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Nouvelle écrite en octobre

L'ABBÉ DE YOISENON. 471

savoir, quand il disait dans un discours académique : < La Poésie est devenue une coquette : elle a changé son ingénuité contre des minauderies. Elle n'a plus que de l'esprit ; et l'esprit tout seul n'est que la fausse monnaie du talent. » Avec beaucoup de cette fausse monnaie, reprend Clément, on peut paraître fort riche dans un Certain monde quand on n'y re~ garde pas de si près. Ce fut là que l'abbé de Yoisenon se fit une brillante réputation. Tous ses bons mots étaient recueillis, retenus, on prenait copie de ses petits vers, et tout cela est mort avant lui. Il avait une extrême facilité à rimer des riens de société, et il se croyait du talent pour la poésie. Il n'avait pourtant aucune des qualités qui font le poète, ni élégance, ni invention, ni coloris, ni chaleur. C'est de lui que Ninon aurait pu dire, comme d'un de ses amants, que c'était une vraie citrouille fricassée dans de la neige. »

Mais si l'écrivain était mauvais, le prêtre était bien plus détestable encore. Il est difficile de concevoir réuni dans la même personne, un aussi grand mépris de ses fonctions et de son caractère, avec une telle peur de l'enfer ; un goût aussi violent pour les plaisirs qui lui étaient défendus, avec une foi si entière aux menaces que nous fait l'Église. Il n'éprouvait pas le plus léger malaise, sans appeler son confesseur, et trembler à ses genoux. D n'était pas plus têt hors d'affaire qu'il recommençait sa vie de débauche, et remettait la main à ces compositions ordurières et pourtant spirituelles, qui comme les contes de Grécourt, et les romans de l'abbé Dulaurens sont une tache pour le clergé de cette époque.

Sa vie licencieuse est assez connue pour que je ne m'y arrête pas. Lui-même en donne en quelque façon l'idée dans les vers suivants :

Sans dépenser C'est en vain qu'on espère

De s'avancer Au pays de Gytbère.

472 L'ABBÉ DE VOISENOM.

Femme en courroux, Mari jaloux. Grilles, verroux, Tombent sur vous.

Le chien vous poursuit comme loups* Le temps n'y peut rien faire.

Mais si Plutus entre dans le mystère Grille, ressort, Tombent d'abord.

Le chien s'endort.

Le mari sort, Femme et soubrette sont d'accord.

Un jour finit l'affaire K

Il y aurait bien des réflexions à proposer sur ces conseils donnés par un ecclésiastique. J*aime mieux conter une anecdote curieuse et qui se rattache assez plaisamment à l'un de ses romans.

Yoisenon était reçu dans un jeune ménage, celui de M. Potron. Il avait autrefois connu les parents de la jeune fenune, et avait continué de la voir, depuis qu'elle était mariée. La jeunesse et la candeur de la jeune épouse ne tardèrent pas à exciter les désirs du lascif abbé. Habile dans Tart de séduire» calculant ses gestes et ses paroles, il sut se rendre fort agréable ; et tandis que Potron, occupé des affaires de son commerce, n'apportait pas toujours dans la société cette gaieté et cette gentillesse qui rendent la conversation agréable, l'abbé^ au contraire, le cœur toujours vide, et l'esprit satisfait, avait argent comptant de ces riens qui font rire, de ces rapprochements qui amusent, de ces attentions qui plaisent. Bref il écartait adroitement et sans se presser, du cœur de Léonore, la préférence exclusive qu'une femme doit à son mari ; il se glissait insensiblement dans ses pensées, et occupait déjà son souvenir pendant une partie des

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