‹ Théses d'histoire et nouvelles historiquesChapitre 156 sur 226 · PradoD, Phèdre et Hippolyte ^ I · texte numérisé non relu

PradoD, Phèdre et Hippolyte ^ I

présente, après Euripide S Phèdre coupable en pensée seulement, et voulant déjà se détruire en emportant son fatal secret? Longtemps pressée par sa nourrice, elle lui ouvre enfin son cœur, et lui fait une déclaration que l'autre ne peut entendre sans frémir. Où sont ces phrases entrecoupées et sans suite apparente, où Phèdre, succombant au besoin de parler, mais reculant toujours devant un aveu si pénible, ne répond qu'à ses propres pensées, et, en accusant toute sa famille, donne à ÛKnone l'occasion de lui dire :

Que faiies-voQS, madame, et quel mortel ennui Contre tout votre sang vous anime aujourd'hui?

Pradon ne s'en est pas douté. Chez lui, en revanche, Phèdre raconte tout naturellement à sa rivale, et sans qu'on l'en prie, comment elle s'est éprise d'amour pour son beau-fils. Gela s'est fait, dit-elle, dans un sacrifice où elle a vu sur le visage du héros

Cette fierté charmante et ce grand caractère Tel que porte le firont de son illustre père*.

Je ne sais si la phrase est bien française ; mais elle n'est guère plus poétique que la suscription de nos lettres, ou l'énumération des titres d'un auteur sur la première page de son livre.

Aricie, étonnée d'un aveu qui dépasse de si loin ce qu'ont jamais dit les femmes les plus éhontées, lui répond en vers de la même farine :

Ahl madame 1 Thésée avec plus de justice Devait être l'objet d'un si beau sacrifice, liais brûlant pour son filsl Dieul que prétendes^vonst Hippolyte, le fils de votre illustre époux!

UiUustre époux vaut bien ViUustre père, et le français d'A-

. 1. Euripide, Hippolyte i t. 199 etsuiv* 2. Pradon, lieu citée

ricie est du même acabit que celui de Phèdre. Hais la réponse de celle-ci est, ma foi, plus inattendue que ce que nous venons de Yoir : elle déclare qu'elle n'est pas mariée, qu^elle n*est que promise à Thésée.

Non, non, les derniers nœuds des lois de l'hyménée Avec Thésée encor ne m'ont point enchaînée : Je porte sa couronne, il a reçu ma foi. Et ce sont mes serments qui parlent contre moi : Les dieux n'allument point de feux illégitimes.

Gela étant, il semble qu'il n'y ait plus de pièce. Si Phèdre est libre, la jalousie de Thésée, et surtout sa demande à Neptune, est ridicule et odieuse. Il n'y a plus d*ioceste possible, et Hippolyte n'est aux yeux de son père qu'un galant trop pressé, ou qui ne respecte pas assez les droits du premier en date.

Pradon ne s'embarrasse pas de ces vétilles ; il faut bien que sa tragédie finisse comme les Phèdres anciennes, par la mort d'Hippolyte. Pour cela Phèdre fait croire à ce jeune prince, qu'elle peut et qu'elle va faire périr Aricie ; Hippolyte se jette à ses genoux pour la conjurer de n'en rien faire ; Thésée le surprend dans cette posture , veut d'abord le tuer, est retenu par Phèdre et ne peut que s'écrier :

Ah I monstre, 6Is ingrat 1 tu demeures stupide. Tu trembles, je le vois, ton crime t'intimide*.

A quoi Hippolyte répond très-pertinemment :

Mon silence, seigneur, et ma stupidité.

Ne sont point un effet de ma timidité.

Phèdre ne tarde pas à se t^accommoder avec Aricie. Celleci a une conversation avec Thésée, et lui fait comprendre que c'est d'elle-même et non pas de Phèdre qù'Hippolyte est

L Pradon, Phèdre et Bippol^tê, IV, ^5.

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amoureux. Cette découYerte donne lieu à la tirade suiyante :

DieaxI qu'entends-je, madame? Interdit, étonné, You8 me rendez l^effroi que je vous ai donné. Quel horrible nuage et quel affreux mystère ! Trop malheureux amant, mais trop barbare père ! Les dieux m'ont- ils trompé dans ce funeste jour? * Ou mes yeux n'ont-ils pu démêler cet amour? Mon fils est mon rival, ou Phèdre est infidèle : L'un ou l'autre m'offense, et j'ai pour ennemis Ou le sang ou l'amour, ma mattresse ou mon filsl' Hélas 1 de quel côté que paraisse le crime, Il n'offre à ma fureur qu'une chère victime ; Et père malheureux, amant désespéré.

Faut-il de tout côté que je sois déchiré? Et que pour me venger d'une injuste tendresse Je me doive immoler mon fils ou ma maîtresse * ?

La narration qu'on vient lui faire de la mort d'HippoIyte et de Phèdre, qui s*est tuée sur le corps du jeune prince, met fin à ces dubitations antithétiques. Idas fait le récit qui dénoue les pièces d'Euripide, de Sénèque et de Racine ; il raconte que

Sur son char il monte avec .adresse.

Ses superbes coursiers, dont il sait la vitesse, De leurs hennissements font retentir les airs; Et, partant de la main, devancent les éclairs. Je cours à toute bride et le suis avec peine. Il se tourne cent fois vers les murs de Trézène; Il s'éloigne à regret d'un rivage si cher Et va plus lentement sur le bord de la mer*.

Suit la description des flots qui se soulèvent, du monstre qui s'élance, des chevaux qui s'effrayent.

Ils emportent le char, prennent le frein aux dents. La crainte les maîtrise et les rend plus ardents ;

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