SCENE PREMIERE
ELIANTE, CLITON.
CLITON
Pour long-temps loin de nous ma mère est occupée, Je ne crains point sa vue et vous l'avez trompe'e; Pour la première fois je puis donc vous parler, Et je vous vois enfin sans crainte et sans trembler! Si depuis trop long-temps un douloureux silence A de mes feux, pour vous, caché la violence; I^ardeur de mes soupirs les fit taire à vos yeux, Et pour n'oser parler je n'en aimai que mieux. A peine avez-vous fui , qu'une langueur secrète jVfernportant près de vous, loin de notre retraite , Me fit de vous chercher l'impérieux besoin. Je viens donc avec vous m'en ouvrir sans témoin. Mais vous ! avez-vous pu , satisfaite et tranquille , Ainsi de nos plaisirs abandonner l'asile? Me direz-vous pourquoi cette sévérité, Sans m'en parler, au moins sans m'avoir consulté?
Eh , quoi ! même à présent , à mon impatience , Votre cœur ne re'pond que parce froid silence, Quand je viens de mes feux vous déclarer l'ardeur-, Et vous les écoutez avec celte froideur ?
ÉLIANTE
Vous me jugez d abord sur l'ardeur de votre âme , Et je vous parais froide auprès de votre flamme; Mais enfin pour vous plaindre avec moins de rigueur Quel motif avez-vous d'accuser ma froideur? Vous venez me parler, en l'augmentant encore Plein d'un trouble efFayant d'un amour que j'ignore, Et me faites , Cl i ton , un crime de vos torts I Vous même modérez l'ardeur de vos transports ; D'un aveu qui me blesse épargnez-moi l'offense. Je ne crois pas vous faire une injuste défense : Songez , pour m'accuser de la froideur que j'ai , Qu'il faudrait être sûr vous-même d'être aimé.
CLITON
Vous ne m'aimez donc pas? c'est parler sans mystère- Et monsieur Dorimont est bien sûr de vous plaire. Ne croyez pas pourtant qn'îl vous ose épouser: Pour lui nuire il n'est rien que je ne puisse oser , Et je vais...
ÉLIANTE
Quelle ardeur ! quelle vive sortie !
Arrêtez ! D'où vous vient cet accès de folie?