Molière, M, de PourceaugnoCy act. I, sc.*n
lez-YOUs en venir? car ce préambole, je vous l'arone, me fait redouter une de ces propositions devant lesquelles reculent les plus déterminés courages.
— n n'y a pas encore à s'épouvanter. Je crois, pour moi, que ces verbes sont ou doivent être complets et réguliers ; tout le monde ne partagera pas sans doute cette opinion, mais enfin c'est la mienne.
— Prouvez-la, lui dis-je.
— Si je pouvais la prouver, continua-t-il, ce ne serait plus une opinion, ce serait une vérité reconnue, désormais incontestable, et nous n'en sommes pas là. Mais consultons à la fois les livres anciens et les règles plus modernes des grammairiens ; et tâchons de former ces verbes dans leur entier ; ou plutôt leurs simples, d'où nous conclurons les composés tout à l'heure.
Je commence par choir : ce verbe s'est écrit autrefois chéoir ou cheoir; il aurait dû s'écrire toujours ainsi, car le futur s'en forme régulièrement, je cherrai^
Tirez la bobinette, la chevillette cherra.
dit la vieille grand'mère dans le Petit chaperon rouge; et tous les composés sont réguliers en ces temps, je décherraiy il dècherra^ il nous mescherra ou mescherrait sty etc.
L'infinitif et le participe passé sont partout et incontestablement chUy déchu, échu ; et les prétérit et optatif sont aussi je chus, je déchus, il échut, quoiqu'ils aient été autrefois je chiis.
Il chéit en la mer et fut noyé.
Il sembloit que les estoiles chéisserU,
De peur que je ne chéisse '.
n n'y a donc de doute que sur les temps qui se forment du
t. JoinTiUe, BiH, âetaint louis, p. 51, 102, 131.
participe présent et du présent indicatif. Le participe présent de cheoir est chéant^ qu'on retrouve dans le composé échéant ; le cas échéant. Les dictionnaires refusent ce temps à déchoir^ mais c'est sans raison ; il est nécessairement déchéanty indiqué d'ailleurs par le substantif déchéance. Le présent de l'indicatif fut autrefois je chiès^ tu chiès^ il chièt, contracté depuis en chèSf chèu
Aventure est quand bien en thiét^ On voit souvent qu'il en mesekiet*.
Les chevaux leur chéent sur les corps et les noient*.
mais il a nécessairement changé et est devenu je chois, tu chois, il choit^ puisque le verbe décheoir, le plus complet de cette famille, fait à son présent indicatif je déchois, tu déchois, il déchoit; il en est de même d*écheoir, quoiqu'on écrive et qu'on prononce quelquefois échet; si le cas y échet.
Avec ces données nous pouvons former tout le verbe, dont les temps se conjugueront ainsi: je c?iois, tu chois^ il choit, nous chéons, vous chèez, ils choient; imparfait: je chèais, tu chèais, il chèait, nous chèions, etc.; subjonctif: que je choie, que tu choies, qu'il choie, que nous chèions, que vous chHez, qu'ils choient.
Le verbe décheoir doit suivre la même analogie, et il faut rejeter les formes nous déchoyons ^ vous déchoyez^ qui ne sont formées de rien, et qui, si elles avaient un sens, signifieraient noue cessons, vous cessez de choyer. Il en est de même au subjonctif, où les personnes terminées par des e muets peuvent seules avoir le son déchoie; les autres sont, comme pour l'imparfait, nous déchèions, vous déchèiez, etc.
— Après tout, lui dis-je, vous n'exigez ici que le sacrifice des deux personnes très-peu usitées nous déchoyons, vous