La lice et sa compagne. Livre II
observa La Fontaine ; c'est sagement pensé et il ne faut pas se brouiller avec les grands.
— J'ajoute, continua Boileau, que ma liaison intime avec M. Racine me fait désirer aussi de rester étranger à cette conversion du sonnet de M. de Nevers. Je me réserve de peindre en traits généraux
D'un sot de qualité l'insolente hauteur',
dans une épttre que j'adresse à mon ami. L'ouvrage n'est pas encore lini; mais il est fort avancé, et j'y retrace à peu près en ces termes ce qui se passe à l'occasion de Phèdre :
Imite mon exemple, et lorsqu'une cabale Un flot de vains auteurs follement te ravale. Profite de leur haine et de leur mauvais sens; Ris du bruit passager de leurs cris impuissants *•
— Voilà de bons vers, dit en riant M. de Guilleragues ; et je ne doute pas qu'ils ne portent chez nos derniers neveux les honteux jugements de l'hdtel de Bouillon : mais pour le moment cela n'importe guère. La question en effet est celleci : on vous donne un soufflet, voulez-vous le rendre, ou tendrez-vous l'autre joue, selon le conseil de l'Ëvangile?
— C'est cela, c'est cela, crièrent le marquis de Manicant, d'EfGat, Nantouillet et deFiesque.
— Ma foi, dit La Fontaine, j'aime mieux me tenir à l'écart; Horace a dit avec raison S et je l'ai répété moi-même :
Hélas! on voit que de tout temps Les petits ont pâti des sottises des grands* I
» Mon cher monsieur, reprit M. de Guilleragues, il n'est
1. Voy. la Biogr, um'v., mot Neven. Boilaau a depuis supprimé ce vers dans son épttre.