abri de leurs coups , Vous n'avez pu prévoir en ouvrant la paupière , Les pleurs dont ma douleur s'abreuva la première. Dix ans , j'ai vu la main qui produit nos regrets , Chaque jour dans mon cœur, lancer de nouveaux traits: Ilus meurt , aussitôt il est suivi d'Icile -, Hipponoùs fait place au trépas de Trôïlej Et Troie enfin , cédant à nos derniers malheurs , Dans mes yeux épuisés ne trouve plus de pleurs. J'ai besoin de chercher dans mon erreur frivole , Après tant de revers, l'espoir qui m'en console. Enfin après dix ans , je vais revoir mon fils. Qui sait ce qu'à ses pleurs les destins ont promis ?
io HECUBE.
Il peut relever Troie , encor dans la poussière -, Et faire à nos vainqueurs , expier ma misère. Enfin ce roi puissant, lui-même, il vous l'a dit-, Ne peut-il pas pour nous armer tout son crédit ? Intimider les Grecs , perdus sur ce rivage , Et dans leurs fers surpris rompre notre esclavage ? Parmi tant de raisons , que de droit d'espérer !
POLYXÈNE
Moi , je n'espère rien.
HÉCUBE
Et pourquoi l'ignorer ?
A l'hymen d'Hélénus , vous étiez attendue ; Vos malheurs de ce rang ne vous ont point déchue : Votre hymen peut flatter des rois moindres que nous , Et tous s'honoreraient de s'allier à vous.
POLYXÈNE
Non , je ne prétends pas, à nul autre importune,
L'accabler des revers de ma seule infortune.
Hélénus , non, ce cœur, trop indigne d'un roi ,
S'il ne peut t'honorer, ne sera pas pour toi -,
Je ne veux pas non plus , par un autre hyménée ,
Orner de mes tyrans la chaîne infortunée ;
Comme aux tristes moitiés d'un superbe vainqueur,
Des héros d'Ilion faire envier la sœur.
Ma mère , de ces rois qu'il faut que je révère ,
Un héros soutiendra la dignité première.
Que l'orgueil de revivre en cet appui nouveau ,
Soit en mourant l'espoir que j'emporte au tombeau