‹ Théses d'histoire et nouvelles historiquesChapitre 171 sur 226 · Quinauty dans Topera d'Jm, acte I, se. n · texte numérisé non relu

Quinauty dans Topera d'Jm, acte I, se. n

2. Anquetil, Louis IIF, ia cour ei le régent, t. I, p. 206, édit. in -12.

396 MADBM0I8BLLE MÀUPIN.

▼ous prie, à son ressentiment J'ajoute que votre réputation....

— Oh 1 ma réputation ! interrompit la Maupin en rattachant ses cheveux. Votre Altesse veut s'amuser; la croiriezvous d'ailleurs beaucoup plus à l'abri parce qu'on me prendrait pour un garçon ?

— Taisez-vous, mauvaise langue, répliqua le prince en rianty et hfttez-vous de partir : il se fait tard et le bal doit approcher de sa fin : dans quelque temps votre départ serait observé. »

La Maupin, à ces mots, salua respectueusement et sortit du palais pour retourner chez elle. Le prince rentra dans les salons; et le lendemain, n^oubliant pas sa promesse , il fit atteler son carrosse et se rendit à Versailles où, sous prétexte de voir son frère et de lui offrir ses hommages, il allait implorer la clémence royale pour une femme plus criminelle encore qu'il ne le supposait.

Louis XIV résista longtemps. Ce ne fut que sur les instances réitérées de son frère qu'il céda enfin, et promit d'arrêter ou d'empêcher les poursuites. Il ne put dissimuler cependant la contrariété qu'il éprouvait, et il ajouta : < Je vous ai, mon frère, accordé cette grâce par amour poDfvous. Je l'ai accordée sans autre condition sinon que vous vous abstiendriez à l'avenir de faire aucune démarche pareille. J'ai poussé la complaisance jusqu'à traiter comme vous le désiriez cette affaire en général, sans savoir de qui il était question. Vous ne vouliez pas qu'aucun indice contre le coupable pût jaillir de vos paroles. Je voulais, moi, qu*il fût bien évident que la grâce était accordée à vos prières, et non à la famille et au Vang du personnage. Maintenant que tout est fini, il faut bien que je sache le nom de votre protégé. Comment s'appelle-t-ilî

— Sire, répondit Monsieur, elle se nomme....

— Elle! interrompit le roi en pâlissant. C'est une femme?

— Oui, sire, répondit le duc d'Orléaps, surpris du ton de colère et d'indignation du monarque.

-— Rendez-moi ma parole, mon frère, dit Louis XIY, rendez-la-moi, je vous en prie.

— Je ne le puis, sire ; j'ai donné la mienne. Mais pourquoi donc cette colère à la seule idée que c'est une femme? Depuis quand le beau sexe vous trouve-t-il si prévenu contre luiT

— Je pourrais, dit lu roi, si j'étais en humeur de rire, vous renvoyer la question et ce qu'elle a d'amer. Depuis quand le beau seie vous trouve-t-il si pitoyable? depuis quand prenez-vous tellement feu pour lui que vous veniez solliciter avec instance la grâce d'une criminelle ? Voudriezvous à plus de cinquante ans, marié et en famille, démentir cette ancienne assertion que le miracle de vous enflammer n'était réservé à aucune femme* ?

— Ah ! sire, interrompit le duc d'Orléans, que rappelezvous et que dites-vous là?

— Je ne dis rien de sérieux, mon frère ; je veux seulement vous convaincre qu'en me récriant sur ce que c'était une femme que vous dérobiez aujourd'hui à la juste sévérité des lois, ma pensée ne s'étendait pas sur tout le sexe, mais sur ceUe-là seulement qui ne mérite pas votre protection.

— Mais je ne l'ai pas encore nommée.

— Mais je l'ai reconnue. Y a-t-il tant de femmes en France qui sachent faire des armes? et parmi toutes celles-là, une seule, et c'est votre protégée, a poussé ce dangereux talent au point de se pouvoir défaire en un instant de trois adversaires. EUe est de la force des meilleurs maîtres d'armes, mon frère ; et lorsque ceux-ci évitent toute rencontre avec des ennemis moins habiles, parce qu'ils regarderaient leur

I. Mme de La Fayette, citée par la Biographie universelle, au mot Or- Uam (Philippe d*).

victoire comme un assassioat, elle les recherche an contraire, et tue sans remords des gens qui croyaient se présentera un combat loyal.

— Sire, TOUS traitez bien sévèrement, ce me semble, mademoiselle Maopin.

— C'est que je la connais mieux que vous, mon frère, et je vous apprends qu'il (àutdirela femme Maupin et non ladetn/oiselle. Maupin est le nom de son mari, non celui de son père.

— Quoi» sire! elle est mariée?

— Oui, mon frère ; la Maupin est fille du sieur d'Aubiguy, secrétaire du comte d'Armagnac, née en 1673, si je ne me trompe. Elle épousa très-jeune encore le nommé Maupin de Saint-Germain-en-Laye, et lui fit avoir, par le crédit de son père, un emploi dans les aydes en province. Pendant son absence, cette femme robuste, agile, adroite, et qui avait un goût naturel pour l'exercice des armes, fit connaissance avec un prévôt de salle nommé Séranne. Vous pouvez reconnaître que les leçons qu'elle reçut alors lui ont fort bien profilé; mais tel était sur cette femme l'irrésistible entrahieroent de ses désirs, qu'elle s'amouracha de son maître et quitta brusquement sa famille pour le suivre à Marseille.

Là, sans argent l'un et l'autre, et n'ayant pas assez d'élèves pour vivre de leur académie, il leur fallut chercher d'autres ressources. La beauté de leurs voix les fit recevoir tous les deux à l'opéra de Marseille, et ils y eurent des succès mérités : mais la Maupin n'y devait pas rester longtemps Elle et Séranne vivaient là comme mari et femme. Une passion heureusement bien rare, qui chez votre protégée est devenue fureur, lui fit quitter le théâtre et montra à tous qu'U n'y avait entre elle et son amant qu'une union de passage, sans aucune sanction religieuse. La Maupin avait conçu un attachement trop tendre pour une jeune marseillaise', elle ne

1. Dans le roman de M. Th. Gautier, la Maupin est aimée de deux

prit pas la peine de dissimuler cette affection contre nature; et alors, soit qu'elle eût vraiment gagné le cœur de cette jeune fille, ou que les parents ne crussent pas pouvoir détourner autrement les séductions de cette femme dangereuse, ils éloignèrent leur enfant et la placèrent dans un couvent d'Avignon. La Maupin n'eut pas de repos qu'elle ne sût dans quelle retraite on avait caché Tobjet de sa passion. Dès qu'elle l'eut appris, elle quitta le théâtre comme elle avait quitté sa famille, sans tambour ni trompette, et se rendit à Avignon incognito. Là, faisant semblant d'être touchée de la grftce, elle se fit indiquer le couvent qui renfermait ses amours; et sur des témoignages qu'elle avait payés ou obtenus je ne sais comment, elle y fut admise à titre de novice.

Vous pensez bien, mon frère, que son temps ne fut employé ni à prier Dieu, ni à pleurer ses péchés. Elle y était venue brûlant d'une passion impure ; et se trouvant observée ou gênée dans cette sainte maison, elle n'eut plus qu'une pensée : ce fut de la quitter à Timproviste, en entraînant sur ses pas la jeune fille qu'elle avait pervertie.

L'occasion se présenta bientôt. La Maupin la saisit ; et avec cette incroyable hardiesse qui calcule tout et ne s'arrête devant aucune considération, elle tâcha en commettant son crime, d'en cacher les traces sous un autre pire encore. Une religieuse venait de mourir. Cette femme se rend seule pendant la nuit au caveau qui renfermait ses restes mortels; elle la déterre, la porte dans le lit de son amie, met le feu au lit et à la chambre, et profite du tumulte causé par l'incendie pour enlever celle qu'elle aimait.

Cependant les précautions n'étaient pas si bien prises qu'on

femmes, ce n^est pas elle qui les aime : et elle est si sage à cet égard qu'elle résiste à leurs sollicitations les plus pressantes, même quand une d'elles s'est mise dans son lit. On fait toujours bien dans un ouvrage d'imagination d'écarter de pareilles idées; mais, lorsqu'on Jes admet, quel avantage y at-il à renverser les rôles?

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ne pût reconnaître le crime. Le feu avait été promptement éteint ; le cadavre étendu dans le lit ne ressemblait pas i la fugitive qui devait l'occuper ; un anneau laissé au doigt, la couleur des cheveux qui n'avaient pas été consumés, rappelaient la religieuse perdue l'avant-veille ; son cercueil, d'ailleurs, était vide : il y avait donc eu à la fois fuite du couvent, violation du dernier asile des morts et incendie prémédité. L'absence simultanée de la Maupin, qui était connue sous le nom de d*Aubigny (car elle s'était toujours fait passer pour fille), les recherches tardives que l'on fit sur ses intrigues antérieures, les découvertes qu'amenèrent ces recherches, les bruits plus ou moins avérés qu'on recueillit avec soin depuis ce moment, prouvèrent avec évidence qu'il y avait eu nonseulement fuite, mais enlèvement de la jeune fille. Le caractère hardi et résolu de la fille d'Aubigny ne permettait pas de douter qu'elle ne fût l'instigatrice et probablement l'auteur de ces actions criminelles. Le parlement d'Aix évoqua cette affaire; le procès fut instruit avec soin, et la coupable condamnée au feu par contumace.

Heureusement, la jeune Marseillaise fut retrouvée un peu plus tard. Pour la Maupin, elle avait eu la précaution de s'évader ; la sentence ne fut donc pas exécutée : et quoique les crimes eussent semblé si grands qu'on n'avait pas voulu m'en laisser ignorer les détails, quoique le changement de nom, lorsqu'elle fut admise à l'Opéra de Paris n'eût dérouté personne, et qu'on n'ignorât pas combien de fautes et quelles fautes elle avait à se reprocher, on résolut pourtant de ne pas fouiller dans son passé, de la laisser vivre honnêtement, si elle en était capable, de ne voir en elle enfin que l'actrice et la chanteuse d'un talent incontesté.

Aujourd'hui, elles par un nouveau crime réveillé le souvenir de ses anciens méfaits. Ce n'était pas assez pour elle d'avoir été mauvaise fille, épouse adultère et fugitive, amante de son propre sexe, impie et sacrilège, violatrice des tom-

beaux, corruptrice et incendiaire ; la main fumante d'un triple meurtre, elle demande qu'on Tabsolve à la face du ciel ; et c'est VOUS9 Philippe, vous le frère du roi de France, qui vous êtes chargé d*appuyer cette horrible ii^ustice, d'obtenir cette grâce odieuse!

— Oh I sire, est-il possible que cette jeune femme si jolie, si séduisante?....

— Eh oui, mon frère, elle est séduisante, elle est jolie : personne ne le nie. Mais si ces belles qualités extérieures ne cachent que des vices énormes, lui en fera-t-on un mérite 1 N'est-ce pas plutdt le cas de répéter ces beaux vers de Racine :

Faut-il que sur le front d'un perfide adultère, Brille de la vertu le sacré caractère?

Et ne devrait-on pas à des signes certains, Reconnaître le cœur des perfides humains?

Rendez-moi donc ma parole, et souffrez que je n'entrave pas pour une femme de si mauvaise vie la marche de la justice.

— Sire, répondit tristement Monsieur, je reconnais que j'ai eu tort de m'engager à protéger une femme que je connaissais si peu. Je ne veux pas excuser ici la légèreté dont j'ai fait preuve; mais enfin, la chose est faite. J'ai promis d'obtenir cette grâce. Serais-je fidèle à mon serment, seraisje louable à vos propres yeux, si quand vous m'avez donné votre parole et que je tiens ainsi dans ma main le salut d'une suppliante, j'allais l'abandonner et dire à la justice : faitesen ce que vous voudrez ; je retire ce bouclier protecteur dont j'avais juré delà couvrir?

— Allez, mon frère, dit Louis XIY, je ne vous presserai plus. Puisque vous le voulez, votre protégée demeurera impunie. Rappelez-vous seulement que cette grâce est la dernière que je vous accorde, et qu'une autre fois je n'écouterai pas même votre demande.

— Cette condition est trop juste pour que je m'y refuse ; je m'engage volontiers moi-même à ne plus vous importuner de mes prières* >

Les deux frères se quittèrent alors. Le duc d*Orléans revint à Paris. U flt savoir à la Maupin quelle avait été l'issue de sa démarche, ne lui cacha pas le mécontentement qu'avait éprouvé Louis XIV, la condamnation qui restait toiqours suspendue sur sa tête, le péril qu'elle courrait à la première faute, et qu'alors il lui serait impossible à lui-même de rien faire en sa faveur. U l'engagea donc vivement à revenir à de meilleurs sentiments, à mener enfin une vie plus honorable.

La Maupin se le promit sans doute : mais que peuvent contre l'habitude du désordre les plus belles résolutions? Si elle ne mit plus l'épée à la main pour soutenir ses agaceries indécentes, si elle évita les actes qui pouvaient la conduire devant les tribunaux, sa vie ne fut pas pour cela plus régulière. Un nouveau caprice lui fit quitter l'Opéra . le comte d'Albert était à Bruxelles ; elle alla l'y rejoindre.

Le comte d'Albert, petit-fils du connétable de Luynes, neuvième enfant de Charles-Albert, grand aumônier de France, était presque du même âge que la Maupin. Né en 1672, un an seulement avant elle, il avait été un des premiers à lui inspirer ces tendres sentiments qu'un militaire adolescent réussit souvent à faire nattre^

Tout jeune alors et connu sous le nom du chevalier d'Albert, il n'avait pas cependant sacrifié sa gloire à son amour. Après avoir à Page de seize ans combattu comme volontaire à Philisbourg, il était en L699 au camp de M. deVillarset

1. H. Th. Gautier fait du comte d* Albert un portrait bien singulier. Selon lui, c'est un poète qui rôve toujours un idéal qu'il ne trouve qu'à la fin dans la Maupin, laquelle lui apporte, malgré son goût pour les aventures, un cœur tout virginal et une ignorance des plus édifiantes. Pourquoi renverser ainsi les données de l'histoire T

s'apprêtait à y montrer cette bravoure toute française qui fut le premier échelon de sa brillante fortune* .

Mlle Maupin lui avait envoyé une lettre en vers, attribuée alors à Benserade, et qui ne le cède pas pour l'expression amoureuse aux héroïdes d'Ovide. Elle disait :

Lorsque Mars dans ton sein allume ses fureurs. Tes yeux daigneront-ils voir une amante en pleurs? Quel trouble, quel effroi de tout mon cœur s'emparel Il court un bruit confus qu'un combat se prépare, Que Bade vainement songe à se retrancher, Qu'au milieu de ses forts Yillars va le chercher. Bruit cruel, chaque mot m'épouvante et me glace : Le ciel me ferait-il pressentir ma disgrftce? Ah! je sais que pour toi la gloire a trop d'appas, Que l'honneur aux périls précipite tes pas. Pour un guerrier, tes yeux ont reçu trop de charmes. Pour un amant ton cœur aime trop les alarmes ; Le ciel devrait du moins te rendre en te formant Ou moins vaillant guerrier ou moins aimable amant.

Elle lui proposait ensuite de l'accompagner dans les batailles et lui dépeignait ses inquiétudes.

De mon sexe timide ignorant la faiblesse, Je suis faite aux périls ainsi qu'à la tendresse. Que ne m'est-il permis de voler après toi ? Si je suivais tes pas je n'aurais nui effroi. J'irais braver la mort et serais toujours prête De m'exposer aux coups qui menacent ta tête. Ta jeunesse, ces traits, ce teint vif, ces appas. Ces cheveux qu'Apollon ne désavouerait pas, Dans l'empire amoureux inévitables charmes. Pour toi dans tes combats sont d'inutiles armes. Un homicide plomb avec impunité Frappe sans respecter l'Age ni la beauté : Adonis comme toi fut autrefois aimable, Pour toi je crains, hélas 1 son destin déplorable.

1. Le comte d'Albert devint plus tard prince du Saint-Empire et ambassadeur plénipotentiaire en France.

Les vers suivants sont consacrés à le recommander à la protection de Vénus et de Mars : mais elle rejette bientôt cette idée et termine par cette plainte touchante adressée i Vénus :

Maïs que dis-je, insensée! et quel espoir me reste? Ea voyant cet objet de mes vœux les plus doux, Ta serais ma rivale» et Mars serait jaloux. Parmi tant de frayeurs, c'est toi seul que j'implore. Cher amant; souviens-toi que mon âme t'adore. Que tu dois de mes pleurs faire cesser le cours, Qu'en exposant ta vie il y va de mes jours'.

Malgré la brûlante expression de sa flamme, Mlle Maupin, comme nous Tavons vu, ne fut pas plus fidèle au chevalier d'Albert qu'à tous ses autres amants : seulement elle revint à lui, ce qui prouve peut-être qu'elle l'aimait plus véritablement que les autres.

Du reste ils s'étaient umés si jeunes, elle avait dix-sept ans, son amant en avait dix-huit, lorsqu'elle lui faisait tenir la lettre passionnée dont j'ai cité quelques fragments ; ils allaient se revoir avec dix ans de plus sur la tête : Mlle Maupin serait-elle plus constante? Hélas! non : Télecteur de Bavière Maximilien Emmanuel avait été en 1691 nommé gouverneur des Pays-Bas, pour avoir secouru Vienne contre les Turcs à la tête de onze mille soldats. Il demeurait à Bruxelles, et ne put voir Mlle Maupin dans tout l'éclat de sa beauté, avec ces grâces, cette aisance, ce ton de la meilleure compagnie, sans devenir éperdument amoureux d'elle. Une belle aussi volage ne balança pas longtemps entre un prince souverain et un amant qui n'était encore que colonel : elle abandonna le chevalier d'Albert, et devint la maîtresse en titre de l'électeur.

1. ÀneedoUi dramatiques, t. III, p. 331. La piôoe de Benserade y est tout entière.

MADEMOISELLE MÀUPIN. 407

Son règne fat de peu de durée. A la cour du Prince était une comtesse d'Arcos d'une beauté ravissante, que Maximilien Emmanuel avait dédaignée tant qu*il désirait la Maupin. Mais dès qu*il la posséda sans inquiétude, l'attrait de la nouveauté Tentratna promptementvers d'autres amours : il congédia Mlle Maupin et choisit, pour lui porter cette ficbeuse nouvelle, le mari même de celle qui lui succédait. Le comte d'Arcos accepta philosophiquement cette indigne commission, aveu tacite mais formel que c'était de son plein gré et de sa libre volonté, qu'il avait, comme l'a dit plus tard un poète célèbre* y

Reçu l'emploi qui certes n'est pas mince, Et qu'à la cour où tout se peint en beau , Nous appelons être Tami du prince; Mais qu'à la ville et surtout en province, Les gens grossiers ont nommé maquereau.

Il se rendit donc chez Mlle Maupin, tenant d'une main l'ordre de quitter Bruxelles au plus tdt, et de l'autre une bourse de quarante mille francs, dont le prince faisait présent à son ancienne maltresse. Mlle Maupin sentit remuer dans son cœur tout ce qu'il y avait d'indignation dans Taltière Pallas de l'opéra de Cadmus , et de sombre ressentiment dans le vainqueur des trois imprudents du Palais-Royal. Elle eût manqué sans doute à la promesse qu'elle avait faite de ne plus frapper de l'épée, si la bassesse d'un mari proclamant lui-même son déshonneur et achetant la faveur et la richesse des complaisances de sa femme, ne l'eût plus révoltée encore. Elle prit la bourse et la jetant au visage de l'envoyé: « Garderie pour toi, dit-elle ; c'est la digne récompense de ton infamie ; et tu ne peux pas moins demander pour le sale métier que tu fais. »

Du reste son parti fut bientôt pris. Elle était venue i

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