Voyez Farticle cité du Conttitutionnel
4. M. Sainte-Beuve en cite une qu'il trouve d'autant meilleure qu'il me l'applique ; la voici : « Peste soit de ces critiques au. front bas, qui ont la physionomie d'une brebis contente d'elle-même ; et ce sont eux qui prétendent peser nos fleurs! » Cet exemple n'est pas de nature à changer mon sentiment. Dire qu'un critique a le front bas , qu'il a la physionomie d*une
tlk LES APIGRASDCES ŒLBOQCXS^
était particalièremeat facile deprô qjoe M- Dehèqœ noos a donaé une tradiK*tîon complète et fidèle de TArUholcjvt grjsoî'j^K En oorrant le recneil au basant cl transcriTaDt une douzaine de pièces> on aurait montré anx pin» a^ieogles qui de nous ju^^ait le mîeui. Au reste, ce diasBolLaent tout personnel n*a aucune importance IcL Ce qai «i a beaacoop plu5^ c wt Ueiamen des ait» et les conaéquBnœi (^'on en peut tirer sur la marche et le progrès des arts. Cest le point que je me propose de traiûer ici» non pas dans sa gén^alité', mais en me restreignant i ces petites piècesy pensées, ma^ drtgau:c. eptgnmmes» qu'on réunit quelquefois sons le titre de 'it'ejTîtjr Uifiiives: et je pose *out d'abord ma condnson, savoir, que V in^hoio'jie jr^rpis na pour noua aŒjoordTim qu^une valeur histonque au d*4ruditioa; qu'elle a*a à pett près aucun intérêt littéraire ou poétique: antrement dit, que quand jn veut y trjuver cet intérrit, an est obligé dlmd^lner soinnème ce qui n'est pas d«» le terte. Je ras expi liftier ma pensée.
Tout le monde i lu« $ait dans nos dmetiàno» soit dans uo^ egtises» 5urtuul aux iiape les de la sainte Vierger des inscnpuou* tuiiemire* ju n.Jti^-es ce que les aoôana appelaiiMU iîtt-ç«,v^Ajtr« iitrn»;i.vut m »«dïttâKrtML Cfift inacTiptiottS peuvent 4voir une vsûeur iistontrue, et Tauraient en rfTet danî^ an nilher i'iuiiet^K oui^^au tnles doanfiraioit alors, à V-^u i^ouv.tu V rtx*miilu\ if;^ if taiîs .^ertams air quriqucs |)vr^uiiia^v.s vuit'liiueî^ uveiuiou^^ quelques Goutnmes» quelqutcv iau^s oic , ^K c «5*4 >5 ^ue :iou:j truuToiis dans les épi-
^ ^ ^^ ^ * *. -v» i^xu^.i.^, .ui e a».'uuo on .onYiendra. Je
:ikaiuu te ctitte tiaduc-
«• ......I.... ^ uuifrr.. : -ont «ntwc.
Hais ces mêmes inscriptions ont-elles une valeur littéraire? Assurément non, puisque Ton se borne presque toujours à énoncer le fait, sans s'occuper de donner à l'expression une tournure qui la rende agréable ou la fasse assez remarquer pour qu'on aime à s'en souvenir.
Il en est de même de toutes ou presque toutes les épigrammes grecques*; elles disent simplement la chose, comme on le voit par ces exemples de deux inscriptions, Tune funéraire, l'autre votive :
Zenon de Citium mourut, ditron, de vieillesse ou de maladie; d'autres assurent qu'il se laissa mourir de faim (VU, 118).
Praxitèle a sculpté en marbre de Parcs une Danaé et des nymphes vêtues, et moi Pan en marbre pentélique (VI, 317).
Telle est la forme générale des pièces réunies dans l'ilnthologiô, et c'est pourquoi Laharpe a dit dans son Lycée (1, 9, § 3), avec beaucoup de raison suivant moi : « Les épigrammes recueillies par Agathias, Constantin, Planude et autres qui forment l'Anthologie grecque^ ne sont guère que des inscriptions pour des offrandes religieuses, des tombeaux, des statues, des monuments; elles sont la plupart
1. M. Th. Gautier écrit dans ses Grotesques (n* VII), en parlant d'un sixain de Colletât : « Il me semble une vraie et naïve épigramme à la grecque, c'est-à-dire sans sel ni pointe. » C'est le jugement de Racan, si plaisamment raconté par Perrault dans son Parallèle des Anciens et des Modernes, t. I, p. 36. Ce pofite, s*étonnant de l'insipidité des épigrammes grecques qu'un de ses amis lui traduisait, celui-ci lui répondit que c'était le génie de ces sortes d'ouvrages parmi les Grecs, en un mot que c'étaient des épigrammes à la grecque. — « M. de Racan baissa la tête et crut devoir se rendre à un homme qui en savait plus que lui. À quelques jours de là, ils furent invités à un repai où l'on servit une soupe fort maigre, fort peu salée, qui n'était^ à la bien définir, que du pain trempé dans de l'eau chau4e. Le défenseur de l'Ànthologiey qui avait tftté de la soupe, demanda à H. de Racan ce qu'il lui en semblait. Je ne la trouve point à mon gré, lui répondit-il ; mais je n'ose pas dire qu'elle est mauvaise : car peut-être est-ce une soupe à la grecque, »
d'une extrême simplicité, assez analogue à leur destination. C'est le plus souvent l'exposé d'un fait. »
On sait qu'il en est autrement chez nous ; et que le fond n'étant presque rien dans ces petits ouvrages, nous voulons que la forme le relève un peu. Nous tâchons qu'il y ait dans ce qu'on nomme le traita le sel, la pointe ou le bon mot^ une disposition assez fine ou assez inattendue pour frapper l'esprit et lui plaire. Voici, par exemple, de Pons (de Verdun) une inscription pour un drapeau :
Sur le champ de bataille où l'honDeur nous conduit, La mort fuit qui la cherche et cherche qui la fuit.
C'est ce que nous appelons une pensée ou sentence. Le sens est exactement le même que celui-ci : « La mort épargne le brave et frappe le lâche. > Mais quelle différence dans l'expression 1 Cette opposition non-seulement dans la pensée, mais dans l'arrangement des mots fuit qui la cherche et cherche qui la fuity est précisément ce qui fait le sel de l'inscription et qui nous la rend agréable. Ailleurs ce seront d'autres combinaisons, d'autres rapprochements; peu importe quoi; toujours faut-il qu'il y ait quelque chose; et quand nous ne l'y trouvons pas, nous disons que la pièce est plate ou maussade ^
Ce sens étant ainsi déterminé et bien compris, on voit à quoi se réduit la question posée tout à l'heure. On peut passer en revue les quatre mille cinq cent soixante ou quatrevingts épigrammes de VAnthologie, et noter celles qui satisfont aux conditions exprimées ici. On verra qu'à l'exception d'une vingtaine peut-être, elles nous semblent des platitudes, parce que les Grecs n'avaient pas encore trouvé l'art
1. Voyez dans \e Journal des Débats, du 4 décembre 1864, Tarticle aussi savant que développé que M. Egger consacre à la traduction de VA.nthologiê grecque par M. Dehèque , son beau>père. II en relève avec soin tous les mérites; il montre l'intérêt que ces petites pièces ont pour nous, soit par les pensées, soit par rapport à Thistoire. Il ne dit pas un mot de leur forme, la seule chose qui nous semble aujourd'hui en faire Tagrément.
d*eiprimer finement et agréablement la pensée, lorsque cette pensée, prise en soi, n'avait que très-peu de valeur.
La différence entre eux et nous sur ce point est donc manifeste pour qui connaît un peu nos épigrammes et nos madrigaux et qui y compare la longue suite des épigrammes grecques. Je n'ai pas envie de faire en détail cette comparaison qui serait interminable et fastidieuse. Mais nous atteindrons le même but et d'une manière bien plus rapide et plus intéressante, en considérant dans une douzaine d'exemples, comment le même sujet, la même pensée fondamentale ont été exposés et développés chez les anciens et chez nous. Ce sera le goût de chacun qui décidera; mais il faudrait en manquer absolument pour n'être pas au moins frappé de la différence des formes, et ne pas préférer l'une à l'autre.
Je prends la première des épigrammes votives : c'est une des plus jolies; elle a pour sujet la célèbre courtisane Laïs, devenue vieille et suspendant son miroir dans le temple de Vénus. En voici la traduction littérale.
Moi, cette fière LaYs, dont la Grèce était le jouet, et qui avais à ma porte un essaim de jeunes amants, je consacre à Vénus ce miroir, parce que je ne veux pas me voir telle que je suis, et que je ne peux pas me voir telle que j'étais.
La pensée est assurément délicate; et il convient d*y ajouter, pour se faire une idée de la valeur dû grec, la mesure et l'harmonie des vers : malgré cela, la fin paraîtra toujours un peu traînante, de même que le commencement semble inutile et hors de propos. L'imitation de Voltaire montre comment ces défauts ont disparu, et fait place à de nouvelles beautés.
Je le donne à Vénus puisqu'elle est toujours belle.
Il redouble trop nos ennuis.
Je ne saurais me voir en ce miroir fidèle, Ni telle que j'étais, ni telle que je suis.
Cet hémistiche puisqu'eUe est toujours belle^ qui donne la
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raison de la consécration du miroir, est bien autrement intéressant que le rappel des amants qui assiégeaient antrefois la porte de Lais ; et la comparaison du passé et du présent, concentrée en un seul vers, a une bien autre force que délayée en deux, ou partagée en phrases détachées l'une de l'autre.
Les mêmes réflexions s'offrent d'elles-mêmes sur l'inscription de la statue de Vénus, ouvrage de Praxitèle. Elle est trèsjolie en grec{Àfith. Plan. 168), en voici la traduction littérale*.
Trois mortels m'ont vue toute nue, PAris, Anchise et Adonis. Je ne connais que ces trois-là. Hais d'où Praxitèle me connatt-il?
Voici maintenant l'imitation de Voltaire :
Oui, je me montrai toute nue Au dieu Mars, au bel Adonis, A Yulcain ménlè et j'en rougis :
Hais Praxitèle, où m'a-t«-il vue 7
C'est sans doute l'épigranmie où le poète français a suivi de plus près le texte : et pourtant ne l'a-t-il pas encore embelli, soit par le troisième vers, à Yulcain mime et j'en rougis^ soit par la précision et l'heureuse tournure du quatrième?
Que serait-ce si, au lieu de prendre les pièces grecques les plus ingénieuses et qui sont exceptionnellement fines, je mettais en regard les épigrammes ordinaires de V Anthologie et ce que les modernes ont eu le talent d'en tirer, ou d*y substituer?
Voici une épigramme de Parménion (IX, 342), dont le sens est assurément très-louable ; mais la tournure est d'une longueur insupportable.
Je dis qu'une épigramme de beaucoup de vers n'est pas selon les Muses. Ne cherchez pas dans le stade la longue course ( le ScXt^bç
1. n y a dix épigrammes (159 à 168) sur la môme statue de Vénas, et qui disent toutes la même chose, en délayant plus ou moins la pensée.
LES ÉPIGRAMM£S OREGQUES. 379
Bp^(ioc) : la longue course revient souvent sur elle-même : dans le stade, on va droit devant soi, rapidement et d'une haleine.
Notre vieux Gombaud a exprimé la même pensée, mais
avec bien plus de vivacité et d'énergie.
Alcandre, c'est ta passion :
Tu veux une longue épigramme, Bien qu'elle soit digne de blâme Comme une longue inscription.
D'un seul coup elle fait sa brèche Ainsi que le trait d'un archer.
As-tu jamais vu décocher Une pique au lieu d'une flèche?
L'assimilation de l'épigramme longue ou courte à une pique et une flèche n'est-elle pas plus satisfaisante que celle du stade et de la longue course T et la conclusion rapide de la pensée n'est-elle pas mille fois au-dessus de la description de lun et de l'autre ?
C'est surtout dans le XI* livre, dans les 'EitiYp^(A(AaT« axcoit- Ttxi, c'est-à-dire dans les épigrammes railleuses ou comiques que la différence des deux systèmes va se montrer. Voici une pièce du poète Démodocus (XI, 237).
Un jour une vipère mordit un Cappadocien. Elle aussi mourut, ayant goûté d'un sang empoisonné.
La plaisanterie (car on ne se douterait guère chez nous qu'il y en a une), consiste en ce que Démodocus n'aimait pas les Cappadociens. II les représente donc comme tellement malsains ou gâtés, qu'une vipère même peut mourir de la morsure qu'elle leur fait. Bruzen de Lamartinière, poète peu connu, a dit en français d'une façon plus originale et plus
gaie :
Un gros serpent mordit Aurèle.
Que croyez-vous quHl arriva?
Qu'Aurèle en mourut? bagatelle,
Ce fut le serpent qui creva.
On a ri biensouvent de la triste situation des jeunes gens
sans fortune qui cherchent dans leur mariage avec une femme plus Âgée qu'eux à se tirer de la pauvreté. Parménion a eiprimé cette pensée dans l'épigramme suivante (XI» 65) :
. Rude est l'alternative entre la faim ou une vieille. D'un côté, qu'il est pénible d'avoir faim! Mais de l'autre, n'est-tl pas plus pénible de coucher avec une vieille? Pliillis affamé optait pour la vieille; mais, au lit, il aimait mieux la faim. Yoilà les perplexités d'un garçon qui ne possède rien.
La pièce ne manque pas de finesse certainement ; mais la tournure en est bien lourde ; et tout le monde préférera ce couplet de Forgeot dans les Dettes (act. I, se. ii).
On doit soixante mille francs ; On prend femme de soixante ans;
C'est ce qui vous désole.
Le jour que vous vous mariez, Tous vos créanciers sont payés,
C'est ce qui vous console.
Il y a (XI, 263) une épigramme de Palli^das contre nn mauvais comédien nommé Paul. H. Dehèque Ta traduite ainsi ;
Méoandre est apparu en songe au comédien Paul , et lui a dit : c Je ne t'ai jamais fait de mal, et tu m'estropies, i
Plus littéralement: « Je n'ai jamais rien dit contre toi, et toi tu me dis (tu me récites ou me prononces) mal. » En vérité nous croirions à peine que c'est là une épigramme. Nous en trouvons une, au contraire, dans ce distique de Guicbard contre le comédien Glairval qui avait été gargon perruquier.
Cet acteur minaudier et ce chanteur sans voix, Êcorche les auteurs qu'il rasait autrefois.
Les mauvais médecins, chez les Grecs comme chez nous, ont excité la verve des satiriques. On trouve dans VAnthologie (XI, 112 à 126) une série de pièces faites contre eux, et toutes
fondées sur des eiagérations ridicules tant elles sont impossibles. Voici (n^* 118} une des plus courtes et des moins mauvaises. Elle est de Nicarque ou de Callictère.
Phédon ne m'a administré ni lavements ni frictions ; mais, ayant la fièvre, je me suis rappelé son nom ; et me voilà mort.
Tristan l'Ermite a mieux dit, à ce qu'il me semble, et d'une manière à la fois plus naturelle et plus plaisante :
Je serais encore vivant, N'était un médecin savant Que je fis venir à mon aide.
La peste étouffe l'animal 1 Je ne suis pas mort de mon mal, Mais je suis mort de son remède.
C'est surtout Lebrun qui, dans son épigramme contre le docteur Bouvard, a su donner à la même pensée une forme aussi neuve que piquante, sous ce titre : Expédient pour échapper à la justice.
Un certain roué du bon ton, Ne savait comment se défaire D*un certain procès qui, dit-on, Menaçait fort sa jugulaire.
De chicane il épuisait l'art, Payait maint avocat bavard :
Avocat n'y pouvait que faire.
Pour médecin, il prend Bouvard, Et le voilà tiré d'affaire.
Les défauts corporels, en particulier l'extrême petitesse, prêtent facilement à la raillerie. Les Grecs n'ont pas négligé cette source. Il y a chez eux (XI, 88 à 1 1 1) une vingtaine de pièces oii les exagérations les plus ridicules et toujours les mêmes,sont accumulées pour représenter ce défaut. Voici une des meilleures et qui se distingue le plus par la pensée (XI, 104} : Elle est de Lucillus.
Ménestrate à cheval sur une fourmi, comme sur un éléphant, fut
982 LES ÉPIGRAMMBS GRECQUES.
Bubitement, rinfortuaô, étendu par terre tout de son long. A3fant reçu quelques ruades de sa monture , comme sa blessure était mortelle : c Mon sort, s*écria-t-il, est digne d'envie. Ainsi mourut Phaéion, après avoir chevauché comme moi. i
On trouve dans les poésies de Gombaud une épigramme contre une femme extrêmement petite, dont le fond ressemble à celle-ci, mais la tournure en est bien plus fine, et les assimilations plus spirituelles.
Des bagues font les bracelets, Des manchettes font les collets De cette petite femelle.
Son corps est fait de chapelets, Et c'est jouer aux osselets Que de s'amuser avec elle.
Voici sur le même sujet une autre épigramme grecque (XI, 109) ; on en i^ore Fauteur.
n n'y a rien que le petit Démétrius ait à voir en se penchant. H a beau même se redresser, il gtt toujours terre à terre.
Legouvé a donné à la même pensée un tour plus original, quand il a dit à Fabien Pillet, avec qui il échangea d'ailleurs plus d'une épigramme :
Du Parnasse, insecte risible.
Je cesse un stérile combat.
Tu rampes tellement à plat, Que t'écraser est impossible ^
Les vains efforts des femmes « pour réparer des ans Tirré-
1. La réponse de Fabien Pillet est bien supérieure. Elle ne pourrait fentrer dans le texte parce qu'elle ne répond à aucune épigramme grecque : je la donne en note comme un modèle de ces tournures toutes françaises, où Ton dit les vérités les plus mordantes , sous la forme la plus polie.
J'ai lu les vers dont il m'assomme y Et je les ai lus sans humeur.
Si tous ses madrigaux sont d'un méchant rimeur^ Son épigramme est d'un bon homme.
LBS ÉPIGRÂMMëS grecques. 283
parable outrage, > ont de tout temps appelé la critique. Lucillus a fait contre ces beautés plâtrées le distique suivant (XI, 310) :
Tu as acheté des cheveux, du fard, du miel, de la cire, des dents; pour le môme prix tu aurais pu acheter un visage.
Cette fin est difficile à comprendre. On se fait un visage nouveau avec ces ingrédients : mais comment en acheter un qui soit indépendant de celui que la nature nous a donné ? Le quatrain de Benserade parait bien plus naturel :
Gi-gtt qui mit tout en usage Pour ôtre belle, et, trait pour trait, Se retoucha comme un portrait.
Et se fit un autre visage.
J*aime aussi cette autre épigramme bien connue :
Chloé, quoique provinciale, Est toujours mise au dernier goût; Son teint, ses cheveux, ses dents, tout Lui provient de la capitale.
Gombaud enfin a trouvé pour la même pensée une tournure plus neuve et plus ingénieuse encore que voici :
Blanc d'Espagne, couleurs vermeilles, Perles, brillants, pendants d'oreilles.
Passements, jupes de grand prix, On vous étale, on vous promène Pour duper de faibles esprits; Et Ton vous nomme Lysimène* .
1. Batteux, dans ses Principes de littérature (tr. vm, ch. ii), croit que « si cette épigramme n'était pas tournée par Tapostrophe , elle n'aurait rien de piquant. » C'est certainement une erreur. L'apostrophe donne sans doute beaucoup de vivacité à la pensée : mais le sel consiste en ce qu'après avoir énuméré le fard et les parures^ on dit très- rapidement que Lysimène n'est pas autre chose. Quand on aurait mis sans apostrophe : « On étale, on promène ces beautés d'emprunt, et nous les nommons Lysimène, » l'épigramme aurait perdu de sa vivacité, elle aurait conservé son sel.
S84 LES ÉPIGRAMMBS GRECQUES.
Une autre épigramme de Lucillus (XI, 133) a pour sujet un poète fort ennuyeux, nommé Eutychide.
Eatychide le lyrique est mort. Ombres et mânes, fayez : Eutychide vous arrive avec seë odes. Il a ordonné par son testament de brûler avec lui ses'douze cithares et vingt-cinq corbeilles d'airs notés. Maintenant un nouveau Gbaron va vous faire sentir sa présence, et désormais où se réfugier, puisque Eutychide est bien aux enferst
La plaisanterie est lugubre ; et cette pièce prouve ce que j'ai dit précédemment, que les Grecs ne savaient pas encore tourner agréablement et finement leurs satires. Si Lucillus s'en était tenu à ses deux premiers vers et à cette exclamation : c Ombres et mânes fuyez : Eutychide vous arrive arec ses odes, » L*épigramme était fort bonne; c*est celle qui a été faite si souvent contre les mauvais poètes qui vous assomment de leurs vers : Indoctum doctumqtte fugat reciUUar acerbm^. Au lieu de cela, il nous décrit en quatre vers des choses absolument indifférentes et inutiles ; et détruit ainsi de gaieté de cœur l'effet qu'avait produit son premier distique.
Si vous voulez, sur la même donnée, une pièce aussi gaie et rapide que celle-ci est triste et ennuyeuse, lisez l'épigramme de Voltaire sur la mort de M. d'Âube, ce disputeur insupportable que personne ne voulait plus recevoir, et que Ruihières a peint si plaisamment dans son poème des Disputes.
« Qui frappe ici? dit Lucifer.
— Ouvrez, c'est d*Aube. i Tout Tenfer A ce nom fuit et l'abandonne.
« Oh 1 oh I dit d'Aube, en ce pays.
On me reçoit comme à Paris :
Quand j'allais voir quelqu'un, je ne trouvais personne. »
Dans un autre genre, dans le genre graveleux, qu'il faut au moins mentionner, puisque c*est sous lui que se rangent en