D'ÉTYMOLOGIK ET DE CRITIQUE
du présent d'avoir, le second s'est formé ^e l'imparfait : qu'ainsi yaimerais est pour j'atmer-avai^; nous aimerions pour nous aimer^vionst et ainsi du reste. Mais qui oserait le dire t Qui ne sait que notre conditionnel vient de l'imparfait du subjonctif latin , qui avait ce sens et cette forme ? amarem , yaimerais; finirem^ je finirais, et de môme des autres.-
12"* Le futur français s'est donc formé, non par la juxtaposition contradictoire et impossible de deux mots qui ne lui donneraient pas sa signification, mais comme le conditionnel et les autres temps, d'un de ceux du verbe latin. Maintenant quel est ce temps ? Ce n'est pas le futur simple amabo, moneho^ kgam, etc., qui n'a pas l'r caractéristique : c'est le futur passé amaverOy finierOf legero, audivero^ qui contracté selon l'habitude latine et surtout selon la nôtre, est devenu amdrOf finiro, Ugro^ audiro; d'où j'aimerai, finirai ^ lirai ^ ouirai. Le futur passé est encore un futur; et le passage de y aurai aimé à j'atmeroi est aussi naturel et aussi facile que celui du plusque-parfait amavissem^ contrc^cté en amdssem , à l'optatif j'aimassê^ qui n'est contesté par {personne.
la^" n y a, dira-t-on, la difficulté de l'accent, qui est en latin sur la pénultième ou l'antépénultième, et en français sur la dernière. J'en conviens. Mais d'abord les déplacements d'accent ne sont pas rares; et, en second lieu, lorsqu'il s'agit de terminaisons cataloguées comme celles de nos verbes, n'est-il pas évident, ne savons-nous pas avec certitude que l'analogie nous emporte et que nous mettons les terminaisons de nos temps français, sans nous soucier du latin ni de ses accents? J'ai cité comme exemples tout à l'heure quelques verbes français; tous ceux que nous avons tirés de la conjugaison en ère bref, et qui ont leur infinitif en re, pourraient servir à leur tour. Quant à ceux à qui nous avons donné la terminaison en er, comme exprimer, résumer, etc., n'est-il pas clair que nous leur avons appliqué la série des terminaisons de notre première conjugaisoup
quoique celle-ci fût tirée des verbes latins en are et que Taccentuation y contrariât continuellement celle des verbes latins?
Dans notre conditionnel même, qui vient sans contestation de l'imparfait du subjonctif latin, les accents sont tous déplacés, puisqu'ils portent en français sur la dernière syllabe. Qu'en conclure? sinon que nous avons appliqué au conditionnel les terminaisons déjà connues de notre imparfait, après en avoir tiré les figuratives de l'optatif latin.
14<» On peut conserver quelques doutes sur les terminaisons rOf riSy rU^ rimus, ritis^ rint^ qui ne donnent pas facilement les finales françaises rat, ras, ra, rons, rez, roru. Les consonnes y sont bien ; les voyelles demandent à être expliquées. Sans doute on a fait là ce que l'on a fait pour le conditionnel. La forme caractéristique du temps était donnée par les consonnes ; on a emprunté les terminaisons personnelles à des temps déjà connus, savoir : le singulier ai, as, a, au pi^étérit des verbes de la première conjugaison y aimai, tu aimas, il aima S et le pluriel ans, ez, ont, au présent de Tindicatif nous aimons, vous aimez, ils aimont. Cette dernière désinence, qui n'est correcte aujourd'hui que pour les verbes itre, faire, avoir et aller (ils sont, font, ont, vont), répondait à une contraction des finales latines uni et iunt; et elle a été certainement populaire en France puisqu'elle s'est maintenue jusqu'à nous dans les campagnes, ainsi que le montrent ces mots de Molière dans Don Juan (II, 1) :
Ta vois bien qu'ils noas appeJont, Ils Vavont habillé tout devant nous.
1 . La première personne du singulier j'at ne s*est-elle pas formée ellemême par Timitation de nos prétérits? Habet , habet ont très-bien donné as et a; mais comment habeo aurait-il produit aif Àmavi, amastif amâ/oit ont au contraire donné naturellement aimai, aimas ^ aima; et Tanalogie de a« et a aux seconde et troisième personnes conduit à la première ai qui ne pouvait pas sortir d'fcodeo.