‹ Thésée, ou, Les lois de MinosChapitre 238 sur 517 · ACTE III , SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE III , SCÈNE VI

Mais il va vous celer ! moins jaloux de son or, Enfouir pour lui seul un si rare trésor; Et dérober au jour, dans une nuit profonde, Cesyeux qui notaient faits que pour briller au monde.

ÉLIANT

Non , pour un tel éclat je ne les crois pas faits : Je ne crois pas, monsieur, valoir de tels succès.

D'HAUTEFARD.

Ah ! de plus grands encor ! O ciel ! quelle injustice

Vous fait, d'un juste orgueil, faire le sacrifice?

Mais comment voulez-vous qu'un tel homme, après tout

De vous aprécier ait l'esprit et le goût?

A-t-il pour tant d'appas la science profonde,

Et le tact délicat né de l'esprit du monde ?

La beauté se flétrit aux mains de l'ignorant,

Qui , de la cultiver, ignore le talent ;

Et ce n'est que pour nous que ce terroir stérile ,

En de meilleures mains peut devenir fertile.

Un imprudent, ô ciel ! va profaner ces traits

Dépourvus, pour briller, des plus piquans attraits :

Lorsque les ornemens, les soins de la parure

Se devaient en tribut aux dons de la nature.

Oui, des plus beaux présens il faut les embellir :

Le diamant, de l'art, apprend à se polir.

De ces appas naissans possesseur moins frivole ,

Que ne m'est-il permis d'en décorer l'idole !

L'attrait de la constance , à mes plaisirs ôté,

Je le rencontrerais aux pieds de la beauté j

6o l'original ,

Et trouvant dans vos yeux des atteintes plus vives t L'amour m'enchaînerait de fleurs moins fugitives. C'est le tardif aveu. . .

ÉLIANTE

Modérant cette ardeur, Gardez dans vos discours un peu plus de froideur. Vous mettez trop de feu....

D'HAUTEFARD.

Mon Dieu ! ni run,niFautre.

Ce sont propos d'usage; et de mon sexe au vôtre Un tribut épuisé de fades complimens , Qui se paie entre amis aussi bien qu'entre amans: Allez-vous me gronder du respect légitime Qu'accorde à la beauté tout homme qui s'estime*

ÉLIANTE

Non, l'amitié non plus n'a pas ce zèle outré , Et vous m'en dites moins que je n'ai pénétré.

D'HAUTEFARD.

Je le veux bien, ma foi , si cela peut se faire ! Il est vrai , j'en conviens, si c'est vous satisfaire ; De vous offrir ma main je ferais mon bonheur.

ÉLIANTE

Vous m'offrez votre main?

D'HAUTEFARD.

Je le jure \ d'honneur!

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