ACTE III, SCENE "VI
L'affaire manque à point et veut être achevée. Voici l'homme.
SULZER
C'est toi? je te croyais parti Pour long-temps.
VALCOUR
Je l'étais : on t'a bien averti.
J'ai fait invasion autour du voisinage, Et par un prompt retour terminé mon voyage.
SULZER
Volontiers ?
Non, forcé.
SULZER
Forcé !
VALCOUR
Quelques amis , Qui dans leurs rangs nombreux m'avaient d'abord admis, M'ont prié poliment de leur faire la grâce De prendre à mon retour auprès d'eux une place. Moi, de mon naturel j'aime à faire plaisir Aux gens qui puissamment expliquent leur désir. J'en avais jusqu'à vingt sur les bras. Fort du nombre, Je cède et me retrouve arrivé sans encombre, Escorté , ballotté , passant de mains en mains : Tu sais si quelquefois nos amis sont humains ?
SULZER
Quand on l'est. D'où viens-tu? dis: dans quelle embuscade De tes lâches plaisirs t'a conduit l'ambassade? Je vois ce qui t'arrive, et tu viens d'échouer
Aux mains de ces amis que je t'ai vu jouer;
Braves toujours armés pour venger l'innocence,
Au moindre cri venu d'alarme et de vengeance.
C'est bien fait. Faible ami ,tu nous avais quittés,
Tu recueilles le fruit de tes iniquités.
Ce désordre, ces mœurs tristement scandaleuses
Sont-elles donc du temps les charges onéreuses ?
Ouvrier dommageable, est-ce là la moisson
Des germes de vertus , et des fruits de raison ?
Oh ! nous, dans nos rigueurs nous ne pardonnons guères
A qui trompa du temps les dettes usuraires.
Part-il? on le dénonce; il vient, nous sommes prêts;
Sans rien voir il est vu; libre il est dans nos rets;
Il veut passer; qui vive? il voit la sentinelle;
S'il avance, il est mort; il est mort s'il chancelle.
Il nous portait la guerre, et la guerre est pour lui;
C'est ainsi qu'on voyage en pays ennemi.
VALCOUR
Oh ! tu pousses toujours les choses à l'extrême. Le monde, suivant toi, n'est donc plus qu'un système, Marchant par points réglés vers un but arrêté Dont, sans se compromettre, on n'est point écarté. Pour moi, je suis plus franc, plus libre en mon allure; Nous verrons quels retours suivront cette aventure, Et de nos francs vauriens les scrupuleux arrêts; En attendant j'arrive et brusque le succès. Il est tel, que je veux te le faire connaître; Et tu n'es pas si sot que de blâmer ton maître. J'apprends que de ces bords le prince souverain A d'un bonheur vulgaire un violent chagrin,