D'ÉTYMOLOGIE ET DE CWTIQUE
M« Littré a publié en 1863, sous le titre : Histoire de la langue française ou Ètiuies sur les origines^ Vétymologie^ la grammaire^ les dialectes^ la versification et les lettres au moyen âge^ un recueil d'articles publiés à différentes époques, et insérés à Toccasion de divers ouvrages dans le Journal des SavantSf la RewAe des Deux-Mondes^ le Journal des Débats. Le sujet constant de cette publication, c'est la langue française considérée surtout dans son origine et les phases diverses de son développement. On juge avec quel plaisir j'ai dû lire, avec quelle attention j'ai étudié ce beau livre, dont l'auteur avait bien voulu me gratifier. Py ai admiré comme tout le monde, son érudition exacte et consciencieuse, son soin scrupuleux dans la recherche des preuves, sa prudente réserve dans les conséquences à en tirer, en un mot, toutes les qualités qui font de l'Histoire de la langue française un ouvrage de premier ordre.
Toutefois dans ce grand nombre didées par lui proposées, il y en a quelques-unes qui ne m'ont pas paru suffisamment prouvées, et sur lesquelles je serais bien aise d'appeler de
1. La première et la troisième partie de cette thèse ont été insérées dans ItL Bmeuê de ^insiruetion publique, numéros des 24 novembre et 1*' décembre 1864.
nouveau son attention, soit pour qu'il apporte de nouvelles preuves, soit pour qu'il réduise lui-même ses assertions à ce qu'elles ont d'incontestable. Tel est dans les sciences le vrai profit à tirer d'une critique loyale; c'est qu'on arrive enfin à la vérité démontrée, ou que du moins on suspend son jugement jusqu^à ce que la démonstration soit complète.
Les points sur lesquels les raisons de M. Littré ne m'ont pas convaincu, sont au nombre de trois, le Déplacemmt de V accent latin dans quelques mots français; Y Origine des futurs de nos verbes et YEstime qu'il convient de faire de la poésie du moyen âge. Dans l'examen de ces trois points, je rappellerai Topinion de l'auteur et j'exposerai brièvement mes objections à son système.
L Déplacement de Faecent latin dans quelques mots français. — 11 y avait dans les mots latins une syllabe plus fortement prononcée que les autres. C'est ce que nous nommons la syllabe accentuée ou la syllabe forte : et cette syllabe est restée ce qu'elle était en latin, je veux dire la syllabe accentuée dans toutes les langues novo-latines, en particulier dans la langue d'oll et le provençal. C'est la règle générale, et elle n'est pas contestée. Mais enfin il y a des exceptions. D'où viennent-ellesT c'est ici que l'on peut n'être pas d'accord.
M. Littré écrit : c Yûltur a donné correctement en espagnol buitre. Hais en français vautour suppose un vultûrem au lieu de vûlturem*.... A côté de chanvre dont l'accentuation reproduit cannabis t il y a un ancien mot cavène qui force d'admettre un cannabis..,. Il n'y a aucune pétition de principe à remonter de l'accentuation romane à une accentuation fautive, mais antique (p. 33). » — Je crois que la pétition de principe existe. Le changement anomal de l'accentuation.
1. L*ezemple n'est pu bien choisi : les latins disaient aussi ouUimiw avec l'accent sur tur; c'est de là que nous avons tiré vautour.