‹ Théses d'histoire et nouvelles historiquesChapitre 166 sur 226 · Ànecdoîis éramatiquet , au mot jrauptfi · texte numérisé non relu

Ànecdoîis éramatiquet , au mot jrauptfi

MAOEMOISfiLLE MÀUPIN. 387

Cet amoureux (car on ne pouvait douter que ce n'en fût un), semblait s*étre épris de la dame au moment même, et se livrant à toute l'impétuosité de son âge et de ses désirs, il en était déjà aux dernières demandes.

La dame, aussi surprise qu'effrayée, jeta les yeux sur celui qui la requérait d'amour ; et, soit qu'elle vit avec étonnemetit un visage si doux et si gracieux, ou qu'elle dédaignât une passion enfantine, elle tourna sans parler le dos au soupirant et se dirigea vers sa compagnie. Mais le fougueux amant ne voulut pas s'en tenir là. Il arrêta sa belle en lui passant le bras autour de la taille et lui peignit son ardeur avec des paroles dites à voix basse et des gestes passionnés.

c Malheureux! dit la dame en élevant la voix et repoussant cette attaque aussi imprévue qu'injurieuse, oubliez-vous où vous êtes ? Voulez- vous que j'appelle et que je vous fasse honte en présence de tout le monde? »

Un bruit de pas fit lâcher sa proie au téméraire jeune homme. C'étaient trois jeûnes seigneurs qui accouraient à la voix de la belle affligée. Ils la reconnurent lorsqu'elle quittait la pièce et prenant &it et cause pour elle, ils se précipitèrent vers l'imprudent auteur de cette scène. « Misérable, dit l'un d'eux, quelle est cette conduite? Est-ce le palais des princes qui doit être le théâtre de ces tentatives scandaleuses? •

Notre jeune homme, calme au milieu de l'orage et des menaces de ces trois furieux, les regardait d'un air de mépris et répétait d'une voix dédaigneuse ces vers imités de l'espagnol * :

Uq chevalier doit rougir De provoquer des querelles Aux palais ou près des belles.

Quand le bras ne peul agir.

« Quoi donc! dirent les trois seigneurs, cet insolent nous

1 . Ces vers so trouvent dans V Espagne poétique de M. J. M. Maur*, t. II, p. 101.

388 >(ÂDEMOISELLB MÀDPIN.

menace- t-il encore? Sors d'ici, sors vite, que nous ne te fassions saisir et jeter honteusement dehors par les valets.

— Je ne sortirai qu'avec vous, messieurs, répondit le petit mutin. La place du palais est déserte en ce moment. Suivez- mpi donc, et tous ensemble ou l'un après l'autre, je vous combattrai volontiers. Dépéchons, seulement, car j'ai h&te d'en finir.

^ Enfant, dit l'un des trois, ce n'est pas avec l'épée, c'est avec les verges, qu'on châtie les écoliers turbulents. Je te recommanderai à ton régent : car ce sont des férules qu'il te faut.

— Veoez donc me les donner, bavards que vous êtes, » répondit le téméraire, et accompagnant ces mots d'une épithète et d'un geste plus injurieux, il leur promena son gant sur le visage.

A cet outrage inattendu, la patience échappa à nos redresseurs de torts. « Marche et nous te suivrons, » dirent-ils; et tous les quatre sortant sans mot dire et sans qu'on fit grande attention à eux, quittèrent les danses et les festins pour Mer jouer dans l'ombre un drame sanglant.

A cette heure, il ne passait personne dans la rue Saint- Honoré. A quelques pas du palais, une lanterne jetait une faible clarté sur un étroit espace. Ce fut là que ce nouvel Horace allait, pour une cause moins noble que l'ancien défenseur de Rome, combattre trois Guriaces. Seulement la générosité fit chez eux ce que l'adresse du Romain avait fait chez ses ennemis. Ils ne voulurent attaquer leur adversaire que successivement. Mais la fortune ne répondit pas à leur courtoisie. Quelques instants suffirent, et les trois amis furent jetés sur le pavé, frappés de coups mortels. Le vainqueur rentra bientôt dans la ^alle du bal, la tète haute et le front resplendissant d*orgueil. Ses yeux brillaient encore du feu de la colère, sa belle bouche souriait cruellement ou de mépris, ou de la promptitude de sa vengeance. Telle avait été.

en effet, son adresse au dangereux métier des armes que rien n*était dérangé dans sa parure. On ne s'apercevait pas même qu'il eût quitté l'intérieur du palais.

Cependant un avertissement donné par une voix amie le tira bientôt de cette sécurité triomphante. Une personne masquée lui glissa ces mots à l'oreille : < On vous a suivi et reconnu. Songez à vous. » Alors, soit que le remords d'un triple meurtre l'a gît At, ou que les sévères ordonnances de Louis XIV contre le duel lui revinssent en mémoire, il vit d'un coup d'œil quelles pouvaient être pour lui les suites de sa victoire, et prenant un parti désespéré, il fit demander instamment une audience secrète au duc d'Orléans. Monsieur, surpris de cette demande extraordinaire au milieu d'une réunion de plaisir, lui fit dire néanmoins de se rendre dans un cabinet écarté où il irait le rejoindre après quelques instants. Son altesse parut en effet bientôt, et le jeune hotnme se précipitant à ses pieds : « Ahl Monseigneur, dit-il, monseigneur I sauvez-moi, vous seul en avez la puissance 1

— Vous sauver ! répondit Philippe étonné de voir un si joli homme dans cette posture suppliante, et lui demandant grâce en ces termes : vous sauver! et de quoi, s'il vous plattT

— De la sévérité des lois et de cette justice désormais inflexible à ceux que favorise le sort d'un combat loyal. > Et il lui raconta ce qui s'était passé dans ses salons, quelle querelle s'en était suivie, comment ses adversaires avaient succombé l'un après l'autre.

« Quoi 1 s'écria Philippe, trois gentilshommes tués de votre main et soùs les fenêtres de mon palais 1 trois de ceux que j'avais invités et reçus ici ! et vous me demandez ma protection !

— Monseigneur 1 reprit le coupable avec une voix d'une douceur eifchanteresse et promenant sur lui lé regard le plus caressant, si vous saviez comme ils m'ont traité I comme ils m'ont abreuvé de mépris et d'outrages 1 Ah I vous m'auriez

dit vou9-méine de venger leurs insolents propos. Ils croyaient les misérables l et les hommes, du reste, pensent tons ainsi, qu*on n*a pas de sang dans les veines et ,qu'on se laisse insulter impunément parce qu*on est femme.

— Parce qu'on est femme ! répéta le prince, perdez-vous la tête T ou ètes-vous réellement autre que vous ne paraissez à mes yeux?

-— Hélas ! oui Monseigneur, répondit la suppliante en dénouant un ruban caché sous ses cheveux; et ceux-ci tombèrent aussitôt en larges boucles sur ses épaules.

— Une femme, répondit le prince stupéfait : et vous m'avez dit tout-à-l'heure que quand ces messieurs vous ont attaquée» vous poursuiviez vous-même une jeune comtesse» et qu'elle ne voulait pas de votre amour!

— Monseigneur» répondit l'autre en rougissant, faut-il tout vous dire? et ne perdrai-je pas par un aveu trop sincère la bienveillance que je réclame?

— Non, non » dit le prince à qui la légèreté de son esprit avait déjà fait oublier la partie lugubre et odieuse de cette histoire pour ce qu'il y avait de curieux ou d'extraordinaire: non» vous ne la perdrez pas» mais ne me cachez rien : je veux tout savoir.

— Eh ! bien» Monseigneur» dit la jeune femme» en réunissant tout ce qu'elle avait de charme irrésistible» dans la voix» dans le visage et dans la pose» avez-vous entendu parler de Sapho : c'était pour une femme aussi qu'elle avait fadt ces vers traduits par M. Despréaux * :

Heureux qoi près de toi pour toi seule soupire, Qui jouit du plaisir de t'entendre parler. Qui te voit quelquefois doucement lui sourire! Les Dieux dans son bonheur peuvent-ils l'égaler?

— J'ai bien oublié mon grec» reprit Philippe, et les leçons

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