D'ÉTYMOLOGIE ET DE CRITIQUE
plus improbable. En italien , par exemple » le futur de la conjugaison en (irt devrait être en arô^ et point du tout, il est ener(J. Comprerd, j'achèterai, comprerai^ comprerà. Expliqueznous donc cet e qui précède la terminaison, lorsque votre composition devrait maintenir Va partout. Au pluriel , nous avons dans les trois conjugaisons compreremo^ venderemo^ serviremo. Qu'est-ce encore que cet e dans la terminaison emo, quand le verbe habere donne abbiaTno? Si c'était cette forme qu'on eût employée en supposant même le retranchement des lettres abbi^ on serait arrivé à compreramo^ vendes ramOy serviramo^ qui n'existent pas.
8<* En français aussi l'e fermé à Tinfinitif devient muet au futur. C'est un changement très-notable qui a pu se produire dans le cours des siècles, j*en conviens. Toutefois, la composition indiquée ne le fait pas supposer d'avance. Les verbes en oir^ qui retranchent la diphthongue au futur, forment encore dans ce système une difficulté considérable. Ifouvoir devrait faire je mou/ooir-ai; devoir/jedevoir-ai; avoir ^yavoirai^ et savoir f je savoir-ai. Gomment, par une simple juxtaposition de mots, expliquer ces contractions énormes, je mouvrai , je devrai, j'awra», je saurai?
9"* Ce sont surtout les verbes dont le futur est irrégulier qui deviennent embarrassants. Nous avons pour le verbe itre au futur serai, seras, sera, serons, serez, serora, qui semblent bien s'être formés, par la simple prosthèse de 1'^ , du futur latin s-ero, s-eris, s-^rit, s-erimus, s-^ritis, s-erunL Point du tout, il faut le composer de ai, as, a, et de l'infinitif ^er. Mais d'où sort-il, celui-là *? ilJter fait au futur j'irai. Y a-t-il donc un infinitif ir? Pourquoi n'avoir pas dit yallerai? Cette composition était bien facile, et dans le système proposé, j*irai est un
1 . Géoin dit que je serai est pour yeuerai, lequel n'est autre que y esterai tiré lui-môme de stare. Voyez les VariaHont du langage français depuis le douMième siècle ^ p. 365. On voit par cet exemple combien il y a encore d'incertitudes sur tous ces points.
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barbarisme gratuit et inexplicable , puisqu'on ne le tire pas du latin.
lO"" Je ferais je mo/uirrai^ je Tpowrai appelleraient des observations semblables ; et dans notre ancienne langue ^ nous trouvons beaucoup de futurs qui ne se prêtent pas mieux à ce genre de composition : yorraiy futur d'ouir ; je tairai de lais^ ser;}e donrai et surtout je durrai, de donner; je girai ou gier-rai de gésir; je taurai de tollir; il torra pour tournera; ils meinront pour meindront; je barrai ou baurai pour haiUerai. On lit dans une traduction des Psaumes faite au douzième siècle ces versets dont le texte latin est dans toutes les mémoires : « Oilz unt et ne verrunt,; oreilles unt et ne orrunt; piez unt et ne irunt. » Et ailleurs dans le psaume Super flu^ mina Babylonis : «Comment canterumrmis le cant del Seignor en estrange terre ? Si mei ne rememberra de tel, » etc. Et dans le onzième siècle : « Vous lui durrez (donnerez) ors (ours) et lions et cbiens^ » Ciomment expliquer avec le verbe avoir ces irrégularités étonnantes? la finale um à la première personne du pluriel, au lieu de avum? le doublement de IV dans verrunt j orrunt^ rememberra? la contraction des infinitifs laisser^ donner ^gisir y toUir^ tourner^ meindre^baHler^etc^t... Ces altérations énormes s'expliquent d'elles-mêmes par le passage d'une langue à une autre ou par la nécessité de former des temps complets dans des verbes qui ne les ont pas encore ; elles sont vraiment inconcevables quand il n'y a qu'à accoler des mots déjà connus et usités.
1 1"* n y a de plus un fait dominant dans la langue française, et qui régit tous nos verbes sans une seule exception : c'est la corrélation intime du flitur et du conditionnel, j'aimerai et yaimerais. Il est évident que ces deux formes se tiennent de la façon la plus étroite ; que ce que Ton dit de l'une doit se dire de l'autre; que si le premier s'est formé
1. M. Littrô dans aon Dictionnaire de la langue françaue , au mot dotmer.