‹ Théses d'histoire et nouvelles historiquesChapitre 21 sur 226 · Pyrrhue et Démétritu Poliorcète · texte numérisé non relu

Pyrrhue et Démétritu Poliorcète

un mauvais exemple à Alexandre le Grand. Ce mauvais exemple serait d'autant plus extraordinaire que celui qui est censé le recevoir était mort avant la naissance de son conseillera La vérité est que l'Alexandre à qui Pyrrhus a eu affaire, n'est pas le vainqueur de Darius, mais un cousin de Pyrrhus luimême et fils de Gassandre. Enfin dans vos dialogues des morts, vous faites souvent converser des vivants ' et ne ,vous assurez pas même s'ils ont pu se rencontrer ou vécu dans le même temps. Dans celui d' Heraclite et Dimocrite par exemple, ces deux philosophes sont sur la terre, ils se moquent l'un de l'autre, et ils n'étaient pas du même siècle'.

FÉN. Je n'ai rien à vous répondre, sinon que j'aurais dû faire attention à cela.

S. ËVR. Une autre faute du même genre, mais plus grave à mon avis, se trouve dans votre dialogue de Marc-Aurèk et AnUmin Pie. Celui-ci reprochant à son successeur d'avoir, en laissant le trône à son fils Commode, sacrifié les intérêts de l'empire à ceux de sa famille, se cite lui-même pour un modèle de dévouement à l'État, parce qu'il a choisi en Marc-Aurèle un successeur étranger. Antonin ne pourrait se vanter ainsi que s'il avait réellement éloigné s^ fils du trêne : or ses fils étaient morts depuis longtemps. Il ne lui restait que sa fille Faustine et il la maria précisément à celui qu'il faisait empereur après lui, c'est-à-dire qu'il la laissa impératrice. Vous m'avouerez qu'après avoir si bien pourvu sa fille, il n'a pas bonne grâce à se donner pour un modèle d'abnégation.

FÉN. G*est juste, je n'ai pensé là qu'à Harc-Aurèle qui n'était pas de la famille de son père adoptif .

1. Alexandre est mort en 324 avant notre ère; Pyrrhus n'a été ro qu'en 295.

3. Voyei par exemple les dialogues Ulyfte et Grillui; Soerate, Àlcibiade et Timon; Deny$, Pythiat et Damon; Pyrrhon et ton voisin; Lvicullut et Crassus, etc.

3. Heraclite florissait plus de 500 ans ay. J. C. Démocrite est né, comme Soerate, en 470.

S8 FÉNBLON ET SÂINT-ÉVKEMOND.

S.-ÉVR. Ces fautes ne Tiennent que de l'inattention. Elles n'ont pas au fond grande importance. Ce qui me paraît bien plus inezcusable, ce sont vos flatteries à votre royal élève. Vous annoncez quelque part à Yii^le qu'un enfant, c'est-àdire le duc de Bourgogne, le traduira en sa langue et partagera avec lui la gloire d'avoir chanté les abeilles ^ La gloire de Yirgile partagée par un bambin, c'est un peu fort. Ailleurs, vous faites dire à Mercure que le prince Picrochole (toujours le duc de Bourgogne), s'il surmonte sa promptitude et sa paresse, sera merveilleux; qu'il est réservé pour de grandes choses ; que Jupiter le destine à faire le bonheur des hommes '. Vous allez plus loin encore. Ghiron prédit à Achille qu'il renaîtra après une longue suite de siècles, avec du génie, de l'élévation, du courage, du goût pour les muses, mais un naturel impatient et impétueux * ; et l'allusion est assez transparente pour que votre élève ne doute pas un instant qu'il est lui-même cet Achille ressuscité. Convenez qu'après des compliments pareils et des flatteries si outrées, tirées à brûle-pourpoint, il est singulier que vos dialogues * et quelques-unes de vos fables reprochent aux rois morts ou déchus leurs complaisants ou leurs flatteurs.

¥És. Yous êtes sévère. Un homme qui vit à la cour est souvent obligé de faire ce dont un simple particulier se dispense et qu'un philosophe indépendant condamne.

S.-ÉvR. A la bonne heure : mais alors pourquoi blftmer ceux qui, dans la même position que vous, ont fait précisément la même chose?

FÉN. Ils le faisaient pour leur propre intérêt; et moi, pour exciter l'émulation de mon élève et le conduire à la vertu.

S.-ÉvR. C'est-à-dire que la fin justifie les moyens : pre-

1. ArisUê et VirgUê , fable. -^ 2. Mercure et Caron, dialogue.

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