‹ Thésée, ou, Les lois de MinosChapitre 29 sur 517 · THÉSÉE, ARIANE · texte numérisé non relu

THÉSÉE, ARIANE

ARIANE

(J^uel que soit en ces lieux le dessein qui te guide , Oui , que Thésée enfin de mon destin décide. Va, tu me fuis en vain -, c'est assez résister. Lâche, c'en est donc fait! et tu me veux quitter! En faveur d'une foi si saintement suivie , Ta barbare amitié court sauver Hellénie. Démens , si tu le peux , ta lâche trahison !

THÉSÉE

Moi , de la démentir où serait la raison?

Oui, je l'aime, il est vrai : dans ma pitié sincère ,

Ma tendresse est au moins égale à sa misère ;

Au malheur qui la suit je me veux attacher.

Mais enfin quel sujet de me rien reprocher?

Je veux croire à l'amour dont votre âme est remplie.

En m'attachant à vous quand je vous ai servie ,

36 THESEE.

Trompant de l'avenir l'espoir déconcerté ,

Vous avais-je engagé jusqu'à ma liberté ,

Pour suivre aveuglément, sous l'espoir de vous plaire,

D'un amour suborneur l'inconstance ordinaire ?

ARIANE

Ainsi, je le vois bien , mon amour fut trompé.

Quel abus cependant d'un empire usurpé!

Que n'avez-vous pas dû , Thésée , à ma tendresse ?

THÉSÉE

Oui, de ma liberté vous fûtes la maîtresse ;

De vos bienfaits pour moi ses dons me sont témoins.

ARIANE

La liberté ! voilà tout le fruit de mes soins ?

En brisant tes liens , ingrat, qu'il te souvienne

De quels nœuds plus puissans j'ai dû rompre la chaîne;

Comment à ta prière , et trompant tous les yeux,

On m'a vue à ta suite affronter d'autres cieux.

Songe quels tristes fruits d'un si grand sacrifice

De ma première faute ont suivi l'artifice.

Ah ! pour tant de tourmens vainement supplié,

L'amour que j'eus pour toi, le Ciel l'a bien payé!

C'est peu, pour m'en punir, de la perte d'un père

A qui j'ai de la vie abrégé la lumière ,

Dans ma patrie en deuil appelant l'étranger,

J'ai déchaîné la main qui la dut égorger ;

Et moi, qu'elle appelait à porter la couronne,

Ja la'i vue en tombant me dérober le trône.

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