PREFACE. III
empressés de lui plaire , on ne lui offre plus que des peintures superficielles , des tableaux vagues , sans réalité, et, non content de l'ennuyer de si tristes productions, on veut encore le rendre responsable d'une prétendue révolution dans le goût à laquelle il n'a pris aucune part. C'est vous , auteurs corrompus ! dont le goût gâté ne peut plus rien concevoir de simple et de grand, qui vous êtes fait une littérature factice que vous voulez imposer au public, sans que rien s'accorde dans la société à des efforts que la nature désavoue. Il s'agit bien de classique et de romantique , du moyen âge et des temps modernes ! Donnez-nous les ouvrages de nos maîtres représentés par des acteurs dignes d'eux, ou les chefs-d'œuvre de leurs disciples éclatants de naturel et de vérité ; vous verrez si le public reste sourd à l'appel du génie et du goût. Demandez au vieillard ce qu'il y a dans vos représentations qui réponde à quelque chose d'humain. Dites-lui de renoncer à son expérience , à l'exigence de ses souvenirs, qui lui font un besoin de retrouver sur la scène ce qu'il a vu dans le monde. Désolé de ne rien entendre à vos spectacles étourdissants , il se renferme en lui-même , et repousse sur vous la toile de vos théâtres déserts , abandonnés du passé et de l'avenir. Demandez au jeune homme instruit , élevé par de sages maîtres , que vous avez déjà ridiculisés des traits impuissants de vos bouffonnes épithètes ; demandez-lui ce qu'il entend à toute votre littérature , à vos livres verts , noirs ou blancs , au dévergondage de vos idées , aux
IV PREFACE
gambades de vos singes , aux traits emplumës de vos
nouveaux Mascarilles Oh! que d'une aile rapide il
s'enfuit vers des jours plus brillants qui ont fait la gloire de ses pères , et qui couvriront peut-être sa tombe de quelques fleurs !
Revenons : il y a quelques années que le sujet des Préventions se présenta à mon imagination. Dans l'amertume de mes souvenirs , j'en composai en quelques jours une comédie qui eut du succès dans les sociétés où je la montrai. Occupé d'études plus sérieuses, je négligeai d'en tirer parti ; mais il y a un âge où l'on met plus de prix à ce que l'on a fait , quand on en voit d'autres se glorifier et parvenir avec ce que l'on a dédaigné ; on se corrige de sa modestie, comme d'autres avec plus d'orgueil se corrigeraient de leur amour-propre.
PERSOxNNAGES.
FONVILLE , père d'Emilie.
EMILIE , fille de Fonville.
DESCHAMPS, ami de Fonville.
SAINT- ALB AIN , amant d'Emilie.
BASSET , prétendu d'Emilie.
PHOENIX ,
TÊTU , ! amis de Fonville.
madame DES OISONS , )
LE HOC, avocat bègue.
COQUELIN , magistrat ; il porte un cornet de
sourd. v^v* DUBOIS, domestique de Fonville.
La Scène est en province.
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