‹ Thésée, ou, Les lois de MinosChapitre 356 sur 517 · ACTE II, SCENE VIII · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE VIII

OCTAVE

A tous.

ROMUALD

Te voilà?

WESTMANN.

Solitaire, Loin du monde, occupé toujours de quelque affaire? Des noces de ta sœur le château retentit , Et Valcour est l'époux auteur de tout ce bruit. Prends garde, il fut à nous, et pourtant n'est qu'un traître ; En amitié perfide, en amour il peut l'être. Je t'en préviens, vois-tu, car je regretterais De te voir par sa faute attirer certains traits. Toi, d'un vil intrigant détourner les outrages Sur un nom désormais certain de nos suffrages; Avec tant de vertus, d'audace, de talents Qui t'ont de notre estime attiré les élans. Tu t'étonnes, mon cher, l'encens dont tu t'irrites Est cent fois au-dessous de ce que tu mérites. Jamais sans ton courage aurions-nous entrepris L'œuvre dont aujourd'hui nous recueillons les fruits? Notre système, ami, croît et se développe, Maître d'un coin du monde, et bientôt de l'Europe. Ce réseau sur la terre en étendant ses fils S'insinue et partout nous gagne des amis. Il m'effraie et déjà grandit plus formidable Que ces vains monuments élevés sur le sable , De la société ridicule tréteau Ou nous devons porter la hache et le marteau. Piltz est à nous; Wolfen, malgré la sentinelle,

Capitule; Spielzberd m'en apprend la nouvelle.

OCTAVE

Spielzberd un brave! allons , bien ! Mais ne croyez pas, Amis , me charger seul de mes lauriers ingrats. Ce que j'ai fait pour vous, vous en avez la gloire, Je n'ai que partagé l'honneur de la victoire; Je vous dois mes talents, j'ai grandi sous vos yeux; L'amitié rend peut-être un homme égal aux dieux.

PALMER

Tu naquis un héros , servir est ton partage , Ce n'est pas un forfait pour toi, c'est un outrage. Tel d'un sceptre vulgaire hérite au rang des rois Qui n'a pour l'usurper tes talents ni tes droits. Ton ame eût commandé , né dans le rang suprême , Et caché tes chagrins d'un triste diadème. Tu le braves; c'est bien : mais qui forgea les fers D'un secret fait lui seul à dompter l'univers, Si tu n'es pas un dieu ?

ROMUALD

Dans ton ame héroïque Oui, qui porta ce feu créateur prophétique? J'ai souffert, murmuré, je n'ai su qu'obéir, Et toi seul de nos fers as pu nous affranchir. Ton génie est un dieu qui déploya ses ailes Pour nous faire habiter des régions nouvelles.

WESTMANN.

Bannis, persécutés, déshérités de tous, Comme à son premier-né l'univers est à nous. Qui nous l'a fait ?

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