‹ Thésée, ou, Les lois de MinosChapitre 473 sur 517 · ACTE II, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IV

Ou îe tromperais-tu? Non, tu n'es pas coupable. J'ai seul commis le crime ; et seul j'en suis capable. De la statue offerte à l'encens des mortels J'ai dérobé l'image à ses nouveaux autels. Quand tu fus arrêtée, aux Dieux encor présente Au fond de la mosquée où n'est plus mon amante, Elle était invisible aux yeux des Musulmans , Par le ciel aveuglés d'éclairs éblouissans, Je la vois, je m'élance, et l'enlève à leur vue Pour exposer au jour ta vertu méconnue : Quand du peuple excité partout environné A la cour du Soudan je me vois amené. Je viens prendre ta place et confesser mon crime.

SOPHRONIE

De la foi des chrétiens tu serais donc victime?

Peux-tu bien à ce point trahir la vérité ,

Et ferais-tu douter de ma sincérité?

Olinde , ah! que dis-tu? quand je meurs malheureuse,

Ne m'ôte pas l'espoir d'une mort généreuse.

Veux4u donc à la mort quand je me viens livrer

M'en envier le prix pour me déshonorer?

Ah! c'est en me sauvant deux fois perdre la vie.

Ne m'ôte pas l'honneur d'une mort que j'envie ;

Ou si mon sort; ami, te cause tant d'effroi,

Partage la douceur de mourir avec moi.

OLINDE

Que dis-tu , Sophronie ! ah , quelle erreur t'égare ? Crois-tu donc à l'horreur de cet arrêt barbare?

Ne vois-tu pas l'ami qui pour briser tes fers Vient du camp des chrétiens partager tes revers? Je t'annonce en leur nom l'effet de ces oracles Dont Dieu daigne pour eux prodiguer les miracles. Daigne vivre et souffrir. De notre sainte armée Attends l'heureux retour dans la ville alarmée ; Et quand je vais pour toi prendre ma place aux cieux, Reçois de moi le jour que je vais rendre aux Dieux.

SOPHRONIE

Non, je ne reçois point ton funesîe service.

Accepte de mes jours le dernier sacrifice. Tu vivras, Sophronie.

SOPHRONIE

Et tu mourras pour moi ?

Olinde, ce moment ne te fait point d'effroi ? As-tu donc , comme moi, perdant tes espérances, Le seul droit de mourir, né de tant de souffrances? Des hommes et du sort le funeste abandon Te rend-il cher du ciel le généreux pardon? Vis pour briser nos fers, et venger notre outrage. Relevant des chrétiens le glorieux courage , Attends que de leur camp repoussant l'ennemi Ils viennent louer Dieu dans le temple affermi. Ne me suis pas, adieu!

OLINDE

Quelle est donc Ion envie?

Je t'arrache à la mort ou suivrai Sophronie

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