Lettrée cabalietiquee f n
L'ABBÉ DE VILLABS. 355
thèse ; et précisément dans les mêmes termes qu'emploient les réalistes, lesquels déclarent toutes ces propositions vraies à la lettre ; c'est-à-dire que les esprits élémentaires ont leur existence propre ; qu'ils peuvent en effet rester invisibles ou se montrer à nos yeux ; que, dans tous, les cas, c'est par un acte de leur volonté qu'ils le font tout en se soumettant à la nâtre.
Réelle ou supposée, vraie au propre, ou seulement allégorique, cette personnification n'est pas nouvelle» puisque les vers attribués à l'ancien Orphée, font de Jupiter, sous ses différents noms, l'agent universel de la nature. Vous connaissez le passage :
Le premier, le dernier, Jupiter seul est Dieu, Dieu de tout l'univers, fin, principe et milieu. f De lui tout reçoit l'être : il est mâle et femelle; Il est aussi la terre et la voûte éternelle. Il brûle dans la flamme, il souffle dans le vent, À la fois soleil, lune, et mer et continent*.
Je n'insiste pas; je vous fais seulement remarquer que quand je consentirais à vous répondre, vous n'en seriez pas plus avancé. Il faudrait, avant tout, savoir à quelle catégorie de cabalistes nous appartenons l'un et l'autre, moi qui parlerais et vous qui m'écouteriez.
— Vous en savez beaucoup, monsieur l'abbé, reprit l'inconnu en fronçant le sourcil d'un air mécontent: comme je ne répondrais pas à vos questions, je ne trouve pas mauvais que vous éludiez les miennes. Hais je suis venu pour vous donner un avis salutaire, et le voici en termes tels que vous puissiez le bien comprendre, quelque opinion que vous vous soyez faite de notre sainte philosophie et sacrée science. Sages ou fous, calmes ou fanatiques, imposteurs ou de bonne
1. Vers attribués à Orphée, cités dans le De mundo d'Aristote et dans celui d'Apulée, et par Proclus, dans son Commentaire sur le Timie de Platon.
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foi, nous tenons beaucoup et par diverses raisons, à ce que nos doctrines aussi bien que nos actes ne soient pas connus du vulgaire....
— Ni surtout des magistrats, interrompit l'abbé ; car la prétention d'accommoder votre doctrine à toutes les religions, ou plus exactement le parti pris de supprimer toute religion positive et révélée pour y substituer le déisme , ou ce que vous nommez l'ancienne religion de vos pères les philosophes \ pourrait bien vous attirer de fâcheuses affaires.
— Que cette raison soit ou ne soit pas la vraie et la seule, reprit l'inconnu , voici mon dilemme. Si vous croyez à l'existence individuelle et à l'obéissance absolue des esprits élémentaires, redoutez la punition qu'ils font toujours tomber sur les téméraires et les impies qui violent le secret des initiations. Si vous n'y croyez pas, souvenez-vous que nous formons une association nombreuse, dont les membres répandus partout» liés entre eux par des serments terribles, se communiquant par des signes convenus, sous la foi d'un secret inviolable , obéissent à un mot d'ordre aussi aveuglément que les agents de l'ancien tribunal Yehmique. Croyez-moi, monsieur l'abbé, ne bravez ni les génies élémentaires, ni les sages qui leur commandent. Vous les avez déjà profondément irrités par la publication de votre Comte de GabaKs. Ne poussez pas plus loin ces indiscrétions dangereuses, et n'appelez pas sur vous un châtiment bien mérité, qui viendrait à l'improviste , sans que personne pût savoir d'où le coup serait parti.
— Monsieur, répondit fièrement l'abbé de Yillars, je vous remercie de votre avis ; toutefois, j'opposerai mon dilenome au vAtre. Si je.suis aussi instruit que v^us le dites, comme vous avez vos sylphes, j'ai les miens ; en cas d'attaque, ils suffiront à me défendre. Je sais concentrer le feu du monde