CHOEUR DE JEUNES ATHÉNIENS ET DE JEUNES ATHÉNIENNES
HELLÉ NIE
Tant de fois refusée et tant de fois offerte, La vengeance éloignée est trop long-temps soufferte. Rois qui nous punissez , et quel droit avez-vous De différer Ja mort qu'on fait peser sur nous, D'ouvrir, de refermer, de rouvrir nos blessures ? A vos lentes fureurs faut-il donc des tortures ? On condamne Hellénie , et le sang de ses rois , Aux échafauds s'avance au mépris de ses droits; Et quelle loi barbare , avec tant d'injustices , Peut à son gré proscrire et créer des supplices ? De cet inique arrêt j'ose ici murmurer, Et je demande à vivre avant que d'expirer.
TAU RUS
Souffrir pour ses sujets une mort même injuste , Fut toujours pour des rois un privilège auguste. Dans des malheurs communs, leur sang plus précieux Est un bienfait au peuple accepté par les dieux. C'est à vous d'accomplir cette tâche éternelle ; C'est un droit qu'on vous laisse, où le rang vous appelle.
THÉSÉE
Quel droit! il est affreux. C'est le droit de mourir, Même avant de régner, qu'on lui viendrait offrir.
6o THESEE.
Et voilà donc comment votre haine apaisée
Veille ici sur vos rois en attendant Thésée ?
La mort en veut au trône , on la frappe plus bas :
C'est aux miens qu'avant moi vous donniez le trépas.
MÉDÉE
Qu'est-il besoin, seigneur, qu'à vos yeux je rappelle De Pallante et de vous l'injurieuse querelle ? On ne vous a vengé que de vos ennemis.
THÉSÉE
Aussi plus près de moi les avez-vous choisis , Même avant mon retour, crainte de ma clémence.
MÉDÉE
Elle ne germe pas dans une telle offense.
THÉSÉE
Elle y germait pour moi. Poursuivons , il est temps , Ce qu'il nous faut souffrir d'indignes traitemens.
TAURUS
On a voulu flétrir ce tribut légitime Qu'aux expiations a consacré le crime.
L'honneur a fait tomber ces refus insensés. Peuples , approchez-vous ; Hellénie , avancez ; S'immoler aux besoins de l'état et du trône, Est l'exemple sacré que ce peuple vous donne.
THÉSÉE
S'immoler pour son peuple est le devoir des rois , Un privilège auguste , et le plus beau des droits ;