TROIS QUESTIONS D'ÉTYMOLOGIE ET DE GRITIQUE
c'est ainsi que, laissant de côté la question de la supériorité du Dante sur ses successeurs, il trouve et déclare la Dwine comédie bien inférieure soit à la Jérusalem délivrée^ soit au Roland furieva.
J'ai dû insister sur ces points, parce que Touvrage de M. Littré, si plein de détails intéressants et nouveaux, est de plus composé de manière à entraîner le lecteur. On aime à se faire des idées générales et absolues, et pour peu qu'elles semblent s'appuyer sur des raisons nombreuses, et présenter aussi la science dans un ensemble facile à saisir, quoique très-vaste, on se livre au plaisir de réunir tant et de si grandes connaissances sous un seul coup d'œil, et Ton adopte, sans trop de peine, les vues d'un savant qu'on lit avec tant de charme. C'est là justement le danger; et il est bon que la critique vous avertisse et vous dise : c Les choses sont souvent plus complexes que l'auteur ne les fait. Entraîné lui-même par son système, il vous donne comme sans exceptions des règles qui en ont peut-être beaucoup. Prenez-y garde. Vous trouverez chez lui mille idées justes, dont vous aurez raison de profiter ; mais il y en a quelques-unes ju'il n'a considérées que du côté qui l'intéressait le plus, lequel n'était peut-être pas le plus large ou le plus important. Étudiez-les sous cet autre aspect vous connaîtrez mieux les choses, et cette connaissance plus complète et plus exacte, si elle vous éloigne un peu de votre auteur, ne le fera certainement que pour vous rapprocher de la vérité. »
J'avais dit, dans mes Thèses supplémentaires de métrique et de musique anciennes y de grammaire et de littérature^, que « les épigraromes contenues dans VAnthologie grecque sont presque toutes fort plates, sans sel, sans tournure, sans originalité. » Un critique qui ne partage pas mon opinion en ce point, et qui ne se distingue pas toujours par l'urbanité du style, m'a répondu, non par Texamen et la discussion de mon jugement, mais par cette question nouvelle que je transcris littéralement* : < Gomment lui prouver, comment prouver à la demi-science tenace, loquace et raisonneuse, comment démontrer à M. Prudhomme, docteur es lettres, qu'on ne sent pas plus mal ni plus à faux que lui, et que Ton n'a pas si tort de goûter ce qu'il rejette? »
Le moyen, ce semble, était bien aisé : c'était de citer quel ques-unes de ces épigrammes qu'on nous dit si jolies *. Cela
1. Cette dissertation, écrite en mars 1864, à Toccasion d'un article de M. Sainte-Beuve inséré dans le Constitutionnel du 1 1 janvier précédent , a plus d'importance que son titre n'en parait annoncer. Mon véritable objet, c'est la comparaison de l'art des anciens et des modernes dans la composition de ces petites pièces de vers.