ACTE IV, SCÈNE I
CLITON
De vous! qui prétendez ne pas m'aimer.
ÉLIANTE
De moi !
Je vous ai dit un mot pour causer tant d'effroi ? Vous venez me parler d'un amour qui me blesse Et prétendez par là décider ma tendresse, Et je vous réponds, moi, qu'un cœur trop exigeant Veut au moins en retour un cœur reconnaissant. Est-ce là le discours que vous prétendez craindre ? Est-ce là vous donner le sujet de vous plaindre ? Je ne vous croyais pas autant d'habileté Pour vous nuire à ce point contre la vérité. Mais ne nous flattons pas et laissons tout mystère. Il me serait permis d'être avec vous sincère , De quoi nous servirait cet amour dangereux; Et nous est-il encor accordé d'être heureux? Par votre mère même en ces lieux confinée , Lorsque de mon hymen j'attends ma destinée , Comment me dérober au fardeau du devoir ? Comment de Dorimont puis-je tromper Pespoir ?
CLITON
Et quoi ! sur ce parti vous pouvez être en doute?
Le plus hardi dessein n'a rien que je redoute.
Lorsque de deux malheurs nous avons à frémir
Je choisis le moins grand dont je puisse gémir.
Et quel droit peut manquer au nœud qui nous rassemble
Venez , je vous enlève et nous fuyons ensemble.
8o l'original,
Du plus affreux désert le refuge assure' Contre nos ennemis est un abri sacré; Echappés au tourment de craindre votre perte , Nous vivrons plus heureux dans quelqu'île de'serte. Dans ce séjour, bientôt l'asile du plaisir, Du droit de nous aimer allons nous ressaisir. Et qui peut à l'amour, dont je sens la puissance, Disputer ce bonheur de notre intelligence? Des parens inhumains l'éternelle rigueur Du pouvoir qu'elle usurpe affranchit notre cœur; Et c'est un droit acquis par notre obéissance, De secouer le joug d'une injuste puissance. L'amour permet ailleurs de suivre une autre loi; L'amour parle ; il suffît; venez et suivez-moi.
Que je vous suive ! ôciel! quelle est votre espérance? Modérez ces transports dont je vois l'imprudence. Pour vous accompagner, moi, trahir mon devoir; De votre mère encoroser tromper l'espoir? Elle! dont les bienfaits, la tendre prévoyance Ont depuis ie berceau cultivé mon enfance 5 Surtout lorsque ses soins , par une autre union , Ont témoigné pour moi leur juste aversion. Non , celle qu'elle exclut n'était point destinée A jouir de l'éclat qui suit votre hyménée; Et mon espoir n'est pas de vouloir m'enrichir A la faveur d'un rang que je ne puis franchir. Ne croyez pas me voir pousser la complaisance , Jusqu'à flatter en vous la désobéissance.