ACTE II, SCENE VII
Prévaut-ii sur l'hymen fondé sur une erreur Dont une nuit profonde a dérobé l'horreur?
OCTAVE
Vous ne le saviez pas?
MADAME d'oSMOKD.
Vous le saviez, barbare!
Et venez me chercher ?
Non. Cet instant répare Les tourments dévorés dont j'ai long-temps gémi; De mon féroce amour c'est là le dernier cri. Je reprends mon empire.
MADAME D'OSMOND
Et moi ! mon innocence.
Vous me rendrez, Octave, avec moins d'imprudence Qu'on ne vous les remit, mes lettres.
OCTAVE
Mes serments On me les rend. Le calme est rentré dans mes sens. J'essaierai dans le cours d'une vie orageuse, A retrouver la paix d'une ame aventureuse; Par l'orage excité je monterai plus haut, Jeté sur quelque écueil où luira mon tombeau.
MADAME D'OSMOND
Octave , il faut chercher dans un hymen durable L'oubli d'un souvenir stérile, inexorable.
OCTAVE
Moi! l'hymen après vous?
MADAME D'OSMOND
Après moi le bonheur;
Un repos assuré sur l'ancre de l'honneur.
Non. De changer mon sort l'effort est inutile ;
J'ai déjà fait l'essai d'un bonheur difficile.
Ce n'est pas qu'en effet constamment malheureux
Et condamné d'avance au sort le plus affreux,
Du triste isolement de ma langueur souffrante
J'attende des humains la pitié consolante.
Eh ! qu'attendre à la fin qu'amertume et douleur
D'un sort si mal compris, si différent du leur.
Le vulgaire intérêt qui suit mon existence
M'a de nombreux amis voué l'indépendance,
Non de ceux que l'on voit, sur la terre honorés,
La surcharger du poids de noms dégénérés,
Mais des amis ardents, jeunes, souffrants, sensibles,
Révoltés sous les lois de destins inflexibles;
Objet désespéré de leurs soins malheureux,
Ils pleurent comme moi, je souffrirai comme eux.
MADAME D'OSMOND
Le roseau se relève, Octave, après l'orage; Et tout change : espérez.
OCTAVE
J'espère en mon courage.