‹ Théses d'histoire et nouvelles historiquesChapitre 181 sur 226 · Voyez le Bourgeoû gentilhomme, acte V , scène i · texte numérisé non relu

Voyez le Bourgeoû gentilhomme, acte V , scène i

436 MAlTRE ANDRÉ.

jusqu'alors. Il s'était levé, il semblait dire à sa femme, par son air de mécontentement, qu'elle était une mal apprise, et qu'on ne quittait pas aussi cavalièrement une noble compagnie, lorsque Armand, pour terminer la plaisanterie sans renouveler la scène du Médecin maigri lui^ résolut de mettre la paix entre les deux époux et de les congédier honorablement tous les deux. Il se rappela heureusement pour cela un discours amphigourique tout en proverbes qu'il avait composé étant clerc de notaire et débité dans une comédie bourgeoise. Au moyen de quelques coupures et d'additions légères, il l'adapta à la circonstance et calma tout le monde. < Madame André, dit-il, je n'ai pas dessein de vous jeter de la poudre aux yeux, ni de vous faire croire que des vessies sont des lanternes ; je sais trop qu'on ne vous ferait pas passer des chats pour des lièvres, parce que vous en avez bien vu d'autres, et qu'on ne saurait vous en donner à garder : de sorte que tout en faisant à la tragédie de maître André l'accueil qu'elle méritait, nous ne lui avons pas caché les obstacles matériels qui nous empêchaient de la monter. Pourquoi cela ? C'est qu'aux frais énormes qu'il faudrait supporter, le jeu ne vaudrait pas les chandelles, et qu'il ne faut pas tirer sa poudre aux moineaux. Il n'y en a pas de plus embarrassé, souvenez-vous-en bien, que celui qui tient la queue de la poêle. A petit mercier petit panier, et à bon entendeur demi-mot. Tout le monde ne peut pas aller à Gorinthe ; et qui annonce la fortune aux auteurs dramatiques, leur promet presque toujours plus de beurre que de pain. C'est on moyen de leur mettre le cœur au ventre, et de les faire aller de cul et de tète comme une corneille qui abat des noix, pour après cela les faire tomber de fièvre en chaud mal, ou d'évéques devenir meuniers. Ce n'est pas ce cpie nous avons fait; nous n'avons pas engagé maître André à quitter le certain pour l'incertain ni le peigne pour la lyre. Hais il peut dans sa boutique jouir de la gloire qu'il aura justement acquise, et

qui défrisera peut-être beaucoup de ceux qui se feront friser chez lui. Ainsi sans tourner si longtemps autour du pot, ni chercher midi à quatorze heures, d'autant plus que vous n'ignorez pas que trop gratter cuit et trop parler nuit, à présent que la lecture est finie, et que notre estime pour l'auteur n'est pas entre le zist et le zest, ni moitié figue, moitié raisin» nous pouvons lever la séance, et rendre le poète à sa famille et i ses occupations ^ »

A ces mots tout le monde se leva. André, le cœur gonflé de son succès, prit congé de la compagnie avec force salutations et se retira avec sa femme qui le tenait toujours et à laquelle il offrit majestueusement son bras. Dès qu'ils eurent passé la porte, les comédiens restés seuls se livrèrent sans contrainte à la gaieté folle que ces scènes avaient excitée, et remercièrent Armand du plaisir qu'il leur avait procuré.

Le perruquier suivit cependant le conseil qu'on lui avait donné. Il fit imprimer sa tragédie ; et ce qu'il y a de curieux ce fut le succès qu'elle obtint et la gloire qui en rejaillit sur l'auteur.

Le dix-huitième siècle nous a donné deux ou trois exemples de ces réputations improvisées, de celte vogue immense et éphémère qui favorisait un seul homme et le portait aux nues.

Dans la pièce de Janot, l'acteur Yolange fit courir tout Paris, parce que, étant en scène, il recevait quelque chose sur le bras, l'approchait de son nez, et reconnaissant la nature du projectile , s'écriait avec une indignation mêlée de surprise : « C'en est. » — Ces deux syllabes enrichirent momentanément le théâtre et l'acteur.

Un serrurier qui demeurait au coin d'une rue et d'une impasse où était son entrée, fut quelque temps le plus occupé de tout Paris, parce qu'on lisait du côté de la rue : « Un

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