‹ Théses d'histoire et nouvelles historiquesChapitre 169 sur 226 · Acte V, se. n · texte numérisé non relu

Acte V, se. n

2. Ce personnage, ou plutôt son nom seul, avec quelque souvenir vague ' de aes aventures, ont inspiré un roman à M. Théophile Gautier vers 1845,

et à M. Scribe sa comédie des Trotf Maupint, en 1858. Ils se sont l'un et Tautre fort peu souciés de la vérité sur leur héroïne; et, si je ne me trompe, leurs ouvrages y ont beaucoup perdu.

Devais-je penser que cependant vous me reconnaîtriez à peine ? et que je serais obligée de vous décliner mon nom ? Ah ! la mémoire des actrices est plus fidèle que celle des princes !

— Ma pauvre Maupin, interrompit Philippe en riant tout haut, asseyez-vous auprès de moi, et laissez là le ton tragique, je vous en prie. N'espérez-vous pas me persuader que vous mourez de mon indifférence, quand votre cœur, vous venez de me l'avouer, est tout entier aux charmes d'une jeune femme ? Je ne suis plus étonné, du reste, de votre valeur. Vous passez pour une des meilleures lames de la capitale. J'ai même ouï dire que vous aviez eu avec votre camarade Duméni un singulier démêlé dont je n'ai jamais eu les détails, malgré mon désir.

— Mon Dieu! Monseigneur, Duméni s'était moqué de moi.

— A quel propos?

— Faut-il vous l'avouer? Vous trouverez peut-être que je retombe bien souvent dans mon péché,

— Dites toujours, je ne me scandalise pas facilement.

— Sachez donc que Mlle Moreau fut une des perles du théâtre. On n'avait jamais rencontré ensemble une stature plus noble et mieux proportionnée ; une coupe de visage plus pure, des yeux plus doux, un air plus candide. Je ne pus la voir sans sentir au fond de mon cœur un vif désir de posséder le sien. Mes avances furent inutiles. Elle les avait toujours repoussées. Je crus pourtant un jour avoir trouvé une occasion favorable de lui peindre ma passion. Elle paraissait seule dans une chambre écartée où elle repassait un rôle, languissamment assise sur un vieux fauteuil. Je m'élançai vers elle; et saisissant sa main que je baisais avec ardeur : Jusqu'à quand, cruelle, lui dis-je, repousserez- vous ma prière ? Eh quoi! vous retirez votre main ! vous détournez la tétel vous me méprisez parce je suis de votre sexel Ingrate,

c'est là justement ce qui devrait ?ou8 faire répondre à mon amour; c'est là ce qui prouve combien je vous aime!

— Touchant discours, et surtout très-moral. Et qu'en résulta-t-ilî

— Hélas 1 Monseigneur , il n'eut aucun succès. La Moreau, je ne puis le nier, fut à mon endroit de la plus inébranlable ▼ertu. Mais quelle ne fut pas ma surprise et ma fureur quand je vis ime l'objet de mon amour n'avait pas seul entendu ma déclaration. Une porte s'était ouverte sans bruit derrière moi ; et Duméni, frappé de stupeur, n'osant avancer ni reculer, réprimait à grand'peine une envie de rire immodérée. Enfin me voyant décidément battue, il s'élança vers moi et se jetant âmes pieds d'un air grotesquement passionné (je ne sais si ce jour il avait pris d'avance les six bouteilles de Champagne qui l'animaient ordinairement pendant nos représentations *), il me débita avec une aisance et une volubilité singulières un discours burlesque où je vis qu'il avait parfaitement retenu le mien. C'en était la contre-partie. 11 finissait par mettre tous ses talents à ma disposition.

SiVotre Altesse sait par expérience ce que c'est que d'être ainsi bernée par un tiers devant l'objet qu'on aime, elle concevra facilement ma furie. J'aurais battu Duméni, ma belle et moi-même. Malheureux, lui criai-je, tu seras châtié de ton insolence. Tu t'es bien trompé, indigne, si tu fia cru trouver en moi une fille comme les autres. Tu t'es fié peut-être sur ce qtie tes audacieuses rapines à l'égard de nos actrices sont demeurées inpunies ; sur ce qu'elles laissent entre tes mfidns, sans les réclamer, les bijoux, les joyaux, les ornements de prix que tu leur voles*. Il n'en sera pas ainsi de moi. Je saurai, je te l'assure, obtenir la réparation que tu me dois et remettre à sa place un vil marmiton comme toi, qui s'échappe à de telles insolences.

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