Matthieu, ch. x, v. 35, etxix, v. 29; Luc, ch. nv
418 L'ÂBBÉ PELLE6RIN.
-^ Vous avez de la mémoire» monsienr l'abbé, dit Tarchevéque un peu blessé. Vous devez alors vous rappeler ce préœpte de l'Évangile : Nul ne peut servir deux maîtres, Nemo potest duobus dominis setvire * ; précepte développé par celui-ci : Vous ne pouvez donc servir tout ensemble Dieu|et l'argent. Non potestis Deo servire et mammonx \ Gomme c'est le besoin d'ai^ent, nous voulons bien le croire, qui vous fait travailler pour le théâtre, et que nous ne croyons pas qu'on doive, quand on est prêtre, se proposer d'autre objet que de plaire à Dieu, ayez la bonté d'opter entre votre état et celui de poète dramatique.
— Quoi I Monseigneur, choisir ainsi, tout de suite et sans réflexion !
— Tout de suite, monsieur l'abbé, dit M. de Noailles d'un ton sévère, c'est pour cela que je vous ai fait venir : je sois même étonné de vous voir ici balancer.
— Je ne balance pas, Monseigneur, dit Pellegrin prenant son parti. Au reste pour que mes paroles ne me soient pas imputées à mal, je vous laisserai prononcer yous-méme. Je suis un pauvre prêtre, Monseigneur : je n'ai ni places ni bénéfices ; mes messes et quelques droits de présence à divers offices, voilà tout ce que l'Église peut m'oflrir. Mettez boutà-bout ce que cela me rapporte en un an, vous n'arriverez pas à trois cents livres : est-ce avec si peu que l'on vit à Paris? Le théâtre, je ne vous le cache pas, me vaut trois ou quatre fois davantage.
— Je vous entends, monsieur l'abbé, dit l'archevêque en se levant pour le congédier : il ne me reste plus qu'à vous interdire toutes les fonctions sacerdotales : je vous retire en particulier le droit de dire aucune messe.
— Vous serez obéi. Monseigneur, dit notre abbé, en se retirant; et quand il fut dans lame : « Diable ! pensa-t-il, Tin-