Glotsaire de la langue romane, aux mots âge et eau
23â QU'AINSI NE SOIT.
comme après la préposition en Toreille entendait le son nage^ on y a, dans récriture , substitué ce mot déjà usité dans la locution à la nagty et dans le verbe nager.
Efikfoer un homme comme vm corps samt. — Un corps sainte c'est le corps d'un saint, c'est-à-dire ce qui est environné du respect, de la vénération de tous, à quoi on ne touche qu'avec des précautions infinies. Or, selon l'Académie, enlever quelqu'un comme un corps saint, c'est l'enlever de vive force, sans qu'il ait le temps ni le pouvoir de résister ! Gomprendra-t-on jamais une telle comparaison? C'est corsin qu'il faudrait dire, en un seul mot. Les corsins étaient autrefois des gens qui faisaient la banque en plein vent, qui excitaient souvent les plaintes du menu peuple, et que la justice empoignait sans beaucoup de façons. La comparaison était donc aussi juste que naturelle. Quand le mot corsin a été oublié, l'oreille en a fait l'homonyme composé corps saint ; mais on a par là rencontré une absurdité tellement grossière qu'on a de la peine à comprendre que l'Académie l'ait admise.
S'amusera la moutarde, — Désaugiers, dans la jolie chanson qu'il a faite sur l'opéra de la Vestah, a mis ces vers :
Et l'amant qui i'seat morveux, Voyant qu'on crie à la garde, S'esbigne en disant : Si j'tarde, Si j'm'amuse à la moutarde, Noos la gobons tous les deux.
Comme la moutarde n'a rien dont on se puisse amuser, l'expression serait absolument inintelligible, si l'on ne se rappelait qu'un prédicateur ayant promis de placer trois fois ce mot au commencement de son sermon, y fit en effet trois phrases dans ce genre : Moult tardent^ les pécheurs à se con-
1. Quand nous employons aujourd'hui ce vieux mot moult , nous faisons sentir I et I : ces deux lettres étaient muettes autrefois; on prononçait num. Voy. Génin, Variaiiont du langage, etc., cta. ii.