Boileau, Sot, X, t I , p. 91 » édit. stéréot
384 LES DEUX PHËDRES.
— Qu'est-ce, dit Chapelle, et qu*avez-vous à débattre avec le duc de Nevers?
— Presque rien, répondit Boileau ; mais comme nous sommes avertis qu'il court contre le duc un sonnet en réponse à celui que ses amis ont publié contre la Phèdre de M. Racine, il est plus que probable qu'il nous l'attribuera.
— £h bien, dit Chapelle, il n'y a pas de mal à cela ; il est bon qu'il soit puni par où il a péché, et qu'il s'habitue à redouter un peu le genus irritàbile vatum. >
La conversation continua ainsi et passa sur d'autres sujets, sans qu'on eût dit à Chapelle où et par qui avait été fait le sonnet, tant on craignait les indiscrétions d'un homme un peu trop habitué à perdre toute prudence dans les cabarets.
Le lendemain, le sonnet courait tout Paris : M. de Nevers était furieux ; il ne cachait pas son indignation et annonçait une vengeance terrible contre Racine et Boileau , qu'il supposait les auteurs de la satire; le bruit courut même qu'il les cherchait partout pour les faire assassiner.
Nos deux poètes désavouèrent hautement la réponse qu'on les accusait d'avoir faite; ils déclarèrent, ce qui était vrai, qu'ils n'y avaient aucunement pris part. Mais on ne les crut guère ; si bien que M. le duc Henri-Jules, fils du grand Condé, leur dit : « Si le sonnet n'est pas de vous, venez à l'hôtel de Condé, où M. le prince saura bien vous garantir de ces menaces, puisque vous êtes innocents ; s'il est de vous, venez-y encore, H. le prince vous prendra sous sa protection, parce que les vers sont pleins d'esprit et fort plaisants ^ »
M. de Nevers, en attendant que ses menaces pussent s'effectuer, répondit en homme d'esprit par un troisième sonnet, toujours sur les mêmes rimes et incontestablement meilleur