Spart, Àdr,f n
TITUS m ADRIEN. 13
Abr. Je ne l'ai pas étudié d'assez près pour vous répondre en ce qui le conœme. Hais, à moins d'être un fou furieux, comme parait l'avoir été Galigula, comment un empereur romain s'amuserait^il à tuer des hommes pour le plaisir de les tuer? Il peut être plus oi} moins sévère, plus ou moins soupçonneux, et poursuivre ainsi plus ou moins légèrement ceux qu'il croit ses ennemis. Il est absurde de supposer, comme nous le disent les historiens, qu'il a des haines innées contre tel ou tel, et qu'il satisfait sa passion parla mort tantôt de Tun, tantôt de l'autre. Ce qu'il y a de certain, c'est que les empereurs romains, depuis César, ont été jugés par les historiens selon la manière dont ils ont traité le sénat; le bien qu'ils ont fait au peuple n'est presque jamais entré en compte. Tibère, dont l'administration fut assurément fort habile et le règne très-heureux, est regardé comme un tyran ; il en est de même de Domitien, et Octave-Auguste encore n'est pas bien sûr d'être pour la postérité un bon et sage prince. An contraire, ceux sous lesquels le sénat a pu faire tout ce qu'il a voulu sont tous d'excellents empereurs : c'est le faible Nerva, c'est vous-même à qui il a donné, comme vous l'avez dit, le surnom le plus glorieux.
Entre ces deux marches, j'ai choisi la plus ferme et la plus dangereuse, mais la seule qui fût juste et convenable. J'ai voulu que le sénat restât ce qu'il devait être, un conseil politique et une sorte de tribunal suprême. Je n'ai pas permis que cette aristocratie comblée de biens et d'honneurs, devint impunément turbulente et factieuse ; et voilà pourquoi, bien loin de me donner comme à vous un surnom honorable, on m'aurait plutôt enlevé celui de Père de la patrie que j'avais reçu autrefois S comme on m'aurait refusé les honneurs divins sans les prières de mon fils adoptif.
TiT. N'est-ce pas, ô Adrien, le ressentiment de vos injures