Spart, Àdr.f n
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plotAt que Tamour de la vérité qui vous fait prêter aux sénateurs des pensées si mauvaises? Si Nerva, si Trajan» si mon père et moi-même nous avons vécu en bonne intelligence avec le sénat; si votre successeur, aujourd'hui comme à la fin de votre vie, s'en rapporte à lui de toutes les affaires, nous sommes-nous trompés tous tant que nous sommes ? Et croyezvous que la puissance impériale doive être tellement exclusive qu'on n'en laisse aucune part à ceux qui nous approchent le plus?
Adr. Je ne puis répondre à toutes ces questions à la fois, et je laisserai chacun de vous et la postérité décider s'il a bien ou mal fait d'acheter sa tranquillité d'une partie de sa puissance. Je ne m'occuperai que de ce qui me concerne, et vous demanderai d'abord si vous avez trouvé dans ce que j'ai dit un seul mot qui témoigne de la haine que vous me prêtez contre le sénat. Si j'ai rappelé les faits sans aigreur, si je n*ai pas supposé à plaisir de mauvaises intentions, si surtout je ne me suis pas montré dëclamateur dans ce que j'ai dit, je conçois que vous me croyiez dans Terreur ; vous ne pouvez pas du moins m'accuser de vouloir vous tromper en vous forgeant des mensonges.
Que si j'ai laissé voir quelque mécontentement de la manière dont le sénat m'avait traité après ma mort, n'en avais-' je pas bien Iç droit? Je ne veux nier ici ni mes défauts, ni cette ardeur immodérée pour la gloire, ni cette soif de science excessive peut-être dans un monarque, ni cette ambition qui me faisait chercher tous les genres de succès : regardons tout cela comme des qualités frivoles, dangereuses même, ou blâmables; je ne dirai rien pour me justifier.
Mais, enfin, la valeur intrinsèque et inaliénable d*un prince se mesure sur le bien qu'il veut faire et qu'il fait à son pays. Supposons que, dans mes dissentiments avec le sénat, j'aie toujours eu tort ; du moment que je quittais l'empire, tout cela devait être oublié, et mon rang parmi les empereurs de-
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Tait dépendre de mon administration et du bieq ou du mal qu'elle avait fait aux peuples.
Or, à ce point de vue, quel est celui de mes prédécesseurs, si Ton excepte le divin Auguste et peut-être votre père, qu'on ait pu me comparer justement ? Je vous dirai brièvement ce que j'ai fait, en laissant de côté les actes particuliers qui ne touchent pas à la question, et ne revenant pas même sur les règlements généraux déjà cités. J'ai rétabli ou maintenu la discipline militaire. Je vivais avec les soldats, mangeant et travaillant comme eux* ; souffrant avec eux du froid et du chaud, et leur apprenant, par mon exemple, à ne pas se plaindre. Je connaissais d'ailleurs tous leurs noms, et je veillais à ce que jamais leurs services ne fussent oubliés'. Aimé d'eux, j'étais bien sûr que, si la guerre éclatait, ils feraient tous leur devoir : aussi les mouvements des Maures et des Parthes furent-ils promptement comprimés, et le sénat, juste cette fois-là, m'en rendit de solennelles actions de grâces*.
Cependant malgré beaucoup de succès passés, et la certitude d'en avoir encore, je n'aimais pas la guerre* . Différant en cela de mon prédécesseur, j'étais convaincu qu'à la longue la victoire dévore les vainqueurs eux-mêmes. Le mot de Pyrriius après deux batailles gagnées sur les Romains : « Encore un succès pareil et nous sommes perdus ', » me représentait exactement la condition nécessaire de tout peuple guerrier. Je remontai donc à la pensée d'Auguste ; au système guerroyant suivi par la République et par Trigan, je préférai le système pacifique recommandé par le véritable fondateur de l'empire*: je fermai le temple de Janus.
1. Spart., Àdr, , n" 10. — 2. Ibid., n* 12. — 3. îbid., D«« 3 et 5.
4. « Adeptua imperium ad priscam se statim morem mstituit , et teneûda per orbem terranun paci operam impendit. » Spart., Adr», n" 5; Tacit.,
^fM., I, 11.