AMCdotu drafMUiqiut^ au mot Childéric
2. Aneedotei dramatiquet et Biographie universelle, au mot Dufresne»
448 PIERRE DE MORÂNP.
par un orgueil déplacé, fait un tort immense à ma tragédie; mais enfin, comme il jouait dans Childèric leVdle de CloTis, il était en scène avec la Gaussin, qui faisait la priDcesse Albizinde, et lui disait (I, i) :
Nièce de Ghildéric, ce trône est voire bien : Venez, en unissant votre destin au mien, Et rétablir ma gloire et me sauver du crime, Et d'un usurpateur faire un roi légitime : Possédant tout alors de votre seule main, Je n*ai plus à rougir pour un père iubnmainl
— Je ne comprends pas bien la situation, interrompit M. Hérault; le trône avait appartenu, ce me semble, à Childèric '^ comment Clovis, son fils, peut-il dire à sa nièce que le trône lui appartient aujourd'hui et que c'est d'elle qu'il doit le recevoir?
— C'est que dans ma pièce, Monseigneur, les faits ne sont pas tout à fait aussi simples que dans l'histoire. Childèric a été dépossédé de son royaume par Gellon, que nous appelons ordinairement le comte Gilles. On le croit mort : sa famille a d'ailleurs été massacrée par l'ordre du tyran, à L'exception d'Âlbizinde et de Clovis son fils, que l'on croit le fils aîné de Gellon, et qui règne aujourd'hui , tandis que Sigibert, qui est vraiment le fils de Gellon, passe auprès de quelques-uns pour le fils de Childèric. Ce Sigibert sera tué à la fin de la pièce, et Clovis sera reconnu pour le fils du roi légitime, à qui il aura restitué le trône.
— A ce que je puis, voir, objecta le magistrat, vous avei pris avec nos vieux historiens d'étranges libertés. Childèric, au lieu de conquérir comme on nous le dit, son royaume sur Gellon, le reçoit, après la mort de celui-ci, des mains de son fils Clovis ; et Clovis, qui sacrifia toute sa famille à son ambition, qui se baigna dans le sang de ses proches pour s'emparer de leurs petits gouvernements, est ici d'un désintéressement et d'une abnégation exemplaires. Je ne sais si
l'intérêt dramatique gagne beaucoup à ces renversements des caractères connus ; mais ils sont d'un bon exemple, et je vous en remercie volontiers au nom de la morale.
— Ne raillez pas. Monseigneur, reprit le poëte. Les anciens recommandaient qu'une pièce fût bene morata^; qu'elle présentât de beaux modèles. J'ai suivi ce conseil et ne m'en repens pas. Quoi qu'il en soit, Dufresne ayant dit le couplet précédent, soit qu'il eût mal prononcé ou que le parterre fût inattentif, on n'entendit pas, et on lui cria : Plus haut ! Notre homme, irrité d'un avertissement bien naturel , mais qui était ou un reproche ou une leçon, et il n'aimait à recevoir ni l'un ni l'autre, oublia son rôle et sa position jusqu'à crier à son tour : Et vous, plus bas! A l'instant même, explosion universelle, fureur et menaces du parterre. Dufresne veut parler, on lui impose silence ; on exige des excuses. Vous savez le reste, Monseigneur ; Dufresne fut obligé de demander pardon ; il le fit en ces termes singuliers : « Messieurs, je n'ai jamais mieux senti la bassesse de mon état que par la démarche que je fais aujourd'hui. > L'explication avait, vous le voyez, quelque chose d'injurieux pour la salle entière : mais on aimait Dufresne ; le public ne boude pas longtemps contre ses plaisirs ; il se contenta de ce peu de mots *. Tout le monde s'en alla satisfait, excepté le poète, qui paya les pots cassés; car sa pièce, interrompue mal à propos, fut par cela même mal appréciée dès le premier jour, et l'on sait qu^on revient difficilement sur un jugement ancien.
— C'est voire version, dit M. Hérault; ce n'était pas celle de Dufresne. Je me rappelle à merveille en ce moment que je l'interrogeais ici même sur les causes du brouhaha qui s'était élevé à l'occasion de son rôle, et il en rejetait la faute sur l'auteur.
1. Horace, Art poétiq.j t. 319; Quintil., Insî. oral., IV, ii, n« 64.