‹ Théses d'histoire et nouvelles historiquesChapitre 174 sur 226 · M. de Noailles avait été nommé cardinal en · texte numérisé non relu

M. de Noailles avait été nommé cardinal en

416 L'âBBÉ PELLEORIN.

— Monseigneur, il n'y arien dans ce que j'écris de contraire à la religion ou à la morale.

— Je yeux le croire, dit farchevèque, â*autant mieux que personne sans doute ne vous a rien demandé de ce caractère. S'il arrivait cependant qu'on voulût avoir un compliment licencieux, une ode pour une épouse infidèle, un sonnet pour une courtisane, engagé comme voas l'êtes, dans une entreprise marchande, auriez- vous la force de résister? C'est une question d'autant plus douteuse que déjà, vous vous êtes bien écarté de nos saintes règles.

— Moi, Monseigneur ? s'écria le prêtre efflrayé.

— Sans doute: ne faites-vous pas des pièces de théâtre? et lorsque nous défendons aux laïques de fréquenter ces lieux de perdition, n'est-ce pas un bel exemple qu'un prêtre nonseulement s'y montre, mais contribue à leur succès, et par là^ travaille à la damnation étemelle de ceux que ces représentations occupent ou attirent?

— Monseigneur, n'exagérez-vous pas les résultats f&cheux de tragédies qui ne contiennent en définitive rien que de moral.

-^ Cette moralité fût-elle réellement dans vos œuvres, n'empêcherait pas l'immoralité du spectacle; surtout elle ne détruirait pas l'inconvenance remarquée déjà par les laïques qui en font des gorges chaudes : car on me répétait encore ce matin qu'un jeune homme plein de génie et malin comme un singe, M. Arouet, avait dit de vous :

Nous ressemblons assez à Tabbô Pellegrin, Le matin caiholique et le soir idolâtre, Déjeûnant de Tautel et soupant da théâtre *.

Dites-moi en votre ftme et conscience, si nous pouvons tolérer une telle irrégularité?

— Monseigneur, est-ce d'après quelques vers piquants que

1. La Biographie univenelle attribue ces deux vers à un poôte bien peu connu, Rémi, de qui Voltaire alors les aurait imités plus tard.

L'ABBÉ PELLEORIN. 417

VOUS jugerez une affaire comme celle-ci ? S'il y a quelque contradiction entre mes œuvres et ma robe, ne peut-elle être couverte par le désintéressement dont je fais preuve en me sacrifiant pour ma famille, à laquelle je fais passer, on le sait y presque tout ce que je gagne ^

— Ce que vous me dites là, monsieur l'abbé, serait une raison pour un homme du monde; mais un prêtre n'a pas de famille. Jésus-Christ est venu séparer le fils d'avec le père, la fille d'avec la mère'; il a recommandé à ses apôtres et à ses disciples dont nous sommes les successeurs de ne penser qu'à lui et au bien de son Église.

— Cette abnégation, Monseigneur, répondit Pellegrin, se recommande plus facilement qu'on ne l'exécute; ce n'est pas à vous qu'il faut apprendre que la règle souffre dans la pratique de nombreuses exceptions. Les souverains pontifes euxmêmes ont fort souvent soigné, beaucoup plus qu'il n'était convenable, les intérêts de leurs parents. L'abus a été poussé si loin, qu'on a créé tout exprès le mot de népotisme^ pour désigner cette distribution inique des dignités et des richesses de l'Église. De tels exemples sont vulgaires en Italie; ils ne manquent pas non plus en France; et dans ce diocèse même, on trouverait, sans chercher longtemps, une preuve illustre que l'amour de la famille n'est pas éteint chez tous les prêtres, ni chez leurs prélats.

— Je ne vous entends pas bien, monsieur Pellegrin, reprit l'archevêque étonné.

—Si Votre Éminence veut que je m'explique, à qui est revenu révêché de Ghâlons, quand vous l'avez quitté pour prendre possession du siège de Paris? n'est-ce pas à monseigneur votre frère? et sur quelle recommandation, je vous prie, si ce n'est sur la vôtre?

1. Chaudon et Delandine, Dictionnaire historique ^ moi Pelkgrin'j

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