La Fontaine ) Fables, II
question ici ni de grands ni de petits; vous êtes poète, comme je suis secrétaire du cabinet , comme H. de Neyers est duc du chef de son oncle, Téminentissime cardinal Hazarin. Êtes-Yous d'avis de tous laisser insulter sans rien dire?
— Vous remarquerez y interrompit Furetière, qu'on ne nous insulte pas.
— Non, dit d'EfGat, on se moque de yos ouvrages.
— Eh bien, répondit Boileau, que nos ouvrages se défendent.
— Tenez, cria le marquis de Manicant , je yois que nous ne pourrons déterminer les poètes à des représailles bien légitimes. Puisqu'ils ne veulent pas, même pour une affaire de plume, devenir hommes de guerre , que les hommes de guerre se fassent ici gens de plume. Nous sommes une demidouzaine d'officiers au service du roi ; tournons entre nous le sonnet contre les Mazarins, en nous engageant à ne jamais dire au dehors un mot de la part que chacun de nous y aura prise.
— A la bonne heure ainsi, dit Racine.
— Oui, continua Furetière, et faites-en quelque chose d'aussi amusant que nos scènes comiques parodiées du Cid sur la perruque de Chapelain *•
— C'est demander beaucoup, dit Nantouillet; d'ailleurs nous n'avons à notre disposition que quatorze vers, dont les rimes même nous sont données ; mais nous en tirerons ce que nous pourrons. »
Les jeunes seigneurs s'enfermèrent quelques instants ; et au bout d'une demi -heure, on les vit revenir riant comme des fous de ce qu'ils venaient d'écrire.
< Écoutez, écoutez, cria Guilleragues ; et dites si toute la Bouillonade sera bien satisfaite en lisant les petits vers qui