ACTE III, SCÈNE IV
Hélène, à votre aspect, se dit votre ennemie, Et courait , vous perdant , nommer votre patrie. Je forçai son silence à respecter vos jours , Et vous devez la vie à mes heureux secours. Que devenait, hélas ! ce héros implacable, Si je n'eusse imploré qu'un cœur inébranlable ? Et quel prix de ce jour que je vous ai sauvé, Que la mort de l'entant au glaive réservé ? Pourrai-je moins enfin sur votre âme inhumaine Que pour vous secourir je n'ai pu sur la haine ? Répondez-moi , cruel !
ULYSSE
Oui -, je vous dois le jour, Et voudrais à ce prix m'acquitter à mon tour 5 Mais de l'oracle enfin la volonté précise Ne Jaisse point de choix à mon âme indécise. Votre fille pourtant, dont je plains le malheur, D'aucun arrêt encor n'a subi la rigueur. Au conseil de nos chefs à l'instant amenée, Elle y peut voir changer sa triste destinée j Vous-même, intercédant un superbe pardon. Pouvez en sa faveur fléchir Agamemnon.
HÉCUBE
Eh quoi ! dans son appui vous voulez que j'espère? Pour sentir mes douleurs il est vrai qu'il est père ! Mais n'a-t-il pas lui-même , au mépris de ses droits , Sacrifié sa fille aux succès de vingt rois ?
l\i ' HÉCUBE.
Eh! qu'attendrait, hélas î une mère attendrie,
Du roi , père cruel ! bourreau d'iphigénie ?
ULYSSE
Madame, à votre sort, malheureux de céder, Je cherchais votre fille, et viens la demander. 11 le faut.
Votre haine est déjà soulevée, Et veut qu'à ma tendresse elle soit enlevée ! Ah ! différez encor ce triomphe inhumain, Et remettez du moins son trépas à demain. A peine elle a touché cette funeste rive , Et déjà pour mourir vous voulez qu'elle arrive. Demain vous serez maître.
ULYSSE
Et vous, que je vous plain!
D'un jour, bientôt, hélas! vous atteindrez la fin. Il ne faudra pas moins qu'on vous sépare d'elle. Avancez-en l'instant ; éloignez-vous.
HÉCUBE
Cruelle!
Vous vous prêtez vous-même à ce barbare effort ; De votre mère ainsi vous voulez donc la mort?
POLYXÈNE
Vous le voyez, seigneur, à sa douleur amère, Je vous parle pour moi moins que pour une mère.