‹ Théses d'histoire et nouvelles historiquesChapitre 119 sur 226 · D'ÉTTMOLOGIE ET DE CRITIQUE. S · texte numérisé non relu

D'ÉTTMOLOGIE ET DE CRITIQUE. S

voilà le fait incontestable. Mais où s*est-il produit? est-ce dans la langue mère ? est-ce dans la langue dérivée ? La pétition de principe consiste ici précisément à affirmer Tune de ces deux propositions lorsque nous n*avons à cet égard aucun renseignement certain. Il y a même des cas où le déplacement de l'accent est un produit évident de notre langue; c'est lorsqu'une série de formes régulières l'amène nécessairement. Alors l'observation exacte de la règle est l'exception, et c'est une erreur d'en chercher l'explication dans la langue latine.

M. Littré remarque par exemple (p. 33), que manger est très-bien formé de manducdre; mais qu'à l'impératif mange avec l'accent sur la première syllabe, ne répond plus à mondiica qui l'avait sur la seconde. Il explique cette irrégularité en disant que manger est pour manjuer qui faisait à l'impératif manjue et répondait ainsi parfaitement au latin. Cette explication peut être vraie historiquement; mais la théorie générale n'en a pas besoin. Étant donné l'infinitif monter, la suite des formes conjuguées amène nécessairement l'indicatif présent je man^eetmon^e à l'impératif. Yeût«il eu dans l'ancien français une forme tnat^, elle aurait disparu si l'infinitif tnat^'ner n'était pas conservé. C'est ainsi que tous nos verbes ont à lain*emièreet à la seconde personne du pluriel, les terminaisons ons eiez qui contredisent l'accentuation latine dans les verbes de la conjugaison brève. Préndimus, prénditis^ auraient par l'accent donné nous prenmes , vous prentes ; nous disons : nous prenanSf vous prenez; flngmuSf fingitis auraient fourni de même nous finmes » vous fi/ntes^ au lieu de nous feignons^ vous /*eîgneZf etc., etc., et les mots voits ttes^ vous faiteSy vous dites^ qui reproduisent l'accentuation latine de istis^ fàcUis, dicUis^ sont chez nous des exceptions uniques. Faudra-t-il supposer pour expliquer notre conjugaison régulière, les barbarismes latins prendimuSf prendttis^ fimgimus^ fingitis^ et ainsi de suite pour tous les verbes? Non assurément. Nous avons formé

notre com'ugaison d'une manière générale d'après la conjugaison latine, et nous y avons soumis ensuite tous nos verbes, sans nous occuper de la formation ou de l'accentuation régulière du latin.

Le même raisonnement se reporte sur beaucoup d'autres mots, où il semble que les barbarismes forgés pour les expliquer sont tout à fait superflus.

« Hommage^ dit M. Littré (p. 34) vient de homo. Là le bas latin des notaires hommagivim ne nous apprend rim ; mais en recomposant la finale âge en aticum dont elle est l'équivalent, on trouve hominaticum, • -* Entendons -nous bien là-dessus. Hommagium ne nous apprend rien parce que c'est le mot vulgaire hommage qui a été affublé d'une terminaison latine. Mais hommaticum* nous apprend-il quelque chose luimême? Je l'accorderai volontiers s'il a réellement existé dans le latin. S'il n'est qu'une création desérudits modernes pour donner un corps à leur hypothèse, ou représenter ce que le mot eût été pour les Latins, en supposant chez eux une série . d'événements féodaux qui leur auraient fait tirer A^honUnis un a4jectif analogue à sUvaiicus venu de nJt^a, à mcuicm de DÛ», et d'où nous avons à notre tour formé sauvage et voyage; j'aime beaucoup mieux croire que la finale âge signifiant soit une action, soit une suite d'actions^ et par conséquent une habitude ou une obligation de faire, s*est appliquée, suivant l'empire des coutumes ou des circonstances, à un grand nombre de mots qui n'avaient pas leurs correspondants en latin. On a dit hommage comme servage^ vasselage^ comme nous disons aujourd'hui, chauffage^ éclairage, brochage, satinage, sans remonter à une origine latine qui n'a jamais existé-.

1 . J'ai quelques doutes sur la correction étymologique de ce mot. Dans tous ceux que ma mémoire me rappelle, sUoaiieut, viatiaUf umbratieut, la terminaison est ticus; Va appartient au premier élément. Or, d'où viendrait cet a dans hominaticumP la déclinaison d'Homo ne pourrait amener que hominUieum, d'où n'aurait jamais pu sortir hommage»

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