‹ Thésée, ou, Les lois de MinosChapitre 475 sur 517 · ACTE II, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE V

Qu'est prêt à dévorer un dragon furieux ,

Lorsque d'un dard rapide et plus prompt que les yeux

Un vaillant chevalier de la mort la délivre,

Et d'un œil inquiet semblait eucor la suivre.

Cet unique entretien de ses tristes loisirs ,

De la reine attendrie excitait les soupirs ,

Et ce plaisir si doux que son charme prolonge

Est l'échange des pleurs où chaque jour la plonge.

Enfin dans ces ennuis vous recevez le jour,

Mais par un de ces traits qui n'est dû qu'à l'amour,

Au puissant chevalier en beauté si semblable

Qu'il rend suspect en vous le père véritable,

Et fait prévoir déjà sur vos naissans appas

Le casque et le pavois qui charge votre bras.

Alors à son époux pour dérober vos charmes ,

Soit crainte contre vous de lui donner des armes ,

Soit crainte de ce culte où vous allez périr,

Qui vous livre à l'erreur ainsi qu'au repentir,

Votre mère en ses bras élevant votre enfance :

« 0 î dit-elle, mon Dieu, tu sais mon innocence,

» Mais je suis trop coupable encor qu'innocemment

» Pour éviter jamais ton juste châtiment.

» Que ma fille du moins, digne de ta clémence,

» Obtienne de mes soins une autre récompense;

» Je n'ai pu lui léguer l'exemple du bonheur,

» Qu'elle tienne de moi les leçons de l'honneur;

» Elle apprendra d'une autre à savoir être heureuse;

» Aplanis, ô mon Dieu! sa route dangereuse. »

A ces mots dans mes bras avant que d'expirer,

Et de quitter le jour qui va vous éclairer,

Elle charge mes soins de la garde fidèle

Du précieux berceau que j'emporte loin d'elle ;

Et sitôt que sur vous la main d'un Dieu sauveur

Des trésors de sa grâce ouvrira la faveur,

Me presse au nom du Ciel , que j'atteste moi-même ,

D'en épurer la source aux ondes du baptême.

Nous partons; je vous suis loin du palais des rois. Les monstres des forêts fléchissent à ona voix ; Enfin nous arrivons dans la cité divine. Vous croissez à l'abri de la sainte colline ; Et trop tôt confondue avec des Musulmans Où vous perdez bientôt l'éclat de vos beaux ans, Vous quittez votre Dieu , votre rang, votre gloire, Et de votre naissance oubliez la mémoire. Moi-même , trop séduit par vos premiers exploits , Je n'ai pu du vrai Dieu vous annoncer les lois. Je n'ai pu vous laver dans la source sacrée Où d'un levain mortel l'âme sort épurée. Des chrétiens de l'Egypte ainsi l'usage est fait Qui d'un âge trop tendre écarte ce bienfait , Et veut que de ses dons l'âme favorisée Soit de son aveu même au pardon disposée. Mais enfin sur vos jours pressé d'un juste effroi, En danger de la vie en risquant votre foi , Je ne saurais braver la menace cruelle D'une damnation qui doit être éternelle. Du secret de vos jours je dois vous avertir; Méritez le pardon par votre repentir.

Songez à vous sauver.

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